WORLDSTOCK #2 – Tigran Hamasyan (Arménie)

il y a 2 semaines dans Concerts par

tigran

Un petit elfe aux doigts de fer. Poigne de chef dans gants de velours noir. Crinière de geais sous laquelle bouillonnent les voix d’un ailleurs, d’un pays odeur papier : Arménie. D’une capitale de pied de montagnes : Erevan.

Piano à queue sous la voute ciselée de drames des Bouffes du Nord. Un piano à queue, mais une guitare basse aussi. Une batterie aussi. Un micro en avant-scène avec quelques claviers MIDI. En prologue, projection d’une vidéo de Tigran, improvisant mélopée sans nuage face au ciel d’Erevan. Puis tout s’éteint.

Tigran pose la première note comme une question rhétorique. Quelques mesures et c’est la batterie qui lui emboîte le rythme. Dégringolades en cascade de sons enneigés, la pluie givrée s’abat sur l’Ararat. Après la basse, vient la voix. Celle de cette grande jeune fille brune, un peu gauche sur ses talons et qui pourtant chante en albatros. Sa voix écho du piano, écho aussi de l’odeur de l’Arménie.

Le ton monte et la salle revit des souvenirs d’enfance. Des courses-poursuites et des avances. Des baisers volés et quelques pas de danse. Toujours à mi-chemin entre jazz, rock et musique traditionnelle arménienne, Tigran conduit sa troupe sur les chemins de son vécu. Second langage aux mille couleurs pour être au toucher noir et blanc.

Et derrière les rythmes battant de vie, toujours cette immémoriale rengaine qui surgit comme la mémoire d’une berceuse maternelle. Ce souffle fantomatique qui parcourt la peau comme si parlaient les ancêtres. Derrière la musique apprise, celle plus reptilienne d’un temps où les sons ne faisaient pas encore des phrases. Alors les yeux fermés on revit des vestiges hauts comme trois pommes. Réminiscences attendrissantes où frappe la force adulte et créatrice.

Quand tout s’arrête c’est à une salle d’enfants émerveillés que l’on doit les tonnerres d’applaudissements.

Tigran de papier :