Chronique de A raver’s Diary – Dusty Kid
A raver's diary - Dusty Kid
Genre : Ode à la technoChanson(s) préférée(s) : Lynchesque, Here come the techno, Klin
Depuis quelque temps, on aurait pu penser que la jeune scène électronique italienne se résumait à des post-ados turbulents rois de la turbine-hip-hop décomplexée et inepte : les inévitables Crookers bien sûr, mais aussi les Bloody Beetroots, ou encore Blatta & Inesha et Congorock. Un son brutal, efficace, sans suprise, basé sur le processus crescendo – break – reprise orgasmique. Détrompez-vous. Le messie est arrivé et il apporte l’air frais. Il s’appelle Dusty Kid.
Heureusement que Tsugi a été là pour le mettre son album du mois de Juin, alors même qu’il était sorti depuis quelques mois, sinon tout le monde serait sans doute passé à côté de cette formidable claque que l’italien inflige à quiconque écoute A raver’s diary. Quelle claque mes amis, quelle claque ! L’entrefilet lu chez Tsugi ne m’avait pas donné plus envie que ça d’écouter l’album, la faute sans doute à la pochette ambiguë du disque qui, comme le soulignent habilement les Chroniques Electroniques, laisse penser qu’on va avoir affaire à de la minimale toute fade et diaphane, un truc gentil qu’on arrête à la troisième chanson puisque tout se ressemble. Pas du tout. Cette pièce musicale conséquente d’une heure vingt propose ni plus ni moins qu’un véritable périple au cœur de la techno sans étiquette, la vraie, la pure, la belle : celle aux milles visages.
Et elle le revendique, elle l’annonce. « Here comes the techno », claironne le titre du premier morceau. Des aigus persistants, répétitifs, peu mélodiques, puis une ligne de basse incroyablement grave et puissante. Charnelle et métallique à la fois. On croirait entendre the Wizard, Jeff Mills, période Art of the connecting. Une secousse irrésistible. L’album, agencé comme un mix, enchaîne sur « The Underground persistance », un morceau plus deep-techno, toujours très mécanique, presque angoissant, clin d’oeil évident au label techno fondateur « Underground Resistance« . Mais c’est avec le troisième morceau, le bien nommé Lynchesque (David, si tu nous lis), que l’on prend conscience de l’endroit où l’on a mis les pieds. Ce morceau est vicieux et jouissif à la fois. Il joue avec tes neurones. Il ne t’aime pas. Il désire te posséder. C’est l’embrouille la plus minimaliste du monde. Ces quelques aigus très profonds, sur une pulsation de basses, font des montagnes russes dans ta tête et t’empêchent de te focaliser sur quoique ce soit. Si j’avais une réelle culture musicale, je vous sortirais une référence du côté de chez Warp ou un truc du genre pour faire bien. Au lieu de ça je reste scotché devant la puissance et l’efficacité de ce morceau. Un micro temps mort dans le mix, et l’album redémarre sur quelque chose d’autre. C’en est fini des ambiances métalliques, froides, inquiétantes et tourbillonnantes des 3 premières morceaux. Une techno profonde mélodique planante s’installe. Efficacité toujours. L’ambiance est maintenant à l’introspection et au voyage, mental et physique. Çà et là, on entend des notes de guitares qui renforcent la mélodie. Mais le mix continue et les ambiances changent : d’une techno profonde et mélodique qui en certains aspects pouvait faire penser à certaines productions du label Kompakt (je pense à Gui Boratto par exemple, qui de son côté également redonne de la vie à la minimale), nous passons à une ambiance qui allie la froideur des machines, des graves et des aigus, et les tonalités chaudes et mélodiques de l’Italien. C’est génial. Il fait « pleurer les machines ». Et c’est cool.
Pour finir, Dusty Kid, jeune prodige de 21 ans qui manie aussi bien les instruments digitaux que ceux du conservatoire, achève son album (et son auditeur béat), par une magnifique ballade techno progressive de 17 minutes où se mêlent vrais instruments (des guitares, minimales, magnifiques) et les machines. Beau et émouvant, tout simplement. Le parallèle avec Gui Boratto n’est jamais aussi fort qu’à présent.
Un intermède puissant de percussions brutales. Un bip persistant. Une vraie mélodie à la guitare. De la flûte de pan. Un gentil beat. Et une belle voix douce et aiguë pour terminer cet album, cette odyssée au cœur de la techno.
Il aura fallu un mois, mais je tiens mon album de l’été.
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Branche ton Sonotone ! » Le classement 2009 de Pierro a dit :
1
[...] Bon, je suis censé être « la caution électro » de Branche ton sonotone. Mais puisqu’on est relativement fainéants en tant que chroniqueurs, mais surtout en tant qu’auditeurs, je ne vous sortirai pas la perle consensuelle et touchante d’électronica pluvieuse et érudite pour mon album « électro » de l’année. Oh que non. Mon album « électro » de l’année, et même mon album de l’année tout court, c’est tout simplement le premier effort d’un jeune geeko-surdoué-de-la-musique ritalien (oui oui on peut faire de la bonne musique dans le pays du feu Duce) : A raver’s Diary de Dusty Kid. Cet album concilie absolument tout ce que j’aime dans la musique digitale : à la fois un côté extrêmement racoleur avec des petites mélodies de synthés aériennes, droguées ou mélancoliques bricolées pour absorber l’auditeur sans aucun problème ; et de l’autre côté une vraie chappe techno avec un album qui propose une sorte de périple-retour-aux-sources-hommage à la techno old-school de Détroit et ses parrains Jeff Mills Carl Craig Derrick May Saunderson blabla (surtout au début de l’album) en passant par de la grosse acid ou de la techno feutrée éthérée à la Kompakt. Mais avant les qualificatifs, c’est surtout un album hédoniste qui donne envie de se taper la tête contre les murs et de suer un bon coup avant d’aller se coucher. Dusty Kid n’a peut être pas de barbe, mais il a très certainement un instinct musical ravageur et efficace (et des grosses couilles). [chronique] [...]
Mutapop a dit :
2
Ce disque est une putain de petite merveille !