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Chronique de Rancid – Let The Dominoes Fall

Chronique de Rancid – Let The Dominoes Fall

Rancid - Let The Dominoes Fall

Année : 2009
Genre : Punk intelligent et addictif
Chanson(s) préférée(s) : Up To No Good, Civilian Ways, Ain't Worried, That's Just Way It Is Now...

9/10

Entre Rancid et moi c’est une longue histoire d’amour. Ils sont en effet pour moi un des groupes phares du punk des années 90 (voire même du punk tout court). Avec un …And Out Come The Wolves, rare album comparable à London Calling en terme d’ampleur, de souffle, d’innovation et de créativité, on comprendra aisément pourquoi.

Rancid s’est essayé à des genres plutôt variés : du hardcore éponyme au plus policé mais bien plus inspiré Indestructible, le groupe californien s’est affirmé comme la clef de voûte du punk. Ça je l’ai déjà dit. Mais parce que c’est vrai, nom d’un mosh-pit.

C’est avec appétit que je me suis jeté sur la dernière livraison du trio Armstrong / Frederiksen / Freeman (auquel il faut rajouter un batteur souvent renouvelé). Appétit légèrement amoindri, il faut le dire, par le premier single Last One To Die. Pourquoi ? Je n’en sais plus rien, et pour cause, le petit crêteux qui sommeille en moi me souffle que Let The Dominoes Fall pourrait tout simplement être un des meilleurs albums de l’année.

Bon, peut-être que lors de la première écoute, j’avais cru discerner une certaine platitude dans le son de guitare, des mélodies un peu faciles et un abandon des gros hymnes punks : en un mot, j’ai pensé que Rancid s’était trahi, était devenu radiophonique en quittant les chemins tortueux et surprenants du punk pour s’aventurer sur l’autoroute aseptisée de la consensualité. (Cette phrase fait jolie et pompeuse, c’est pourquoi je l’ai porté à ta connaissance, lecteur). Mais c’était avant que l’ampleur et la réussite de cet album me sautent aux oreilles.

J’ai lu quelque part qu’un bon album, c’est d’abord une succession de bonnes chansons. Rien n’est plus vrai dans le cas qui nous intéresse. Car, et c’est suffisamment rare dans mon cas pour être souligné, sur 19 pistes (19 !), pas une chanson – j’ai bien dit pas une chanson – n’est un cran au dessous des autres. Lors de la première écoute j’attendais, un peu angoissé, la première chanson qui pècherait par trop d’assurance ou par manque de réussite. Mais chacune d’entre elles m’est rentré dans le crâne à une vitesse effarante, et chacune a ce petit quelque chose, cette mélodie, ce pont, ces trois mots qui s’enchaînent parfaitement sur le couplet, ce riff de guitare ou de basse qui fait qu’on s’en souvient dès la première écoute et qu’on a diablement envie de la réécouter sitôt terminée. Œuvre d’un groupe prodigieusement inspiré, il tient merveilleusement la longueur : les meilleures chansons de l’album sont présentes du début (East Bay Night, Up To No Good)jusqu’à la toute fin (Let The Dominoes Fall, That’s Just The Way It Is Now, The Highway).

Ainsi, ce que j’avais pris pour un son lisse est en fait bien plus positif que ça : car Let The Dominoes Fall est réellement dansant, ensoleillé, réjouissant, bien loin de la noirceur qui les a parfois caractérisé. Une écoute de Up To No Good, de New Orleans à Skull City ou de Liberty And Freedom suffira pour s’en convaincre.

Cette uniformité dans la qualité des chansons s’explique peut-être par l’ampleur du brassage musical opéré par la bande à Armstrong. Car si ils n’ont en fait pas renoncé au punk burné et rageur qui mettront les fosses du monde entier à genoux, à l’instar de This Place ou You Want It, You Got It, ou Locomotive, ils vont plus loin, et là est tout l’intérêt de la galette.

Les cuivres, les instrumentations léchées et les mélodies complexes s’invitent tour à tour sur cet album. Ils osent tout, que ce soit en matière de refrain (cet espèce de balbutiement sur L.A River, irrésistible) ou d’instrumentation : on en veut pour preuve l’ovni sautillant et brillant That’s Just The Way It Is Now. Bien sûr, le groupe ne crache pas sur un retour aux bases, à savoir leurs influences ska ou reggae (Liberty And Freedom, ou la génialissime I Ain’t Worried, presque rappé).

Ils s’autorisent même une balade (Civilian Ways), absolument sublime, au songwriting parfait, à l’instrumentation magistrale, évoquant davantage Johnny Cash que Joe Strummer : une des perles de l’album. C’est particulièrement le cas sur cette chanson, mais valable pour tout l’album : Tim Armstrong possède une des voix les plus marquantes, à fortiori de la scène punk, voire de la scène « rock ». Mélange de déchéance, de nonchalance et de tension sous-jacente, il relègue très loin derrière Doherty et consorts. Son timbre de voix et sa tessiture si particulière font des merveilles, mais il a aussi cette capacité à poser les mots, proche parfois d’un véritable flow hip-hop, qui rend de nombreux refrains proprement magistraux.

Cet album remue des influences tellement variées que j’ai l’impression que n’importe qui peut aimer ce disque : la bimbo biberonnée à MTV aimera l’accessibilité des compositions et leur caractère west-coast et dansant. L’amateur de punk exigeant se régalera de l’audace musicale, de l’intégrité du groupe et surtout de la qualité incroyable de cet album sur la longueur. L’amateur de rock se régalera de sonorités originales et de la créativité artistique qui range cet album bien au delà du punk. Et moi, même après 15 ou 20 écoutes, je crie de joie en écrivant cette chronique quasiment au début de chaque chanson en me disant « BORDEL ! C’EST BON ! ».

Je parlais tout à l’heure du Clash. Au vu de la réussite de cet album, quasiment certain que de là haut, Strummer doit bien prendre son pied, lui aussi.

Cependant, il y en aura toujours pour crier que ce n’est pas du punk. C’est probablement cette idée que les punks se vendent – aussi ancienne que le punk lui-même – qui l’a par bien des aspects empêché d’évoluer et a précipité sa mort, ou disons sa léthargie. Depuis sa formation, Rancid n’a rien lâché, s’est aventuré sur une major, en est revenu, et bien loin des pop-stars auto-proclamées punk à la sauce MTV, Rancid a toujours tout fait en accord avec éthique, ce qui n’exclue pas les faux-pas. Mais la définition du punk c’est peut-être ça : l’honnêteté, la sincérité et l’intégrité, jusqu’au bout.

Lorsque s’achève la prodigieuse The Highway, conclusion de 19 tours de pistes parfaits, une petite voix chuchote dans le fond de ma tête : « le punk est pas mort ! Pas mort j’te dis ! »

De l’amidon sur ta crête

Let The Dominoes Fall –

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MC5 – Kick Out The Jams (live)

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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