Chronique de Phoenix – Wolfgang Amadeus Phoenix
Phoenix - Wolfgang Amadeus Phoenix
Année : 2009
Genre : Pop électro-chic
Chanson(s) préférée(s) : Rome, Lisztomania, 1901
« Mais qu’est-ce qu’ils trouvent tous à Phoenix ? » me suis-je souvent demandé. Surexposé à leur singles ravageurs et à long-terme irritants, j’étais plutôt découragé à l’idée de me plonger dans leur discographie. Mais devant l’émoi médiatique suscité, je me suis lancé dans leur dernier opus, Wolfgang Amadeus Phoenix. Je vous épargnerai – cette fois-ci – les poncifs du « groupe le plus connu au monde après Daft Punk et Air » ou du « premier groupe français à passer au Saturday Night Live ». Faire de Phoenix le messie du rock Français alors que la dépouille d’Alain Bashung est encore tiède, c’est indécent.
L’album, maintenant. Vu de l’extérieur, il a tout pour déplaire : une pochette rose pâle ornée de zeppelins au design douteux, arborant le titre d’album le plus pompeux depuis « Les Wampas sont la preuve que Dieu existe » (l’irrévérence ironique en moins). Les deux titres qui ouvrent l’album – « Lisztomania » et « 1901 » – n’étaient pas nouveaux à mes oreilles, et c’est avec un certain plaisir que je les ai retrouvé ici. La première parce qu’en tant que chanson pop tout à fait honnête, distillant une mélodie bien foutue et offrant un premier aperçu du talent du quatuor français, elle trouve tout à fait sa place en première piste de l’album. La seconde parce qu’avec ce son (de clavier ? de gratte ?) lourd et grésillant, elle offre une porte d’entrée au deuxième aspect du groupe, plus électronique.
Le travail sur le son mené par le groupe et Philippe Zdar, du duo Cassius (qui avait déjà travaillé avec le groupe précédemment ) est tout bonnement incroyable, avec un gros effort sur la batterie et les grattes. Ça apparaît comme une évidence aux oreilles, même profanes : il y a un son Phoenix, à la fois capiteux et doux, une sorte de pop chic léchée et aérienne et – il faut le dire – passe partout.
Ce qui est sans aucun doute une force dans un paysage musical surchargé peut donc aussi être une faiblesse, tant ce son peut être lassant et insipide à la longue. Et c’est bien ce qui se passe, puisque la fin de l’album est assez difficile à supporter tellement c’est cotonneux et surléché (oui, surléché), si bien que les trois dernières chansons, malgré des écoutes répétées, ne laissent aucun souvenir. On se prend à rêver de distorsion, de saleté, de hurlement bestiaux, ou plus prosaïquement d’un son un peu moins doux et parfait. On aimerait que ça décolle, que ça envoit le bois, mais non, on nage – quand même – en pleine sucrerie. On atteint les tréfonds de l’insipide sur « Fences », horripilante avec son chant aux accents Kooksiens et ses chœurs dégoulinants. Le groupe semble aussi manquer d’inspiration, et la fin de l’album s’en ressent avec un manque d’innovation dommageable.
Cela étant dit, ce son et cette douceur sont indubitablement l’empreinte de Phoenix par excellence, et ne lui enlevons pas ce qui lui revient de droit : un talent incroyable et un album vraiment pas mal, quand même. Les mélodies sont donc ultra-travaillées et sonnent incroyablement bien (« Lasso ») : c’est ensoleillé et ça enchantera votre été. Slogan marketing inside, mais c’est vraiment ça : les chansons de l’album sont lumineuses et on a envie de se rouler dans un champ d’herbes sauvages, nu et au soleil en les écoutant (prenez garde de ne pas les écouter trop fort en public, donc). La chanson « Rome » est une pure merveille, avec un refrain qui vous rentre dans les tréfonds de la boîte crânienne plus rapidement qu’un électro-kid dans la fosse d’un concert de MGMT et qui explose pour deux dernières minutes de folie.
Le groupe frappe également très fort sur « Love Like A Sunset », morceau instrumental/ambient/électro/pop/youpi de haute volée (et en deux parties). Les termes électro et pop associés ont de quoi faire peur, mais là où à mon sens les Passion Pit et consorts se lourdent violemment, Phoenix maîtrise parfaitement l’exercice, tout en nappes électroniques et en clavier démesurés : c’est grand, c’est ambitieux, c’est prenant.
Électronique justement, car tout au long de l’album, alors que leur précédent était plus rock, on retrouve utilisée à fort bon escient cette empreinte électro qui a fait leur succès, leur collant (injustement ?) l’étiquette « french touch ».
Alors, si cet album ne manque pas d’atouts – son extraordinaire, mélodies gigantesques -, trop parfait, il s’essouffle un peu sur la longueur et ne mérite pas vraiment tout le cirque qu’il déchaîne. Restons calme et tentons de convaincre nos amis d’outre-Atlantique qu’on a d’autres atouts tout aussi formidables par chez nous.
Note après 4 mois d’écoutes
Je vous avais laissé sur une note en demi-teinte, et un petit 6/10 qui ne se justifie plus totalement. Déjà le simple fait qu’il ait duré 4 mois dans mon baladeur change la donne. Ça prouve qu’il est très bon. En fait non, ça prouve que les bonnes chansons de cet album sont vraiment de très très haute volée : Rome, Lasso, Lisztomania, Love Like A Sunset se bonifient avec le temps, Fences devient moins insupportable. Mais le reste est toujours beaucoup plus anecdotique. Comment évaluer un disque avec deux facette si différentes ? La « bonne partie » du disque suffit à relever légèrement la note et à contribuer à faire de Phoenix un groupe majeur.
Juge par toi-même (et achète l’album ensuite)
Phoenix – Rome
A lire aussi
- L’album sur Spotify, non dispo sur Deezer.
- Interview de Phoenix sur France Info (on oublie les questions con)
- Le site internet de Phoenix
- Le clip de 1901 sur BTS
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Pirhoo a dit :
1
Super article !
T’aborde la chose judicieusement, que du bon.
Brain' a dit :
2
J’ai eu ma période Phoenix en seconde, mais maintenant c’est dingue comme je ne peux plus les blairer.
Florian a dit :
3
Toujours autant de plaisir à te lire ! Très chouette la chanson btw
Branche ton Sonotone ! » Chronique de xx – The XX a dit :
4
[...] cet album me fait exactement le même effet que celui de Phoenix. Il me frustre : quelques chansons absolument enthousiasmantes, pour autant de chansons non pas [...]
Branche ton Sonotone ! » Chronique de Kitsuné Tabloid by Phoenix a dit :
5
[...] publié deux nouvelles compilations cette dernière année pendant que sortait son plus gros album, Wolfgang Amadeus Phoenix, qui se destinait à une renommée internationale. Rien que ça. Cependant, il ne s’agit pas ici [...]