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Chronique de Acetate Zero – Hesitation Blues

Chronique de Acetate Zero – Hesitation Blues

Acetate Zero - Hesitation Blues

Année : 2009
Genre : Musique totale
Chanson(s) préférée(s) : ... !!!

9/10

Chronique écrite une nuit d’insomnie en écriture libre. Ce qui n’excuse rien.

Les premières notes de l’album font frémir les membranes du casque. Scotché. Grande claque. La musique se déverse en torrent jusque très loin, et s’impose à moi comme une évidence, comme celle que je veux, je dois composer.

La première parenté qui me vient à l’esprit : Sonic Youth. Non pas que ce soit le seul groupe de rock un peu expérimental et noisy que je connaisse, même si il y a une part de vérité là-dessous. Les sonorités, l’ambiance rappellent certains passages de Daydream Nation ou de Rather Ripped : l’intro de Dry, rappel de Do You Believe In Rapture. En parcourant le net, quelques groupes que je sais cultes mais dont je me complais dans l’ignorance crasse sont évoqués : Mogwaï, Explosions In The Sky, Movietone, Empress…

Les influences, certes. Mais quelque chose dans leur musique, et dans cet album, va plus loin. Il nous emporte loin des sonorités actuelles, du folk intello ou de la pop électronique. Dans une sorte de bulle douce et amère, la musique est envoûtante, porteuse d’une sorte de douceur mélancolique, même dans les moments violents et voilés par la distorsion. Guitares tantôt claires et lumineuses, tantôt drapées dans des nappes vrombissantes, elles sont à la fois la tête, le cœur et les muscles de l’œuvre. Le tempo est souvent lent, un groupe qui prend le temps de dire, de faire, d’articuler son œuvre. Rythmes ternaires, voix hantée, comme une image qui tremblote.

Car Acetate Zero est un groupe de guitaristes, amoureux de l’exploration sonore et de l’expérimentation sur six cordes. A la douceur des arpèges succèdent le bouillonnement ardent de la distorsion ou du fuzz. Ambiance shoe-gaze, trip-hop. Oubliez parfois les harmonies, n’attendez pas toujours d’accords. La grâce, l’ascension, le paroxysme, et le retour à la réalité. Parfois comme surgie du brouillard, une ligne de voix féminine, apaisement torturé, se dépose sur la chape distordue ou l’arpège embué.

L’ampleur, l’inspiration, le souffle, comme on dit, et le génie musical surprennent. La musique se fond dans les tripes, déconnecte du monde, fait se fermer les yeux. Comme si elle n’interpellait pas seulement les oreilles, loin d’un quelconque son formaté. Sensations primaires, incontrôlées, en un sens. Les guitares s’enchevêtrent, des voix masculines se font apercevoir. Une musique définitive, épuisante de ne laisser aucune prise au connu, au déjà entendu.

Souvent, des paroles sonnent si bien qu’on les croirait écrites pour nous. Ici, la musique, comme si quelqu’un s’était glissé dans ma tête, et en avait conclu, déduit un album. La musique ruisselle comme les gouttes de pluies sur les vitres d’une voiture à toute vitesse. Chacune est différente, chacune semble suivre la précédente, mais embarque sur une autre voie, striant l’horizon, disparaissant et semblant déjà réapparaître.

Hesitation Blues c’est la musique à la fois métallique et mélancolique, post-rock gris, enfumé, percé ça et là de traits de lumière. La production est imparfaite, le son pas toujours cristallin, loin du marketing et du business. Partie intégrante du charme de l’album, intemporel et vieilli.

Les œuvres d’arts les moins accessibles sont celles qui nous interpellent le plus. Réaction du corps et de l’esprit à ce qui le menace, le bouscule. Hesitation Blues ne bouscule pas, et la langue française atteint les limites. It moves, dirait-on de l’autre côté de la Manche. Tout est là : move. Bouger, déplacer, mouvement. On regarde en arrière, on pense, on réfléchit, on regrette.

Acetate Zero, c’est la musique de la nostalgie, des films souvenirs en noir et blanc, des photos sépia, des mouvements hachés par les vieilles caméras. Une musique sans âge, à la fois terriblement actuelle et sans aucun doute indémodable. Une musique de l’expérimentation, de l’exploration, qui ne perd pas de vue l’accessibilité, l’intelligibilité. Je n’y connais rien, mais je pense que dans quelques années, on redécouvrira l’œuvre du groupe, et on se rendra compte de ce qu’on a manqué.

Quelques extraits

Acetate Zero – Imperial Climb

Acetate Zero – Dry

Acetate Zero – Heavy Super Twin

Acetate Zero – The Road

Leur siteleur label – sur iTunes - à la FNAC - une autre chronique

Java – J’me marre (live)
The Jesus and Mary Chain – Black

8 Commentaires »

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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