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Chronique de Vitalic – Flashmob

Chronique de Vitalic – Flashmob

Flashmob - Vitalic

Année : 2009
Genre : Discotechno over-hédoniste
Chanson(s) préférée(s) : Poison Lips, Flashmob, Chicken Lady, One above one, Terminator Benelux, Your disco song

9/10

Bonjour, je m’appelle Pascal Arbez-Nicolas. J’ai 33 ans et je fais de la musique électronique qui fait bouger les corps. C’est drôle comme les choses arrivent. Je prépare mollement un LEA en Langues, puis j’ai un choc lorsque j’assiste à un concert des Daft Punk vers la fin des années 90. C’est la claque. Avec mon pote Michel (The Hacker), on se fait deux trois tracks pépère en fumant des joints. La musique, c’est cool. J’essaie pas mal de trucs, je m’appelle d’abord Dima, Hustler Pornstar… ce genre. Je n’ai pas encore trouvé ma voix mon style. C’est Helmut (DJ Hell) qui va me donner ma chance en publiant sur Gigolo Records mon track Poney part I et sa mélodie vicieuse et acide et mélancolique à la fois. C’est un vrai carton.

Je suis Vitalic.

Nous sommes en 2001. L’autoroute du succès est tracée. D’abord dans l’underground. Puis je sors OK Cowboy, en 2005. J’ai pris mon temps, j’ai sorti des Eps, affûté mes beats, je n’ai pas brûlé les étapes. Je suis un musicien mature. Cet album concilie critique et succès populaire massif. Ce qui reste rare pour de la musique électronique. Je reprends plus ou moins le flambeau des Daft, dont le poussif Human After All, sorti la même année, peine à convaincre. Mon credo est sensiblement le même que le leur, lorsqu’ils sortent Discovery. A la base d’une musique qui puise son influence primitive dans la house/techno, bref la binarité machinale, la rythmique pure, le gros son qui tape quoi… j’ajoute sans vergogne ses sons puisés dans le rock et le disco. C’est surtout la construction de mes morceaux qui fait mouche. Je ne suis pas adepte des sons immédiats et compressés. Au contraire, ce sont mes « montées » qui sont extrêmement puissantes. Mais pour obtenir cette extase sonore, ce bouillon hédoniste qui touche aux tripes, je prends le temps de « faire monter la sauce », en trouvant la mélodie juste au synthétiseur (mon arme de prédilection) en la poussant jusqu’au bout du beat jusqu’à l’orgasme final. Écoutez La Rock 01, vous comprendrez ce que je veux dire par-là. Disons que je fais le pont entre une scène techno underground trop ardue, violente, cassante, et la violence primitive du rock qui pue la bière, sans oublier la transpiration moite et charnelle du disco.

Je suis un peu l’enfant illégitime de Manu le Malin et Jean-Michel Jarre.

Je suis né sous une boule à facettes, dans un nightclub encore fumant de sueurs mêlées. C’est un fait. J’ai, depuis mon enfance, toujours nourri une sorte de fascination morbide pour cet objet et ses aspérités magnifiques, scintillantes, multiples. Je ne sais pas pourquoi. J’ai toujours aimé le côté clinquant de la boule à facettes. Tape-à-l’œil. Hédoniste. Irréel. Petit je passais des heures à la tourner dans mes mains pour mieux la contempler. En parallèle, je vivais disco, je pensais disco. Je piquais des CD’s de Donna Summer, Gloria Gaynor et des Bee Gees. Je sautais partout dans ma chambre et j’inventais des chorégraphies. J’avais 14 ans.

Puis, j’ai découvert qu’il existait d’autres manières d’envisager la musique. Celle-ci est rapidement devenue ma passion, j’ai voulu en faire mon métier. J’ai rangé ma boule à facettes au placard. Et Rollin’ and Scratchin’ résonnait au moins autant que Love to love you baby. Petit à petit, le disco est devenu secondaire dans ma vie. Je faisais de la techno avant toute chose. De la techno musicale et entraînante, pour sûr, des compositions charnelles, évidemment. My Friend Dario, Bells, des réminiscences disco, forcément. Mais rien de bien évident. Je vouais un tel culte à la montée progressive et maximaliste qu’il finissait par annihiler toute considération annexe sur son passage.

Allez vous faire foutre.

Je ne suis pas une machine à beats. J’ai aussi des sentiments. J’ai aussi une âme d’enfant. Et je vous le prouve avec Flashmob, mon nouvel album. 5 mots pour le résumer « Disco, dancefloor, soleil, Donna, Summer ». Ça promet. En effet, j’ai sorti la boule à facettes du placard. Elle sentait un peu la poussière. J’aime ce côté délicieusement suranné. Je pense qu’on peut faire du neuf avec du vieux.

Disco. Avec des tracks comme Your Disco Song, Poison Lips, Still, Allan Dellon il est évident que j’injecte, plus que jamais, ce que l’on peut appeler du « disco », dans ma musique. La rythmique peut sonner surannée, avec des espèces de batteries obsolètes, des cymbales, des claps. Tout est faux. Tout est produit au synthétiseur. Cela peut sonner cheesy. J’espère que cela va sonner un peu cheesy.  Il y a même quelques fausses notes de piano sur Sea the sea (blue). Je suis plaisantin. Je voudrais que Flashmob ait un cachet. Je voudrais que longtemps, vos chambres, vos corps, vos têtes résonnent de ces longues plages amples de synthétiseurs mouillés, de ces boucles discoïdes, de ce son en spirale que j’aime tant. Et toujours, je fais ce que je sais le mieux faire : les mélodies. Addictives, mélancoliques, mystérieuses, moites, poussiéreuses. Putassières, forcément putassières. Mais à ma décharge j’ai évité d’en faire réellement TROP. Je n’ai pas choisi d’axer tout mon travail sur « la sacro-sainte montée ». Fi du maximalisme musclé. Je suis un être subtil. Quoique…

Dancefloor. Cet album ne s’appelle pas Flashmob pour rien. Il sera fédérateur. Les gens vont lever les bras. Il va prendre toute son ampleur en live. Terminator Benelux (j’ai beaucoup d’humour), Chicken Lady (vraiment beaucoup), One above one, Flashmob. Ce sont les hymnes techno de mon album. Ils sont abrasifs et puissants. Sur Terminator Benelux, l’énervé des baraques à frites, je sample même un passage d’Alive 1997 des Daft Punk. Je suis un vrai fan. Chicken Lady est répétitive, vicieuse et martiale. One above one avec sa voix vocodée est mélodique et progressive, comme avant. Un pur track acid-disco. Quant à Flashmob, le titre éponyme… aah… Flashmob. Mob flashmob flashmob. Flashmob flashmob flash. Mob flashmob flashmob. Shshshshsh. Les plus attentifs auront sûrement remarqué le lien de parenté évident avec La Rock 01. La structure du morceau est bien sûr similaire, mais les tonalités employées, ainsi que les climax (le point de plus haute intensité du morceau, le pic de la montée en gros) se rejoignent quelque peu. Pourtant, je suis bien conscient que tout cela ne tient pas une seconde la comparaison avec mon grand-œuvre d’autrefois. Poney I, II, La Rock 01, My Friend Dario, No Fun, Bells… Comme je l’ai dit j’ai choisi autre chose. Même mes tracks dancefloors sont moins énervés, et efficaces. Sans doute sont-ils plus fouillés dans le son et l’enchevêtrement des textures, des timbres, des plages électroniques. La puissance n’est pas la même. Sur OK Cowboy, la puissance était comparable à une monstrueuse décharge d’adrénaline. Sur Flashmob, disons qu’elle a trait à la chaleur, au solaire.

Solaire. Flashmob est un album qui possède résolument un côté moite et chaud. Il possède quelque chose de plus sinueux, de plus dégoulinant, de plus rampant, de plus évanescent… quelque chose qui se glisse et laisse une marque dans le crâne à travers les écoutes successives, comme la morsure d’un soleil brûlant. C’est un album estival. On peut le rapprocher de cette veine « revival-italo-disco-solaire » dont les récents travaux de Sébastien Tellier ou David Carretta offrent un parfait exemple. Le son moite et étiré. Sur des tracks comme Still ou Allan Dellon (j’ai beaucoup d’humour), j’essaie quelque chose de nouveau. Pas de beats, de montée, de techno… éloge de la langueur, de la paresse, de la caresse du soleil sur ta peau sucrée. De looonnnnnguuuuueeeesss plages fainéantes de synthétiseurs… c’eeesstt l’éééttéééé… Sea the sea (Red, and Blue) porte bien son nom. TOUS A POIL ET A LA FLOTTE, quand tu entends ma mélodie épique et contagieuse, cette fausse guitare saturée qui monte, qui monte, qui mooooonnnnnnnnnteeeeeeee. Et qui ne retombe jamais. Ivresse solaire. Baise dans les coquillages. Quant à Station Mir 2009, c’est carrément de l’italo-disco spatiale. Le retour des synthés extra-terrestres des années 80. C’est de la musique de Série Z horrifique. C’est mon clin d’œil à moi. Mon track ironique. J’essaie de vous faire aimer le malaimable, le ringard. Oui, j’en fais sans doute trop. Et je conçois que l’on puisse détester.

Donna, Summer. Certainement, j’en fais trop. « Sur certaines plages, j’ai voulu que le vocoder sonne comme la voix de Donna Summer ». La disco-queen et sa voix languissante et sexuelle. Le vocoder. Le vocoder. Il est omniprésent sur cet album. Voix robotique, féminines, mystérieuses, irritantes, dégueulasses, pesantes, susurrées, fredonnées, chantées… il est partout. Il ne supporte pas la mélodie, il va jusqu’à la créer. Poison Lips, One above one, Second Lips, Your disco song, Chicken Lady. Partout. Alors oui, oui, j’ai cédé à mon pêché mignon, c’est peut-être excessif, irritant, obsolète… mais je ne veux pas d’un album parfait.

Je voulais avant tout un certain excès, pour retomber sur mes pattes bien entendu. Je n’ai pas fait ce qu’on attendait de moi. Je pense que c’est très sain. J’ai fait du disco-cheesy au lieu de faire du techno-rock.On peut faire une techno ténue, équilibrée, et finalement super chiante. On ne peut pas faire du disco en retenue. Vous croyez vraiment que des mecs qui assumaient coup sur coup paillettes, pattes d’éléphant, coupe afro, veste en sky et déhanchés girly se la jouaient retenue équilibre bon goût et eau minérale ? Alors j’y suis allé franco. Et dans une autre direction. Je me suis renouvelé. Je ne peux pas avancer autrement. Flashmob n’est pas OK Cowboy. Flashmob sera critiqué. On entendra « c’était mieux avant », « un égarement », « un changement de direction dommageable »… On critiquera l’aspect dégoulinant de l’album, le côté extraordinairement putassier, « techno-disco-choucroute ». On déplorera la soi-disant surcharge. Le mauvais-goût. Le flirt avec le kitsch.

Mais pourtant, derrière les machines, c’est encore moi, Vitalic, Pascal Arbez-Nicolas, 33 ans, qui souris discrètement. Je connais mon affaire. Cet album est bourré de défauts, d’écueils, d’impasses, de ratés, bref de choses contestables, n’est-ce-pas ? Et pourtant… vous consultez déjà mon Myspace pour savoir si je passe en concert près de chez vous. Forcément. Dans 6 mois, cet album aura mis tout le monde d’accord. Les puristes, les critiques, le petit peuple, celui qui écoute ce son tard dans sa chambre, celui qui lève les bras en concert… TOUS. Au son de ces plages synthétiques irrésistibles, le peuple massé et suant dans un élan vital commun, le plaisir éphémère.

Un Flashmob extatique, charnel et puissant.

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Spotify hors ligne
Chronique de Trough The Devil Softly – Hope Sandoval And The Warm Inventions

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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