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Chronique de Mongrel – Better Than Heavy

Chronique de Mongrel – Better Than Heavy

Mongrel - Better Than Heavy

Année : 2009
Genre : Crossover hip-hop ultra-classe
Chanson(s) préférée(s) : The Menace, Julian, Hit From The Morning Sun, Lies, Barcode...

9/10

Ceux qui connaissent un peu le groupe britannique Arctic Monkeys savent la fascination et l’influence qu’exerce le hip-hop sur leur musique. De fait, lorsque Andy Nicholson, bassiste du groupe décide d’arrêter l’aventure, quoi de plus normal qu’il lui vienne l’envie de fonder un projet hip-hop ? Il sort son petit carnet d’adresse et réunit une joli équipe autour de lui : il fait venir son comparse et batteur des singes de l’arctique Matt Helders, mais également John McClure et Joe Moskow des grands Reverend & The Makers et Drew McConnell, des Babyshambles. Se joignent à eux pléthore de rappeurs, dont le très talentueux Lowkey du collectif Poisonous Poet.

Comme je suis un gros fan des Arctic Monkeys et particulièrement du travail que Nicholson a pu fournir en leur sein (rien que la ligne de basse de From The Ritz To The Rubble, hein, bon), je me suis très vite jeté sur Better Than Heavy dès que j’ai eu vent du projet.

Dissipons les malentendus, car à part sa grande qualité, le travail de Mongrel n’a que peu de point commun avec ce qu’ont pu faire les Arctic Monkeys et se rapproche plus de ce qu’ont fait les Flobots (tiens encore un des gros albums de l’année dont je n’ai pas parlé ici !). En effet, l’angle d’attaque est ici carrément hip-hop. Ils ont d’ailleurs invité pas mal de MC britanniques à poser leur flow sur l’album, ainsi, ils ne sont pas moins de 16 sur l’excellente Alphabet Assassins. Hip-hop donc, mais pas que. On est en fait carrément dans le cross-over, incorporant des sonorités dub, pop et rock, plaçant Mongrel dans la droite ligne d’un Gorillaz, avec le même talent et la même réussite.

Ainsi, sur certaines chansons se déverse une énergie hip-hop pure : acharné, vindicatif, hargneux et surtout très très énervé, le groupe ne lâche rien, notamment sur la saccadée Art Like That et surtout sur l’énorme et complètement déchaînée Hit From The Morning Sun, où la rappeuse british Mpho nous secoue dans tous les sens.

Puisque c’est un disque de hip-hop avant tout, les paroles se doivent de faire sens. Et un soin tout particulier leur est apporté puisqu’elles sont intrinsèquement politiques. Aspect qu’on n’imaginait pas par exemple chez les Arctic Monkeys et qui est une des composantes majeures de l’album. Mongrel dénonce en effet pêle-mêle le fondamentalisme religieux (The Menace), la société de consommation (Barcode), les affres des politiciens (Lies, où ils ne prennent guère de pincettes : « politicians are fucking prostitute having to gamble »), ou encore la guerre en Irak, fil rouge et acte fondateur de cet album. Ces prises de position peuvent paraître simplistes, et elles le sont par certains aspects, notamment quand ils dénoncent Bush, la guerre ou la société de consommation, mais c’est bien là la démarche. Frapper fort, sans discernement pour marquer les esprits.

Mais ce qui fait le charme de l’album et probablement son accessibilité à des oreilles non initiées, c’est la cohabitation très forte avec des sonorités beaucoup plus planantes, plus proche du dub ou de la pop. Cette cohabitation apporte une touche plus mélancolique, une profondeur et une hauteur de vue inattendue dans ce qui se veut un album de hip-hop revendicatif. Ainsi, Better Than Heavy, et surtout Julian, une des toute meilleures chansons de l’album sont très très proche du dub voire du trip-hop. Cette dernière, avec le chant de McClure comme survolant la chanson, planant et éthéré, le tout sur une ligne de basse massive et grasse est absolument sublime, à l’instrumentation incroyable, comme venue de nulle part, est une vraie pépite. L’instrumentation est ainsi à souligner, renforçant son accessibilité aux néophytes du hip-hop comme moi : le piano et la guitare sont extrêmement présents, les cuivres font parfois leur apparition, et on est loin des ambiances décharnées et sobres menées par une boîte à rythme que le non-connaisseur s’attend à trouver dans un disque de hip-hop. Mention spéciale à la basse de Nicholson, solide et inventive (Lies, Julian, The Menace, Better Than Heavy)…

mongrlMais le meilleur de Mongrel se trouve au croisement du hip-hop virulent, des mélodies pop et des sonorités dub, et la plupart des chansons reposent sur cette alternance chant / rap, refrain mélodique et couplet hargneux. Cela peut lasser, mais à l’instar de The Menace, on atteint quand même une qualité rarement entendue cette année pour ma part. Sur cette chanson, le flow de Lowkey, carrément énorme, entre hargne et douceur, et la voix de McClure, impeccable, sont parfaitement mariés, et la chanson est littéralement l’apogée de l’album, c’est juste un des trucs les plus bandants que j’ai écouté cette année.

Bref, cet album fleure bon l’Angleterre. Mais pas les avenues chic de Notting Hill, ou de Marble Arch, non plutôt ce qu’on a moins l’habitude de montrer : Camden, Brixton, les HLM de Liverpool, les banlieues de Sheffield, ce paysage musical qu’on n’aperçoit que trop rarement. Cet album respire la classe, l’aisance de ceux qui font un album sachant exactement là où ils veulent aller, et y foncent avec succès. D’une maturité musicale incroyable pour un premier album, on pourrait être effrayé de voir les talents des bonshommes s’annuler, mais au contraire, c’est maîtrisé, c’est débridé, fou mais terriblement réfléchi, et réussi. Un des tout meilleurs albums de l’année pour ma part. Et devinez quoi ? Dans le Guardian, John McClure a fait part de son projet d’enregistrer le prochain album au Venezuela. Avec, en guest, Hugo Chavez.

Deux chansons

Le clip de The Menace, la meilleure chanson (de 2009 ?)

Et une autre excellente, Lies :

Mongrel – Lies

Pour aller plus loin

IAMX – Nature Of Inviting
P.O.S. – Kidney Thief

2 Commentaires »

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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