Chronique de Calvin Harris – Ready For The Weekend
Calvin Harris - Ready For The Week-End
Année : 2009
Genre : Dance-pop excessive
Chanson(s) préférée(s) : Dance wiv me, Ready for the weekend, Relax
Je partais avec un a priori très favorable sur la dernière galette du jeune prodige écossais Calvin Harris. Depuis l’énorme I Created Disco en 2007 (et son incroyable tube fluo-disco-décalé Acceptable in the 80’s, LE carton de 2007), il avait redonné un second souffle à la pop. Naturellement, il est aussi devenu très hype et son carnet d’adresse s’est bien étoffé. Qu’attendre alors de cet album ? La qualité musicale va-t-elle être sacrifiée sur l’autel de la hype ? La multiplication des collaborations et des activités va-t-elle provoquer un fiasco ?
Premièrement, force est de constater que cet album porte bien son nom. « Prêt pour le week-end ». Ou, dans le langage du jeune « prêt pour faire la fête », prêt pour s’amuser jusqu’au petit matin sans penser aux lendemains qui déchantent ouuuuhuhuhuhhu. Ready For The Weekend est un album résolument hédoniste. Ainsi, il faut reconnaître le talent certain de Calvin Harris pour insuffler une sacrée dose de bonne humeur et d’entrain dans ses compositions. Peut-être sont-ce ses mélodies accrocheuses, racoleuses et minimales ? Peut-être est-ce sa voix, qui a un je-ne-sais-quoi adolescent qui la rend sympathique ? Peut-être sont-ce les multiples petits arrangements électroniques, les synthés dégueus, les blip-bloup, le côté funky du truc… ? Sans doute tout cela à la fois. Mais reconnaissons-le, dans la catégorie « put-your-hands-up-on-the-flooor », Calvin Harris sait comment frapper fort. Il l’avait prouvé avec I created disco, il le reprouve avec Ready for the weekend.
Mais, deuxièmement, et c’est là que ça se corse, les deux albums sont complètements différents. Si I created disco proposait un revival… disco ayant le mérite d’être fin et varié, ici, nous avons affaire à 14 morceaux dont la moitié proposent ni plus ni moins un revival de l’eurodance putassière et bien grasse des années 90’s. Il est vrai que la fin des années 2000 a vu le revival 80’s battre son plein. Logiquement, les années 2010 devraient voir les 90’s revenir en force. Ready for the weekend donne un avant-goût du carnage. Avec son premier single pure dance bourrine I’m not alone (numéro 1 des charts depuis des semaines Outre-Manche), Harris décontenançait la critique. Où donc étaient passés ses petits arrangements disco-cheap blip-bloup rigolo ? Nul ne le sait. Sûrement pas dans Ready for the weekend, dont la débauche d’énergie et d’arrangement bien gras déborde de partout et confine à la nausée. Vous n’avez qu’à écouter You used to hold me, vous comprendrez.
Il y a pourtant des choses réussies dans cet album, indubitablement, que ce soit Dance Wiv Me, incendiaire collaboration avec l’inénarrable Dizzee Rascal, ou Ready for the Weekend et ses chœurs hystériques, ou encore The Rain, Relax, voire I’m not alone dans la plus pure tradition dance saturée… Mais un format aussi long pour un album proposant consciemment des morceaux aussi pauvres musicalement est nécessairement casse-gueule.
Ainsi ces bombes tubesques sont noyées dans une pâte musicale informe et uniforme : des vieux beats house, des basses dégueulasses, des effets cheesys et poussiéreux, des mélodies enfantines, des voix déformées, de l’écho… Bref, de la dance, qui peut rappeller au bon souvenir des productions vieilles de 15 ans (9pm till i come de ATB, des trucs du genre), mais qui évoque plus souvent, malheureusement, les productions actuelles les plus stériles (Laurent Wolf, David Guetta, Armin van burreen etc…). Sous l’écoeurement naturel, la nostalgie point alors difficilement. Faut-il encore rajouter qu’au milieu de ces machins se cachent quelques chansons « douces » et gluantes et dégueulasses ? Brrr.
L’auditeur déconfit par un tel revirement ne peut que se poser de vaines questions rhétoriques : pourquoi avoir choisi d’en faire à ce point trop sur la moitié de l’album ? pourquoi avoir choisi d’utiliser ces voix féminines d’accompagnements tellement répandues à l’heure actuelle ? pourquoi avoir mis de l’écho un peu partout ? Pourquoi être allé chercher l’électro commerciale et totalitaire sur son terrain, quand Calvin Harris peut proposer des choses infiniment plus variées, quand nous sommes rompus à ce genre de morceaux racoleurs et dénués de toute forme d’originalité sur les fréquences FM ? Pourquoi s’être auto-sabordé de cette manière ?
Nous ne le saurons pas. Mais lorsqu’il s’agit de dresser un bilan définitif, je n’ai pas envie de descendre Ready For the weekend. Parce que c’est sans doute plus un album taillé pour le live, dans lequel il ne peut faire autrement que tout dévaster sur son passage. Et parce que, à l’inverse de Simian Mobile Disco et son déplorable « Temporary Pleasure » (qui proposait, lui aussi, ni plus ni moins que de l’hédonisme musical en barre), on sent une réelle envie et un réel plaisir chez Calvin Harris qui possède vraiment un je-ne-sais-quoi qui le rend irrésistiblement cool. Même s’il multiplie les activités à droite et à gauche jusqu’à se perdre, ce gars-là s’amuse vraiment quand il fait ses trucs, et même si la débauche d’énergie se transforme en dance-pop dégueulasse et donne la nausée, elle procure aussi d’intenses moments de plaisir, dans lesquels tout le monde peut trouver son compte. Ready for the weekend, c’est une vodka-red-bull : ça plaît au plus grand nombre, c’est sucré, c’est funky, ça donne la pêche mais ça fout vite la gerbe. À consommer avec modération donc.
Liens
- Ready for the weekend sur Deezer et sur Spotify.
- Acheter sur l’iTunes Store.
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Malie a dit :
1
Putain à peine cliché le clip du rappeur.
Sinon l’album est pas disponible en france sur spotify, dommage.
Pierro a dit :
2
Il est sur Deezer, non ?
Malie a dit :
3
Oui oui, c’était juste une remarque comme ça.
Martin a dit :
4
Je l’ai pas encore écouté en entier, mais je me retrouve dans ce que tu as dit, à savoir qu’on perd la fraîcheur du vraiment réjouissant I Created Disco et qu’on est plus dans de l’électro pour danser que dans le revival de bon goût…
Sinon pour le clip avec Dizzee Rascal, la chanson est énorme et je suppute que c’est un petit foutage de gueule des clichés du rap, connaissant le passé des deux gaillards !