Pale kid raps fast – Live report George Wastky @ la Maroquinerie

il y a 3 semaines dans Concerts par

Watsky - Extrait du clip Ugly Faces [Cardboard Castles]

Watsky – Extrait du clip Ugly Faces [Cardboard Castles]

Il nous arrive à tous de nous perdre dans les limbes des internets pour tuer le temps ou l’ennui. Tels des chercheurs d’or, on y trouve parfois quelques pépites. George Watsky est un de ces petits trésors, dont la dextérité linguistique a fait des émules dans le Guinness du web.

Ses vingt-sept printemps, il ne les avait pas lorsqu’il fleurissait la toile de son fast rap (Pale kid raps fast) au succès précoce. Depuis, porté par une discographie grandissante, il ne cesse de renouveler les preuves de son talent en mettant à l’honneur une langue riche et une culture fouillée. Pour son dernier album All You Can Do aux textes toujours plus finement ciselés, il accompagne ses chants d’une série de clips à l’esthétique inventive. 

Sorti de l’écran, force est de constater que l’enfant de Youtube à l’implacable débit a bien grandi. Du génie juvénile il ne reste que le talent, et un public imberbe qui semble avoir voulu se fixer à l’âge d’or du prodige. Watsky lui, a laissé sa bouille ronde en coulisse et affiche une mine amincie qu’on dirait presque sage si elle ne laissait sortir ce flot vif, acéré et fugace. 

Avec cet air changé, il pose ses mots avec une assurance nouvelle, surprenant un public habitué à des vidéos bourrées d’auto-dérision et d’humilitude. Mais la mue est une réussite, et le voilà tel un prophète à distiller sa poésie devant un public ébahi, trop heureux de voir se dévoiler toute la fureur de vivre d’un Watsky passionné, sauvage et possédé. 

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Il (dé)clame ses textes pêchus, et parfois l’instru se fait distante tant il martèle son message. Tantôt solennel tantôt survolté, il fait joyeusement sauter des barrières musicales que d’autres se seraient imposés par souci d’unité. Rock, rap, pop, électro, country… lui n’en a que faire, il s’éclate, sort l’harmonica, improvise un medley incroyable, pousse des mélodies audacieuses et chaudes. 

À ses côtés, une clique de compèt’ l’accompagne : des instrumentistes de talent, mais aussi son ami Anderson .Paak, chanteur/batteur à la mélodie implacable et producteur de son dernier album All You Can Do, et Kush Mody, multi-instrumentiste et producteur de Cardboard Castles

Du public, Wastsky cherche le contact dès que possible, attrapant des mains, des bras, s’élançant de tout son corps dans la foule dès les premières minutes de la soirée. Bientôt le sous-sol de la Maroquinerie n’est plus qu’un dancehall des années 30, moite et brûlant, chauffé à blanc par le souffle et la sueur du groupe. On est loin de ses clips propres et soignés, il y a quelque chose de brut et brouillon en effervescence devant nous. 

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Et tout à coup on comprend. Tel un messie, il marche sur la marée humaine. Les jambes enlacées par les bras de ses fidèles, il surplombe la foule et fait corps avec elle. Les instruments se taisent, les mélodies disparaissent, et c’est passionné, presque possédé, qu’il s’adresse à nous. Est-il un génie ? À coup sûr. Un oracle ? On y croirait. Hypnotisés par ses mots, on est pris aux tripes. Les paroles de Tiny Glowing Screens résonnent dans nos têtes et on se sent tout à coup bien futiles.

À la fin du concert, il prend du temps pour saluer l’équipe de la Maroquinerie et leur dire tout le plaisir qu’il prend à travailler avec eux. Puis, pendant de longues minutes, il reste assis au bord de la scène à soulager les fantasmes de la foule à coup de baisers, photos et discussions enflammées. Whoa whoa whoa. 

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