The Legendary Tigerman : rock sauvage et moite sous contrôle

il y a 4 mois dans Chroniques par
8/10

True

Par The Legendary Tigerman

Année : 2014

Genre : Rock synthéticorganique à tendance blues crasseux

Chansons préférées : Wild Beast, Gone et I'm On The Run

Pour paraphraser le grand Clint, dans ce monde, il y a deux catégories de musiciens: ceux qui veulent absolument changer les règles du jeu (au risque de parfois se planter), et ceux qui se coulent dans les pas des anciens, y ajoutant des petites touches de modernité pour mieux s’approprier leur héritage…. The Legendary Tigerman fait partie de cette dernière catégorie. Un véritable fanatique des musiques roots américaines, à commencer par le blues crasseux et le rock and roll qui sent le stupre et la rébellion. Bien que venant du Portugal du XXIème siècle, on jurerait à l’écoute de True, son dernier album, entendre un Jon Spencer moins brut ou un RL Burnside qui se retient. Si vous n’avez pas entendu parlé de son précédent album, vous devriez aussi y jeter une oreille! Femina, un album de duos féminins, est incroyablement sexy et enthousiasmant. Comment se fait-il qu’il n’ait pas reçu un accueil à la hauteur, mystère…

Mais revenons à notre album du jour! Ce qui frappe tout de suite avec la musique du bonhomme, c’est à quel point elle est cinégénique. On est littéralement transporté dans l’ambiance d’un film de la Hammer ou d’un polar de la grande époque. Un univers ou l’attrait de la chair n’est jamais très loin de celui du sang, peuplé de loup garous et de vampires, mais pas le genre gentillet à la Twilight ! La voix sauvagement sexy et très maitrisée du Tigerman y contribue énormément. Contrairement à ses autres albums solo, il n’en fait pas trop et ça rend l’ensemble encore plus prenant. Avec «Wild beast» par exemple, hit minimaliste au refrain entêtant, il nous embarque dans son univers étrange et très «crampsien», une de ses références avouées.

legendary tigerman

Les arrangements aussi sont parfaits, juste ce qu’il faut pour souligner l’ambiance et le ton des morceaux assez simples dans leurs structures. On parle de rock and roll à tatoos ici, pas de rock prog à moumoute! Sur «Gone», un blues lent, une trompette New Orleans brass band déboule et s’intègre parfaitement. Sur «Love ride», en mode lover, une sucrerie soul motown revisitée par une boite à rythme, les cordes soulignent juste comme il faut l’aspect crooner de Paul Furtado, aka Legendary Tigerman. On retrouve aussi des ambiances country-blues à la Junior Kimbrough ou RL Burnside, toute l’écurie Fat Possum. En parlant de Fat Possum, il s’agit clairement d’une source d’inspiration du Tigre : avec «Storm Over Paradise» on retrouve ce son lourd à la Black Keys des premiers albums. D’autre titres comme le bien nommé «21st century rock and roll» nous emmènent vers des contrées très garage-rock, psychobilly… Mais toujours avec cette pointe de sophistication et de distance. Un garage en plus «synthétique» en somme, Suicide et Alan Vega ne sont pas loin…Sur cette galette on retrouve aussi deux reprises bien senties: «Twenty flight rock» de Eddy Cochran et «Green onions» de Booker T. and the MGs. Une remise au goût du jour en «ensauvagissant» la chose. Sans oublier un magnifique duo avec Rita Redshoes, dans la droite ligne de Femina, au point d’en regretter la présence d’une autre étreinte musicale…

L’album finit en beauté avec le letimotiv «my body is dead, but my soul on fire», en français, anglais, portugais et plein d’autre langues non-identifiables pour votre serviteur. Pour l’avoir vu en live, le body n’est pas mort, quand à la soul, à vous de juger!

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