Chronique de Yom – New King Of Klezmer Clarinet
Yom - New King of Klezmer Clarinet
Année : 2008
Genre : Klezmer
Chanson(s) préférée(s) : Naftule Attitude 1, à peine plus que toutes les autres
Quoi tu n’a jamais entendu parler de musique klezmer ? Qu’à cela ne tienne, Branche ton Sonotone t’emmène dans son sac à dos à la découverte de Yom, l’un des plus jouissifs contemporains de la musique Klezmer !
Avant Yom donc, il y a le Klezmer: musique Juive trouvant ses racines en Europe de l’Est. Le XXème siècle (particulièrement les 20′s puis les 70′s) aura permis à cette musique de ce faire connaître partout dans le monde grâce à des artistes comme Naftule Brandwein (retenez bien ce nom), Giora Feidman ou encore Davird Krakauer.
Issu d’une culture nomade et quelque peu religieuse, le Klezmer utilise généralement des instruments légers, facilement transportables, à savoir: le violon, la clarinette, le saxophone, la flûte ou le tapan (et autres percussions). Notez également que les chants le sont souvent (pour pas dire toujours) en Yiddish.
Maintenant que j’ai fini de vous prendre pour des benêts incultes, passons aux choses sérieuses… La particularité essentielle de cet album New King Of Klezmer Clarinet est qu’il est un hommage… Un hommage à Naftule Brandwein (si si j’en ai parlé!) qui ma foi, fut en son temps un virtuose de la musique Klezmer. Dans les années 20 il débarque sur le continent Américain et gagne rapidement un franc succès. Il est aujourd’hui encore considéré comme une référence pour les Klezmorims…
Oui mais voilà : Naftule est un ivrogne, complètement déjanté, ne sachant pas lire une partition ! Parmi ses multiples excentricités il s’aventure à jouer dos au public (pour que personne ne lui vole ses plans…), montrant ses fesses après avoir joué à moitié nu, en sueur et une guirlande électrique pendue autour du cou. Enfin, il s’auto-proclame King Of Jew Music (Roi de la Musique Juive) ! 50 ans plus tard il vous aurait été présenté comme un punk. À raison.
Vous l’aurez compris le titre plus modéré New King of Klezmer Clarinet se justifie (Yom est (un petit peu) moins mégalo que Nafstule). Sur la pochette de l’album et dans le livret, on le voit d’ailleurs (sa véritable identité est un mystère) déguisé en excentrique roi (qui emprunte plus son style à un rappeur US qu’à un monarque traditionnel). Ceux qui n’aurons rien compris dénonceront d’ailleurs cette attitude faussement prétentieuse (si si j’en ai vu). Mais pour avoir apprécié Yom en live et échangé quelques mots avec lui après le concert, je peux vous assurer qu’il ne manque pas d’humilité (et son rire est tonitruant) !
L’album met donc en scène Yom, accompagné de trois prodigieux musiciens, l’un au Tapan, l’autre au Tuba/Trombone et un dernier au piano (le piano fait son apparition dans la musique Klezmer grâce à l’influence du Jazz, lorsque la seconde génération de Klezmorim apparaît au Etats-Unis). Il est en fait difficile de parler de cet album sans évoquer les traditions et codes de ce style si singulier. Plus encore quand on sait que cette prestation est une oeuvre brute, conditionnée par l’improvisation et la transe du clarinettiste.
Transe car c’est finalement ce que m’évoque le jeu de Yom. Un enchaînement complexe et passionné de note. Une musique au rythme indéchiffrable, ponctuée d’allitérations musicales qu’offrent les trilles et certaines transitions inattendues. Si demain nous inventions un notomètre, machine capable de compter le nombre de notes jouées sur intervalles fixes, Yom produirait sûrement des chiffres et graphiques que la pensée humaine ne saurait pas interpréter…
En outre les clarinettistes classiques s’étonneront d’entendre jouer des notes qui n’appartiennent pas à la porté habituelle de l’instrument. Pour réaliser un tel miracle, Yom manipule magnifiquement quelques procédés propres au Klezmer comme pincer la hanche avec ses dents ou utiliser des glissendos.
Tout au long de l’écoute, le trombone et la percussion ont pour qualité de donner à l’auditeur une trame plus facile à suivre, un rythme plus ou moins régulier sur lequel se raccrocher. Le clarinettiste nous souffle tellement qu’on cherche à tout prix quelque chose auquel se tenir pour ne pas se noyer. C’est cet aspect de Yom qui en fait probablement tout le charme. Le pianiste lui, intègre la musique avec plus d’inertie en adoptant des mouvements plus aléatoires et improvisés, comme le démontre très bien la chanson The hot boiling Bulgar ou sur le dernier titre de l’album, Introduction (logique).
L’hommage reprend néanmoins des titres plus calmes de N. Brandwein comme The rabbi’s Disciple (chanson reproduisant quand même de grands élancements mélodiques). Titre surprenant d’ailleurs quand on considère que Nafstule était plus un fervent adepte du bar que de la synagogue.
Clôturons enfin cette chronique en soulignant la complète réussite de cette hommage. La performance technique est telle que je vous recommande absolument la prestation live de ce quatuor. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas une seconde, pas besoin d’être un féru de musique klezmer pour en apprécier le spectacle. Et puis il faut bien l’avouer, Yom est un virtuose et on n’en rencontre pas tous les jours !
nuage de tags & best-of


Pierro a dit :
1
GE-NIAL.
Ca me donne envie d’aller voir Kusturica en live toussa…
Pirhoo a dit :
2
C’est même mieux
… ou pas.
Nectarine a dit :
3
Il joue incroyablement bien !Mais bon, j’écouterais pas ca tous les jours non plus, ca manque de voix à mon gout !
Clément a dit :
4
Superbe o0
Mais je me demandais en quoi les notes jouées n’appartiennent pas à la porté habituelle de l’instrument? Et aussi ce qu’était la technique de pincer la hanche avec les dents (il me semble que c’est impossible)?
Pirhoo a dit :
5
Je suis pas un spécialiste de la clarinette hein mais disons qu’en appuyant sur la hanche avec ses dent, le klezmorim obtient des sons inédits, très aigus. Pas un couak mais quelque chose d’original que j’aurais du mal à te décrire avec des mots
Reste pas loin je connais des gens qui pourraient te répondre mieux que moi
Clément a dit :
6
D’accord merci! Cela m’étonne que ce soit avec les dents, ça aurait tendance à fendre la anche il me semble, ou alors je vois vraiment pas comment faire…
Martin a dit :
7
Non la anche, malgré le fait qu’elle soit en bois, est quand même suffisamment résistante. Je n’ai pas écouté Yom (j’y remédie bientôt), mais on peut jouer sur la hauteur/couleur de la note en augmentant ou diminuant la distance entre la hanche et le bec (c’est à dire là où passe l’air que tu souffle et où se crée le son), c’est notamment ce que font les jazzmen, et qui correspondrait à la limite sur une guitare électrique à un mélange entre le wah-wah et le bend.
Là, avec les dents, je pense qu’il mord à la base de la anche pour augmenter la distance entre la anche et le bec et modifier la hauteur. Je pense qu’il est également possible qu’il morde tout en haut de la anche, pour mieux encore contrôler cette distance.
Voilà !
Pirhoo a dit :
8
Merci Martin, ça n’a pas de secret pour toi, les (h)anches…
Clément a dit :
9
Je ne pense pas que ce soit possible de mordre la anche tout en haut car la vibration créait le son, et à la base c’est étonnant vu que le bec est mordu aux 1/3 voir 2/3 maxi je dirais… Mais peut-être que c’est une technique particulière de jazzmen, je demanderais qu’on me montre pour essayer!!!!
En clarinette « classique » les variations et les montées dans les aigus sont normalement jouées avec la gorge: ouverture et fermeture de gorge. Ce qui revient à être capable de jouer une gamme de do (par exemple) sur une seule note en travaillant seulement sur la gorge. Peut être qu’il est possible de jouer sur l’ouverture de la anche par rapport au bec…
Merci!
Caro a dit :
10
merci pour cette fabuleuse critique. quand pierre parle de musique théorique c’est à rêver^^ m’enfin tu t’en es pas trop mal sorti avec tout ce que je t’ai appris =°
En tant que clarinettiste klezmerphile j’apprecie d’autant plus cet artiste, qu’il n’a pas la grosse tete et qu’il joue merveilleusement bien. Pour completer la critique je soulignerai le fait que Yom a une base « classique » (régularité, technique de conservatoire).
Après pour la prise de bec, elle est propre à chaque clarinettiste et ne doit en aucun changer. Mais il est évident que l’on doit aussi s’adapter au style de jeu (klezmer, jazz, classique). En klezmer, c’est la bouche sera plus relachée, la gorge plus souple parce qu’on joue beaucoup sur les intervalles (intervaux? ^^). Il y a plusieurs effets comme « pincer » l’anche (limitant sa vibration) au bout ou plus près de la ligature (le truc qui tiens l’anche qui permette de faire des notes « inédite » genre 1/4 de dièse ou un ré tout en bas (sachant que normalement on ne descend pas en dessous du mi).
Il y a plein de trucs et astuces, c’est un peu plus de magie pour nos oreilles.
au passage c’est la Hanche et l’Anche ^^
Pirhoo a dit :
11
Merci Caro pour tes précieuses précisions !
Branche ton Sonotone ! » Chronique de Yom – Unue a dit :
12
[...] production » de Yom qui nous avait précédemment beaucoup surpris et enjoués avec The New King Of Klezmer Clarinet. Pour mieux distraire notre écoutille, il s’est entouré de six acolytes : Denis Cuniot le [...]
Branche ton Sonotone ! » Chronique de Denis Cuniot – Confidential Klezmer a dit :
13
[...] c’est la délicatesse du piano qui vient nous enivrer. Denis Cuniot, on en a déjà parlé ici, ou là encore. Depuis quelques années il accompagne Yom dans ses folies clarinettistiques, mais [...]