Chronique de Sammy Decoster – Tucumcari
Sammy Decoster - Tucumcari
Année : 2009
Genre : Western-rock burné et enfiévré
Chanson(s) préférée(s) : L'Exil, Savannah Bay, The Drive, Tucumcari
Ces deux dernières semaines, entre Revolver, Toy Fight et Sammy Decoster, je ne sais plus trop où donner de la tête concernant la pop et le rock français. Les premiers défrichent une pop à cordes sublime, les seconds distillent une pop-folk brillante et décalée, et le troisième…
Eh bien Sammy Decoster, c’est d’abord une gueule : un beau brun ténébreux arborant une barbe de trois jours, l’air inspiré et l’œil sombre, qui semble nous défier du regard sur la pochette de son premier album, Tucumcari.
A l’intérieur, le résultat a tout pour enthousiasmer. Car outre un physique ravageur, Sammy Decoster a une voix impressionnante, aussi à l’aise dans les aigus que dans les graves, dans le calme comme dans la fureur. Vocalement, il alterne ainsi passages musclés (« L’Homme Que Je Ne Suis Pas », « L’Exil ») et lignes de chant plus douces (« Mon Dernier Rêve », « Tu Me Hantes »). Il ose même parfois les chœurs, parfaitement dosés (« Savannah Bay », « Je Partirai Me Suicider A Hawaï »), voire même le chant en anglais, impeccable (« Mañana »).
Il est compliqué, comme tous les bons artistes, de ranger la musique de Sammy Decoster dans une petite boîte sur laquelle on pourrait apposer une petite étiquette folk, rock, blues ou même country. Car il y a un peu de tout cela dans Tucumcari : de Noir Désir (« L’Exil ») à Sonic Youth (« The Drive ») en passant par Alain Bashung, Johnny Cash (« Venaco »), Elvis Presley (sans le legging moulant à paillettes) ou Bob Dylan, le garçon n’est pas avare en références de qualité.
Alors oui, peut-être peut-on arguer que ces références sont trop présentes et que parfois on peine à saisir le souffle propre de l’album et la vraie personnalité du garçon. N’empêche. Tucumcari – nom d’une ville du Nouveau Mexique – a une vraie patte, et nous emmène très loin. Pourtant né dans les terrils, Sammy Decoster a vocation à nous faire voyager : l’imaginaire western et la thématique du voyage sont omniprésents tout au long de la galette (« Je Partirai Me Suicider à Hawaï », « L’Exil », « The Drive »), et en fermant les yeux, on s’imagine aisément dans le désert du mid-west, aveuglé par la poussière et suant sous le soleil, ou au volant d’une vieille Ford cahotante, un mégot depuis longtemps éteint au coin de la bouche.
On pourra également objecter que si le son est bien souvent dense, alternant force et dépouillement, hurlements et chant plus doux, la production peut lasser sur le long-terme, manquer peut-être d’un peu de relief et de souffle. Mais l’inventivité musicale, la richesse rythmique et mélodique, les superbes variations de rythmes et de sonorités comble ce petit défaut, instrumentalement et vocalement.
Il ne serait pas non plus infondé de moquer la qualité littéraire de certains textes, qui laisse parfois à désirer, (au hasard : Il suffit d’une flamme / Détail / De taille / Au fusil… l’étoile brillera / pluie d’ici / J’partirai m’suicider à Hawaï ) et qui rate le coche de la poésie pour s’engager dans la voie de l’absurde, dans une chanson au demeurant musicalement excellente. Mais ce serait oublier toutes les pépites disséminées dans l’album, qui redonnent de l’espoir quant au futur d’une scène rock française que Bashung à quitté et que Bertrand Cantat tarde à réintégrer.
Pour finir, on pourra dire, et moi le premier, qu’il est possible que Tucumcari s’épuise au fur et à mesure des écoutes et qu’il baisse en intensité sur la longueur. Cet album et cohérent, inspiré, enivrant et bien ficelé : pour un premier album, révéler toute ces qualités est suffisamment inhabituel à mon sens pour plus que mériter les louanges.
Astique toi les tympans (et la rétine)
Je vous rappelle que je vous ai fait écouter le meilleur titre de l’album selon Bibi, L’Exil, juste ici !
Et une petite vidéo pour la route, encore dans les Sans Pile Sessions de magic, où on peut apprécier les qualités vocales incroyable du garçon. Personnellement, à la première éoute ça m’a foutu la chair de poule !
nuage de tags & best-of



Pirhoo a dit :
1
Moi s’ki m’a le plus marqué dans cet album, c’est le chien sur la pochette.
Branche ton Sonotone ! » Concert : Sammy Decoster (Le Zebre, Paris – 16.06) a dit :
2
[...] de la qualité de Tucumcari, le premier album de Sammy Decoster (dont j’ai d’ailleurs parlé ici, et puis là). Quand le concert démarre, une petite centaine de personnes se masse sur les [...]