Il était une fois dans l’Est, le Cabaret Vert

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Dans la course à qui sera le plus gros festivals de l’été, le candidat ardennais Cabaret Vert sort son joker. Non qu’il ne soit pas de taille pour la bataille – il frôlait les 100 000 festivaliers l’an passé – mais c’est qu’il a mieux à faire. Pas de course au chiffre, c’est la qualité qui prime : il boude le sprint pour un agile rodéo.

Rodéotrip en Ardenne

Dans le Far-East français, au coeur des terres fertiles carolomacériennes, les cowboys et les indiens se sont donné rendez-vous pour quatre jours épiques à la recherche d’un eldorado environnemento-musical.

Cette année, le festival change subtilement son fusil d’épaule en abandonnant son sous-titre de “eco-festival rock et territoire” pour un osé “Rodéotrip en Ardenne”, qui souligne son côgé sauvage, indomptable et irréductible. L’occasion de faire d’une pierre deux coups en présentant l’événement comme une expérience totale et indépendante de tout style et en marquant l’ancrage territorial sur la terre d’Ardenne élargie : Luxembourg, Belgique et France.

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Programmation décalée-culottée

Côté artistique, la programmation exécute une habile cabriole en associant aux têtes d’affiche du moment - Christine and the Queens, Daho, Thiefaine, Selah Sue … – des groupes aux styles pêchus et culottés.

On retiendra la splendide ouverture de bal par le garage punk des deux bad-boys de Slaves, le hip-hop déjanté et les instruments loufoques à base de vinyles de Jurassic 5, le monde déjanté du “flou-furieux” Dan Deacon qui sépare le public en deux pour un wall of death de high five, les vocales lourdes et puissantes de Benjamin Clementine, le public suspendu aux dix doigts du guitariste de John Butler Trio et à son suave et magique folk-bluegrass …

Véritable machine à remonter le temps, le festival aura également bercé son public au son nostalgique de ses idoles d’antan en accueillant The Toy Dolls, Limp Bizkit, et The Shoes  mais aussi et surtout avec les Backtimers sur l’intime scène du Temps des Cerises et leur talent pour envoyer les vinyles de black music des 60s.


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Mais à trop crapahuter, les cow-boys sont épuisés. L’occasion d’arrêter le temps quelques minutes pour un (re)tour dans l’espace BD, ou de s’attarder devant la riche programmation de court-métrages du Chapiteau aux Images. Évasion garantie. Pour se réveiller, un tour s’impose à la foire Bayard de l’espace Temps des Freaks qui accueillait à nouveau cette année les roulottes nomades des artistes de rues avec marionnettes, art populaire et jeux d’habileté.

Tous les soirs au crépuscule, alors que la nuit froide tombe sur le corral, les artistes électro reprennent leurs droits sur le territoire pour emporter la tribu dans de savoureuses transes. Il y en a pour tous les goûts, avec le show impeccable de Paul Kalkbrenner, les platines en feu de Gramatik, la performance parfaitement scénographiée de Ratatat, le live explosif des très attendus Chemical Brothers, la parenthèse magique de Rone et le concert minimal de Fakear.

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La ruée vers l’orge

Seulement voilà, le rodéo ça creuse. Et ça tombe bien parce qu’il en faut de l’appétit pour engloutir tout ce qu’ont à nous proposer ces irréductibles de l’Est : au choix, sanglier rôti à la broche, crêpes coulantes au maroilles, croûtes ardennaises croustillantes, salades au lard fumantes, chaussons de champignons crémeux, kebab ardennais, soupes de saison, cacasse à cul-nu, crêpe à la confiture de cidre, … la liste est longue. À peu près aussi longue que celle des bières : La Cuvée d’Arthur, Orgemont, Oubliette, Duvel, Super des Fagnes, Ardwen, Margoulette, Maredsous, Chimay … Ici pas de soda industriel, au grand regret de Coca Cola qui renouvelle son appel au directeur du festival sans se lasser chaque année. Couillus les cow-boys !

Alors on nourrit la bête, on casse goulûment la croûte (ardennaise) et on arrose le tout avec le sentiment du devoir bien accompli, puisqu’ici tout est produit à moins de 200km. Il faut bien se sacrifier pour faire vivre le local, pas vrai ?

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Prendre le taureau par les cornes

Le Cabaret vert, c’est un peu le coup de pied du toréador qui a touché terre. Le coup de cravache d’une région touchée par une désindustrialisation douloureuse et une perte de vitesse culturelle, sociale et économique. L’histoire d’une poignée de jeunes qui oeuvre année après année à la (re)conquête de son territoire. Aujourd’hui, le pari est réussi : « En se plaçant parmi les dix grands festivals français, le Cabaret Vert rend sa fierté aux Ardennes » explique Julien Sauvage.

Ce sauvage là fait d’ailleurs parti des pionniers qui ont voulu défendre leur territoire. Quand il crée le festival avec une poignée d’amis et d’euros en 2004, il blague : “Un jour on fera 30 000 spectateurs on sera les rois du pétrole« . Well done, cow-boy!

L’événement remet tout le monde en selle avec la création de 7 emplois à plein temps, la mobilisation de 300 structures partenaires mais aussi la venue de 7 artistes locaux qui fait se remuer la scène musicale régionale. Sans parler du rayonnement du festival qui réussi l’exploit d’attirer plus de 85 000 visiteurs, 45 groupes internationaux de 11 nationalités différentes et plus de 1 500 bénévoles.

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Qui veut aller loin ménage sa monture.

Pas besoin d’aller plus loin niveau taille, l’enjeu est de maintenir le cap. La 11ème édition rappelle que le festival aime chouchouter sa tribu : jauge réduite, campings à la carte (chanter ou dormir il faut choisir), ouverture anticipée de la billetterie sur place, écrans géants sur la grande scène, monnaie du festival en pré-commande … et la nouveauté discrète mais appréciable : la soupe à la bière, le remède parfait en cas de coup dur.

Le Cabaret Vert n’est pas une course mais un rodéo. Il requiert de l’agilité, de la prise en main, une attention constante pour ne pas tomber et tenir dans la durée.

À l’horizon des prochaines éditions jusqu’à 2020, on nous chuchote qu’une quinzaine de scénarios sont à l’étude pour faire évoluer le festival. On se promet de suivre ça de près, et on marque déjà d’une croix la fin août 2016 pour une nouvelle expérience complètement à l’est.