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Chronique de A Man On The Moon – Kid Cudi

Chronique de A Man On The Moon – Kid Cudi

Kid Cudi - A Man On The Moon

Année : 2009
Genre : Hype-pop
Chanson(s) préférée(s) : Up, Up and Away, Soundtrack 2 My Life, Pursuit Of Happiness

6/10

Les préjugés sont un peu à la critique musicale ce qu’ils étaient aux nazis : un moyen de gagner du temps et de s’éviter des tergiversations inutiles (cette idée a été évoquée sur un blog musical récemment, mais pas moyen de me rappeler lequel). Ainsi, la probabilité qu’un tel album se fasse chroniquer ici était à peu près aussi grande que celle de voir Frédéric Lefebvre danser la carioca à poil dans les jardins de l’Elysée.

D’autant plus A Man On The Moon, premier album de la sensation Kid Cudi, m’a été suggéré par une amie dont les goûts musicaux ne sont que très très rarement en adéquation avec les miens, pour le dire de manière polie.

Pour ne rien arranger, cet album a tout de la hype irritante. Découvert dans les boîtes européennes l’année dernière via un pathétique remix des italiens-plus-hypes-tu-meurs, comprendre les Crookers, Kid Cudi était annoncé comme le messie par beaucoup. J’ai donc démarré son écoute avec des sirènes et des grands panneaux lumineux dans la tête, proclamant « attention, hype ! attention hype ! ». Et Dieu, pardon, Joe Strummer sait qu’il ne faut pas croire la hype.

Bref, les préjugés, l’amie douteuse, la hype ravageuse : tout était réuni pour que je n’écoute même pas l’album. Et pourtant, après une, puis deux, puis beaucoup d’écoutes, force est de constater (j’aime bien cette expression, je la trouve très convaincante) que cet album – bien que hype par essence – a pas mal de qualités.

La première et la plus évidente de toutes, c’est sans aucun doute la richesse mélodique de la galette. Oui je sais, je suis un faible. Comprendre par là que j’ai une propension à l’admiration pour quiconque arrive à pondre deux mélodies bien foutues d’affilée. Le point positif, c’est qu’il y a pas mal de choses qui me plaisent rapidement. Le point négatif c’est que ça me fait apprécier des choses un peu cheap et easy-listening qui ne devraient normalement pas retenir l’oreille affutée d’un chroniqueur.

Si vous avez cette oreille que je n’ai pas, sans doute trouverez-vous que les mélodies présentes sur A Man on The Moon sont faciles, déjà entendues partout et franchement putassières par moment. Si comme moi vous aimez quand un grand black vous susurre des choses douces dans l’oreille, alors sans aucun doute que les petites perles que sont A Soundtrack 2 My Life, Pursuit Of Happiness et surtout Up, Up and Away sauront vous parler. Le flow doux du Kid, souvent plus proche du chant que de la prose rappée, très proche de ce que fait Kanye West (présent d’ailleurs en featuring sur le très dispensable Make Her Say, et son abominable sample, on en reparle plus loin), et pour cause, c’est ce dernier qui l’a signé sur son label et propulsé sur la scène hype mondiale.

Tout au long des 15 pistes, d’une qualité surprenamment constante pour la plupart d’entre elles, les instrumentations ne gâchent rien. Au premier abord, on a l’impression qu’elles ne payent pas de mine, voire même d’entendre les mêmes en permanence. Mais si on s’y penche un peu plus, on se rend compte qu’elles sont plus complexes qu’en apparence, entre accompagnement pop (claviers, synthés, cordes) et beats plus hip-hop voire électro, très variées et servant à merveille l’univers cotonneux du Kid.

Des qualités donc, mais aussi quelques défauts. Première question, en forme d’accusation. Que fait ce sample de Lady Gaga sur Make Her Say, poussant une chanson déjà très moyenne au delà des limites du supportable ? Pourquoi avoir tenu à faire figurer Day’n'nite, certes martyrisée par les Crookers, mais pas franchement glorieuse en version originale ? Et Hyyer, In My Dreams, complètement inintéressantes, pourquoi les avoir gardées ?

Mais ce qui fait plus que sauver ce skeud, c’est cet aspect cotonneux, spatial, doux et presque poétique, charrié par la voix et le flow tout doux de Kid Cudi, qui donne l’impression d’être dans un petit cocon coloré et confortable. Rehaussé par quelques glorieux featurings (outre Kanye West : Ratatat et MGMT), l’album s’appelle A Man On The Moon, et mérite amplement son nom.

Mais attention les amis, on se rappelle ce que des générations de mamans ont martelé : ne pas abuser de sucreries ! Une petite de temps en temps, c’est bien, mais attention aux caries. Là c’est pareil, Kid Cudi est sucré, Kid Cudi est doux, Kid Cudi fond en bouche, mais Kid Cudi peut se révéler un peu trop sirupeux à l’usage.

Pour conclure, Kid Cudi réussit chez moi où avait échoué Kanye West avec son 808′s & Heartbreak. Là où le second m’avait saoulé d’auto-tune et de production trop complexe, Kid Cudi est plus direct, en cela plus accessible, et rend la pilule bien plus facile à avaler. Comme son nom d’artiste l’indique, le petit gars est encore jeune, et avec ce disque me donne une très bonne raison de le surveiller. Car à défaut de nous offrir une révolution, c’est au moins à un très joli voyage qu’il nous invite.

Fly to the moon !


Kid Cudi – Soundtrack 2 My Life


Kid Cudi – Up, Up & Away

Toujours sur Branche ton Sonotone : Pursuit Of Happiness (feat. Ratatat) !

And never come back !

Cougar – Digit Cleaver feat. Paul Smith (Maxïmo Park)
Julie Doiron – Consolation Prize

5 Commentaires »

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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