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Stanley Clarke, Marcus Miller et Victor Wooten @ Jazz à Vienne – 5/07

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Etant plus ou moins bassiste, lorsque j’ai appris que Stanley Clarke, Victor Wooten et Marcus Miller se produisaient à Jazz à Vienne (un des deux ou trois grands festivals français de Jazz (avec Marciac), se déroulant dans la riante bourgade de Vienne, en Isère), j’ai pas mis longtemps à me faire payer mes places.

Je les avais déjà vu au Casino de Pais à l’automne dernier, et j’en conservais un souvenir incroyable, de trois musiciens complètement hors-normes. Mais d’abord, pour ceux – et je suis sûr qu’ils sont nombreux – qui entravent pas grand-chose à l’histoire et le paysage mondial de la basse, recontextualisons :

  • Stanley Clarke, 57 ans, le roi du jazz-fusion, trente albums au compteur, a collaboré notamment avec Chick Corea, Paul McCartney (souvenez-vous, Say Say Say !) entres beaucoup beaucoup d’autres…
  • Victor Wooten, 44 ans, 41 ans de basse (!), orienté fusion a collaboré notamment avec Bill Evans et Prince.
  • Marcus Miller, 49 ans, 15 albums en solo, le triple en tant que musicien, le Dieu du jazz, complice de Miles Davis (la basse de la chanson Tutu, c’est lui !), et d’Aretha Franklin.

Au-delà du poids des CV des bonshommes, je pense qu’on peut dire que dans leur rayon (ie. Jazz/jazz-fusion) ce sont ni plus ni moins que les tout meilleurs bassistes du monde. Un peu comme si Jimmy Page, Jimi Hendrix et Slash faisaient des tournées ensemble. Enfin vous voyez.

Bref, leur concert à Paris m’avait complètement bluffé, spectacle de musiciens d’une aisance incroyable, repoussant les limites de leurs instruments et en extrayant des sons que je n’avais même pas imaginés possibles. C’est donc avec l’impatience de celui qui sait que – bien accompagné – j’ai pris place dans les gradins du Théâtre Antique de Vienne, une des plus belles scènes que j’ai jamais vu (bon j’en ai pas vu des masses non plus), avec cette impression de mur lorsqu’on regarde de la scène vers le public et avec une qualité acoustique sublime.

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C’est Raoul Midon qui a l’honneur d’ouvrir et comme à Paris c’est une première partie de grande qualité. Sorte de Fink sous amphèt’, seulement accompagné d’une guitare dont il joue magistralement (on a à plusieurs reprise l’impression d’entendre plusieurs instruments dont des percus) et avec une voix magnifique et des compos accessibles, Raoul fait ce qu’il a à faire, et rend l’attente plus que supportable.

Pendant la première partie, on aperçoit les trois bassistes qui arrivent en voiture derrière la scène, Marcus tout seul, Stanley et Victor ensemble.

Les trois garçons ont composé un album ensemble et nous annoncent travailler sur un second. Le principal reproche que l’on peut faire à leur musique, et pas des moindres, c’est celui d’être légèrement kitsch, lourde et surrangée. On n’échappera pas pendant le concert à ce travers et certaines chansons traînent en longueur.

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Mais peu importe, finalement. Car le public en prend de toute façon plein les yeux. L’aisance, la maîtrise et surtout la décontraction de ces instrumentistes au sommet de leur talent saute aux yeux. Tout sourire, les mains courent le long des manches et le son monstrueux des basses cogne dans les tympans.

Apanage des musiciens brillants : la cohérence et le « savoir jouer-ensemble ». Je les soupçonne de n’avoir écrit et fixé qu’une part infime de leur set, tant l’impression de jam, d’improvisation permanente est grande. Ce qui rend leur performance d’autant plus incroyable : un seul regard, un seul geste suffit pour changer de ton, pour mettre fin à un solo, laisser la place à une impro. Si les trois bassistes ont des carrières solos bien distinctes, on dirait qu’ils jouent ensemble depuis toujours et une réelle complicité émane du trio : sourires, blagues, jeux de scènes, on est loin du cliché des virtuoses prétentieux et dédaigneux.

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Les sonorités d’un instrument souvent en retrait – bien qu’absolument indispensable et permanent dans toute l’histoire de la musique : seul le piano peut prétendre à une telle universalité – sont repoussées. Que ce soit Stanley Clarke, qui dans un solo de contrebasse de quinze minutes se sert de cette dernière comme d’un instrument aussi bien percussif que mélodique, ou bien Victor Wooten, qui extrait de son intrument des sonorités improbables, le public amateur en aura eu plein les yeux, et les oreilles.

Mais ce ne serait pas leur rendre justice que de réduire leur set à une simple prestation technique destinée uniquement à un public de connaisseur. Car ça groove et ça envoit le bois. A titre personnel, Marcus Miller me fait littéralement décoller sous les coups de boutoir de son slap incroyable. Sur certaines compositions, notamment celle où ce dernier empoigne sa clarinette basse pour une sublime impro tout en douceur jazzy, on frise la grâce.

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En guise de rappel, les trois comparses se fendent d’une reprise de Beat It de vous savez qui, qui est de loin le plus bel, le plus vibrant, le plus groovant hommage que j’ai pu entendre, et les trois basses slappant à l’unisson la mélodie du refrain mettent le Théâtre Antique à genoux.

Néanmoins et malgré un concert exceptionnel, j’ai été moins emballé que lors de leur concert parisien. Était-ce le son, un peu moins précis ? Ou bien l’excitation de la première fois qui a magnifié mes impressions ?

Qu’importe, car dans le monde de la musique, l’occasion est trop rare de voir unis des instrumentistes d’un tel talent.

Gui Boratto – The Blessing
Chronique de The Presets – Apocalypso

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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