Chronique de Fever Ray – (s/t)
Fever Ray - (s/t)
Année : 2009
Genre : Déambulation belle, sombre et apocalyptique
Chanson(s) préférée(s) : If I Had A Heart, When I Grow Up, Seven
Pour être honnête, quand j’ai écouté Fever Ray pour la première fois il y a quelques mois, j’étais plus que sceptique, pour ne pas dire insensible, voire même un peu dégoûté.
Certes, ce premier album de la suédoise est loin d’être une petite friandise facile à croquer et à digérer. Pourtant, il possède bien d’autres qualités que le temps s’est chargé pour moi de faire apparaître. Le voyage auquel nous convie Fever Ray est en effet loin d’être de tout repos et aisément appréciable au premier coup d’oreille !
Fever Ray nous vient de Suède, pays que les amateurs de musique un peu pointue savent être le paradis sur terre, ou du moins un pays présentant un très avantageux ratio de bon groupe par nombre d’habitants. Fever Ray, ou plutôt de son vrai nom Karin Dreijer Andersson, n’en est pas à son coup d’essai, puisque c’est une des deux membres du duo électro non moins suédois et non moins doué The Knife. Avec son compatriote et frangin Olof Dreijer, elle est à l’origine du très très remarqué Silent Shout, qui a très bien figuré dans les classements de fin d’année 2007. Même si je ne fais pas complètement partie de ceux qui s’enthousiasment pour ce premier album solo, force est de constater que ce dernier pourrait bien rééditer l’exploit.
C’est un poncif quand on parle de cet album, mais cet aspect est si présent qu’on peut difficilement en faire l’économie dans une chronique : c’est sombre, noir, obscur, à l’image de sa pochette, et ce aussi bien au niveau des paroles que de la musique. Tant est si bien que j’ai eu l’impression à plusieurs reprise que Fever Ray avait composé cet album au réveil, en pleine nuit et après un affreux cauchemar. Un cauchemar semble être le mot qui décrive bien cet album, tant sa musique évoque l’effroi, la peur et d’autres sentiments pas franchement ragoûtants. Mais attention hein, cet album c’est un peu comme un film d’horreur, ça fait peur, ça oppresse mais justement, c’est ce qu’on cherche et c’est un chef-d’œuvre du genre !

Il suffit de jeter un coup d’œil aux paroles pour se rendre compte qu’elle a laissé s’exprimer les démons, les songes et les idées noires qui l’habitent. Souvent on a l’impression d’assister à une cérémonie occulte où se mélangent sonorités quasi moyenâgeuses, rythmes tribaux africanisants et incursions électroniques enfiévrées et modernes. En fermant les yeux on se verrait presque, marchant dans une forêt sombre et inquiétante, par une nuit noire, uniquement guidé par la lueur vacillante d’une torche, engoncé dans les plis d’une longue cape de velours noir. Mais je m’égare. Mais quand même, cet album a un aspect religieux et tribal, quasi-mystique. Mystique au sens où il appelle au recueillement, à l’introspection.
J’vous jure ! Même si on a quand même pas envie de s’ouvrir séant les veines et de se tatouer des croix renversées sur le torse avec le premier couteau de cuisine venu en l’écoutant, il prend aux tripes et donne furieusement envie de s’isoler du monde extérieur.
De fait, si ce disque ne respire pas franchement la joie de vivre (et c’est le cas de le dire), il s’en dégage néanmoins une grande douceur, ce qui renforce encore cet aspect de rêverie irréelle et noire. Le son est velouté, souvent caressant, même dans les moments un peu percussifs, et il n’y a aucune sonorité sciemment agressive ou effrayante. En effet, plus que sur les mélodies à proprement parler, Fever Ray joue sur les textures, les épaisseurs de son, ce qui confère tout son intérêt à cet album. Intérêt qui se dévoile au fil des écoutes…
Tout est calme, et même dans les moments en abyme, les plus noirs, une sorte de luminosité, de mélodicité s’en dégage. D’ailleurs l’amie Karin fait un effort en ce qui concerne ces mélodies puisque quasiment toutes les chansons sont des perles à ce niveau là et certaines harmonies vocales sont limite pop (oui, vous lisez bien le mot pop dans une chronique de Fever Ray !) : When I Grow Up, Now’s The Only Time I Know, I’m Not Down ou Keep The Streets Empty For Me… Certaines voix sont d’ailleurs incroyables, asexuées, brumeuses, comme une angoisse qui se coule en nous et nous enserre la poitrine… Un gros travail est aussi fourni au niveau des percussions, qui sont réellement un des points forts du disque et un des aspects majeurs de la composition (Triangle Walks, Dry And Dusty, Seven).
S’il fallait choisir une seule chanson pour illustrer cet album fascinant, ce serait, If I Had A Heart, la première chanson, où tout l’album semble être concentré : voix entre homme et femme, brumeuse et nostalgique, mélodies fines et pertinente, paroles étranges et inquiétantes (« If i had a heart i could laugh at you, if i had a voice i would sing… after the night when wake I up I see what tomorrow brings« ), rythmique insistante qui semble tout droit sortir d’une tribu préhistorique et cet espèce de chape sonore qui apparaît dès le début de la chanson : bref, elle peut paraître un peu étrange, voire inaudible au premier abord, mais prenez garde. On y prend salement goût !
Bon après autant de laudatifs, j’imagine que vous vous attendez à une note encore plus élevée. Mais cet album est trop profond, trop douloureux (au sens noble) à écouter pour qu’il m’enthousiasme totalement. Il est exceptionnel dans le sens où il ne ressemble à rien de ce que j’ai écouté avant, qu’il est complètement prenant, extrêmement bien produit et composé. Mais outre quelques longueurs parfois, il est bien trop introspectif et sombre – car oui, on en revient là – pour que ce soit un album réjouissant (ah non ça c’est pas gagné) au sens critique et musical du terme
Il n’en reste pas moins que c’est un grand album, et quoi qu’il en soit, vous ne ressortirez pas indemnes de cette rêverie paranormale et infectieuse, définitivement et délicieusement sombre…
Deux chansons
Le clip de When I Grow Up, qui résume à lui seul tout ce que je veux dire :
Pour en savoir plus
- Chronique de l’album chez le Hiboo, Fluctuat, Indiepoprock, Chroniques Electroniques et Eddie, toutes unanimes !
- Sur Spotify, Jiwa
- Acheter sur iTunes, Amazon
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benoit a dit :
1
Oui, d’accord avec toi, très bel album, une des bonnes surprises de cette première moitié 2009 !
Branche ton Sonotone ! » Fever Ray – Seven (CSS remix) a dit :
2
[...] des grosses claques de 2009 avec un chamanique, inquiétant et extrêmement sombre album éponyme (mon avis là dessus). Cansei de Ser Sexy, littéralement fatiguée d’être sexy, c’est de [...]
Branche ton Sonotone ! » Fever Ray – Concrete Walls (live et nouveau) a dit :
3
[...] Suédoise Fever Ray a sorti cette année un des meilleurs albums de l’année, ultra-sombre et chamanique. Il y a quelques temps, elle était de retour à [...]
Branche ton Sonotone ! » Transmusicales 2009 a dit :
4
[...] Myspace, Spotify, Deezer, Notre Chronique. [...]
Branche ton Sonotone ! » Chronique de Silent Shout – The Knife a dit :
5
[...] Parfois un peu cauchemardesque, mais puissante, elle parait donc sous le nom de Fever Ray, que Martin chroniqua avec sa délicieuse verve il y a quelques [...]
Paqpaq a dit :
6
moi je trouve que d’accord c’est un super album, mais c’est surtout du the knife en plus sombre et peut être moins bon
Ouuuh yeah.
Dr. Javnaire a dit :
7
Peut-être que j’ai l’esprit déjà sombre (ce n’est tout de même pas l’une des qualités (ou l’un des défauts) que l’on me prête), mais je ne trouve pas cet album aussi sombre qu’il veut l’être. Je vois dans l’usage très original des percussions et dans ce velours mélodique quelque chose de plutôt luminescent. Ce 10 titres m’apparaît en réalité comme l’aube d’un matin suédois après trois jours consécutifs de nuit. Un cliché peut-être, mais, ce que je veux dire c’est que la noirceur à mes yeux semble être surmontée et dans chacun des titres, je vois la bonne augure du jour nouveau poindre. En somme, cet album me touche. Merci donc Martin pour cette sombre et jolie découverte (avec neuf mois de retard tout de même) et merci, aussi et surtout, à Karin Dreijer de nous envelopper dans un univers si personnel, neuf et original.