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Chronique de Finistériens – Miossec et Yann Tiersen

Chronique de Finistériens – Miossec et Yann Tiersen

Miossec et Tiersen - Finistériens

Année : 2009
Genre : Rock/Chanson française
Chanson(s) préférée(s) : Une fortune de mer, Fermer la maison, Les chiens de paille, Seul ce que j'ai perdu

7/10

En tant que Finistérien de naissance et de cœur, amoureux des mots et de la musique, auditeur régulier de Miossec et admirateur du talent de Yann Tiersen, j’ai forcément beaucoup attendu cet album. Trop attendu. Tellement que je ne sais pas trop quoi en dire au final. C’est surement que je suis un peu déçu et que j’ai du mal à l’admettre.
Dimanche soir à minuit, juste avant d’aller me coucher, je me dis qu’on est le 14, et que l’album est peut être déjà en écoute. Sans grande conviction je fais un tour sur Deezer et surprise ! Deux minutes à peine après minuit et Finistériens est disponible. Je démarre cash, impatient d’entendre la collaboration entre les deux brestois.
Car oui, sur cet album on a le droit à un duo inédit : Tiersen à la composition et aux instrus, tandis que Miossec s’est occupé d’écrire les textes et de les chanter.

Dès les premières notes de l’album, Seul ce que j’ai perdu, on sait que Finistériens sera différent, pas comme les précédents albums de Miossec, en effet, Tiersen est omniprésent, et bien que l’on n’entende pas sa voix, il prend au moins autant de place que Miossec, voire plus. Seul ce que j’ai perdu, c’est cette mélodie omniprésente, c’est cette douceur qui va si bien avec l’âpreté de Miossec, c’est cette musicalité géniale, Seul ce que j’ai perdu, c’est du Tiersen avant d’être du Miossec. Mais ce qui est génial sur ce titre c’est que Miossec aussi est là, au rendez-vous. Le Miossec que j’aime, le Miossec qui joue avec les mots, le Miossec qui sait aussi parler d’autre chose que de sa misérable existence et de ses déboires amoureux, le Miossec poète : «Est ce que ça vous fait du bien, de faire du vélo sans les mains, est ce qu’il faut se sentir à bout, pour se sentir enfin, si bien,…, seul ce que j’ai perdu m’appartient à jamais…». Lors de ma première écoute, je me suis dis après cette chanson que si tout l’album était comme de ce niveau là, je n’aurais pas mal fait de tant attendre cet album.
Second morceau, Les Joggers du Dimanche, Tiersen est toujours là, mais c’est du déjà entendu, un peu comme cela arrive quand on écoute la BO d’Amélie Poulain : on a parfois l’impression d’entendre la même chanson. Les paroles sont ici plutôt drôles, l’image des joggers du Dimanche bien trouvée, et le petit doigt d’honneur à la vie occidentale d’assez bel effet. Bref, ce second titre s’écoute, c’est pas transcendant, mais c’est respectable.
Les chiens de paille, un morceau vraiment réussi, magnifique tableau de la vie de la France d’en bas, de la réalité sociale de notre époque : «Donner sa vie, à qui, à quoi, pour qui, pour quoi, pour quel résultat, pour quel patronat ?…», de l’individualisme, des conditions de travail, bref des dérives de notre société. Une belle chanson de gauche quoi. D’autant plus que la balade qui accompagne la voix de Miossec durant ces trois courtes minutes s’accorde parfaitement avec le parfum amer et mélancolique de la chanson.
À Montparnasse touchera ceux qui, comme moi, quittent souvent Paris par les quais de cette gare pour rentrer en Bretagne, ce portail tumultueux entre le capharnaüm parisien et la douceur bretonne, un lieu souvent synonyme de nouveau départ, de vacances ou de déchirure. Un joli titre, superbement amené musicalement, et indéniablement poétique, lancinant et absurde.
Le quatrième morceau, CDD, encore une chanson de gauche, âpre, rageuse, pas très originale, c’est un peu du déjà vu, mais cela reste une jolie critique sociale qui mérite d’être écoutée.
Nos plus belles années est un morceau vide de création, le genre de titre que Miossec nous ressort à chaque album, le genre de titre qui me déçoit, car c’est sur des chansons comme celles ci qu’on a l’impression que Miossec n’évolue pas, en reste toujours au même niveau d’écriture, sans innovation dans sa manière de nous dire son spleen redondant.
Jésus au PMU, le titre est drôle, le clin d’œil aux jeux et aux joueurs plutôt comique, mais ça s’arrête là, tant musicalement que poétiquement, ce morceau n’est franchement pas enthousiasment et je n’ai pas grand chose à en dire sinon que ça ne m’aurait pas dérangé que ce titre ne paraisse pas sur l’album.
Haïs moi est du même acabit que Nos plus belles années, et fait parti des titres que je ferais semblant de ne pas avoir entendu sur cet album.
Après ces quatre titres très décevants, j’ai eu un peur d’avoir entendu tout ce qu’il y avait à entendre sur l’album dans les quatre premières chansons, mais heureusement, Fermer la maison s’est mis en route. Ouf, là on sent qu’il ya quelquechose. Tiersen,un peu lointain depuis CDD, refait son apparition et nous livre une ballade formidablement composée, puissante, triste, résonnante. Et, comme par magie, Miossec aussi se réveille, on sent que le trentenaire de Boire ou Baiser a muri dans son écriture, son spleen toujours omniprésent est ici exprimé et dit de manière touchante, un travail sur les sons-sens, le rythme de l’écriture, bref c’est sur des paroles comme celles ci que Miossec mérite sa réputation de parolier : «Comment refermer les fenêtres, sur tout ce qui aurait du être, comment en finir pour de bon, avec tout ce qui était notre seule raison, alors j’ai refermé la maison, je m’en suis même fais une raison, j’avais pourtant tout repeint, du plancher au plafond…».
Loin de la foule est un morceau presque instrumental, surtout mis à la suite de Fermer la maison, et c’est donc surtout Tiersen qui mène la danse, Miossec laissant la place au talent du musicien, avec cette composition digne du génie de Tiersen, capable de nous rendre mélancolique en trois notes.
Une fortune de mer est un chef d’oeuvre, le morceau incontournable de l’album selon moi : «Une fortune de mer, tout au large de Concarneau, qui ne sait plus trop quoi faire pour que tu le remorques à nouveau…». De cette chanson, encore admirablement amenée par Tiersen, jaillit une force, une sérénité, une acceptation de la part de Miossec; comme une compréhension de l’existence, un face à face avec la côte bretonne revivifiant.

Bref, Finistériens est totalement inégal, avec de très beaux titres, mais aussi de grosses déceptions. Mais, quoi qu’il en soit, il y a plus de positif que de négatif, et c’est déjà pas mal. Mais je crois que ce nouveau départ de Miossec est en fait, paradoxalement, du en grande partie à Yann Tiersen qui survole cet album, parfois discret, parfois au premier rang, mais toujours là, tandis que Miossec reste très irrégulier, avec des passages de génie, et d’autres médiocre, un peu à l’image de l’ensemble de ses albums depuis le fantastique Baiser en 1997.

L’album sur Spotify, Deezer.

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l' auteur, Nao

Faux penseur. Mais vrai mélomane.

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