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Chronique de Arctic Monkeys – Humbug

Chronique de Arctic Monkeys – Humbug

Arctic Monkeys - Humbug

Année : 2009
Genre : Rock brillant et malheureusement assagi
Chanson(s) préférée(s) : Crying Lightning, Pretty Visitors, Cornerstone

8/10

2005, sortie de Whatever People Say I Am That’s What I’m Not.

Plus fort que les Beatles ou qu’Oasis : pas moins de 360 000 copies du skeud sont écoulées lors de la première semaine de sortie. Album franc, direct, presque punk dans la démarche, au son urgent et aux grattes rageuses. La batterie épileptique tenue par Matt Helders et le songwriting de Alex Turner sont promis à un grand avenir. Du rock, du vrai, fou, immature parfois, mais monstrueusement efficace, frais et réjouissant, baignant dans une atmosphère un peu désabusée et détachée de petits branleurs ordinaires, banlieusards, décalés et je-m’en-foutistes.

La route de la gloire s’ouvrait devant eux, pavée de ses habituels écueils : une succession de resucées du premier album, puis coke, tabloids, sexe, split et fin de vie au fond des bacs des disquaires, oubliés et légèrement moqués.

Seulement, les petits lads acnéiques en avaient encore sous la pédale, et balancent Favourite Worst Nightmare comme un pied de nez à tout ceux qui voulaient enterrer cette trouvaille estampillée NME plus vite qu’elle était apparue. Avec brio, ils prouvent qu’on peut avoir 20 ans et composer comme si on en avait le double : la voix de Turner prend du galon, l’ambiance se fait plus sombre, les sonorités plus complexes et en perdant un poil de spontanéité, ils gagnent en maturité.

Seulement voilà, quelques morceaux comme 505, Do Me A Favour ou Only One Who Knows m’alertent, le groupe pourrait prendre une direction que je ne vais pas aimer. Dont acte, avec la sortie de l’album des Last Shadow Puppets, side project de Turner. Arrangements plus amples et complexes, attitude plus réfléchie, album qui m’ennuie.

Avec Humbug, la bande de Turner confirme ce à quoi je m’attendais. En prenant un virage respectable en bien des points, ils me laissent sur le bord de la route, admiratif mais diablement nostalgique.

Revenez, cet album est bon. Alors certes, si vous n’aimiez pas du tout le groupe auparavant, il y a peu de chance pour que ce troisième essai vous conquiert complètement. Mais ils ont pris suffisamment de risques, d’aisance et d’assurance pour laisser éclater tout leur talent, et pourquoi pas gagner de nouveaux adeptes.

Le groupe est définitivement écrasé par la personnalité de Turner. Ça tombe bien, le gamin a un songwriting incroyable. Ambiance sombre et aride, où la pop classieuse côtoie un rock moite et habité où plane l’ombre de Black Sabbath. Les textes sont superbes, sa voix et son phrasé sont toujours aussi reconnaissables, et certaines mélodies sont à tomber par terre (Cornerstone, toute en sensibilité, ainsi que Fire And The Thud, jusqu’au déchaînement électrique qui déchire la chanson).

La patte de Homme à la production se fait sentir, plus sombre, plus électrique, plus introspectif, les teenagers boutonneux et hyperactifs ont fini leur crise d’adolescence. Ils passent ainsi du rang de groupe gentillet pour petite anglaise bien propre sur elle à un collectif à prendre au sérieux bien parti pour nous pondre une chiée d’albums cohérents et brillants.

Seulement voilà, c’est bon, mais c’est chiant. Vous savez, un peu comme un Tolstoï. Ça s’admire plus que ça se vit et se ressent.

Rien ne m’emballe, rien ne me fait la même sensation qu’un D Is For Dangerous ou qu’un Still Take You Home. C’est presque fade de trop de talent, de trop de songwriting impérial, de trop d’aisance mélodique, de tant de détachement.

Si j’écoutais mes tripes, si je restais fixé sur le passé, j’haïrais cet album. Mais je n’y arrive pas. Parce qu’ils se sont mis en danger en plein succès, parce qu’ils poursuivent une trame artistique cohérente qui promet des albums solides et conquérants dans les années à venir, cet album mérite le détour et je peux pas me résoudre à le descendre.

Tout compte fait, les Arctic Monkeys c’est en fait un peu comme mes enfants : je regrette le temps de leur jeunesse maintenant qu’ils sont des adultes matures et accomplis. Pendant la première je ne pouvais pas les quitter des yeux, mais maintenant qu’ils sont les seconds je ne leur rendrai visite que de temps en temps, histoire de voir comment ils vont. Avec une pointe de fierté. Et de nostalgie.

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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