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Chronique de Power – Boys Noize

Chronique de Power – Boys Noize

Boys Noize - Power

Année : 2009
Genre : "J'essaie de me sortir de l'autisme musical"
Chanson(s) préférée(s) : Drummer, Nott, Sweet Night, Heart Attack

8/10

Alexander Ridha est un producteur berlinois de musique électronique plus connu sous le nom de Boys Noize. Il a sorti des trucs chez Kitsuné, Gigolo and co pour se faire les pieds. Il a remixé tout ce qui se fait, ou s’est fait de hype dans le milieu rock-électro (Late of the Pier, Depeche Mode, Bloc Party, Feist etc.). Il a créé son label, Boys Noize Records, en 2005. Il sort régulièrement des compilations mixées qui sont aujourd’hui relativement visibles dans le paysage électronique. Il cuisine de très bons poulets tandoris. En 2007 il sort son premier album Oï Oï Oï. C’est la déferlante dans tous les clubs du globe. L’album se vend super bien, Boys Noize acquiert rapidement une notoriété internationale assez énorme qui le fait accéder au titre de super-star électro, comme peu peuvent s’en vanter aujourd’hui. On a pu dire que c’était usurpé, du fait du relatif manque de finesse et d’originalité des productions du tudesque DJ, ultra-efficaces sur n’importe quel dancefloor amateur de grosse turbine qui tâche (i.e. 95%), mais bien falote pour qui sait écouter autrement qu’avec les tripes et le cul. A tort ou à raison ? Avec Power, son deuxième album, qui sort en France le 7 Octobre, le producteur allemand a voulu faire d’une pierre deux coups : rendre fou furieux tous les clubbers d’Europe, et faire taire ses détracteurs.

On retrouve donc évidemment le plus pur « son Boys Noize » sur ce Power à l’ambiance graphique rétro-BD assez surprenante, bien loin de la « tête-de-mort-boule-à-facettes-clinquante-çavadéchirer » du plus bel effet sur son premier opus. Ainsi, que ce soit sur des titres comme Kontakt Me, Starter, Jeffer ou Drummer on retrouve avec plus ou moins d’intensité et de sens mélodique la patte du DJ teuton. De la pure techno-house à la turbine hachée, vrillée, bondissante, nerveuse, abrasive, distordue, filtrée, compressée, qui fait serrer les dents, qui fait headbanger sans vergogne, qui fait mal au cul, qui fait lever les bras.  Du pur cucucucucucucucut-vocodé sans aucune concession. Bref, toujours un espèce de cocktail explosif (et fondamentalement insipide) pour kids survitaminés. Mais pas seulement.

Car outre ces quelques titres convenus et efficaces, Ridha propose sur les 8 morceaux restant de sa galette quelques variations électroniques, prouvant qu’il n’est pas qu’un simple excité de la turbine rapeuse. Le titre d’ouverture Gax nous met ainsi la puce à l’oreille sur les intentions d’ouverture de l’allemand : c’est une sorte de house un peu cheesy qui peut rappeler à moitié Justice, avec des ascensions tourbillonnantes de synthés cheep et une ambiance atmosphérique. Quelques notes de synthés qui rappellent le violon (!) font même irruption… Un track tranquille et aéré, qui ne propose certes rien de novateur ni de fondamentalement extraordinaire, mais bien loin de ce à quoi on pouvait s’attendre du buveur de bière (oh oui, sombrons dans les stéréotypes teutons convenus et misérables. Ach.).

De la même manière, sur le reste des tracks de l’album, Boys Noize essaie de contrecarrer un par un les préjugés qu’on pouvait avoir sur sa capacité à produire de la musique qui soit autre chose que de la nourriture pour énervé du dancefloor. Il jongle en fait entre une EBM (Electronic Body Music) assez variée et une sorte d’IDM (Intelligent Dance Music) au sens simpliste du terme, c’est à dire une musique plus expérimentale qu’à l’accoutumée.

Au niveau du côté EBM-plutôt fin, il alterne entre le moyen (le faiblard Transmission), le bon (Sweet Night et sa mélodie crescendo bondissante, aérée et infinie) et le très bon (Drummer, très bel exercice de variation, entre un début qui rappelle un vieux Daft Punk et un track progressif un peu old-school très réussi, et Nott, avec des vrais morceaux de boucles GarageBand pas travaillées dedans).

Sur le plan des productions expérimentales peu orientées dancefloors, il surprend avec des triturations parkinsoniennes de petits cuts sur Rozz Box ou Nerve, ou des ambiances martiales et hypnotiques sur Trooper, avec ses percussions, ses voix robotiques et ses sirènes. Il finit d’ailleurs son album avec Heart Attack dont le beat rappelle bien sûr un battement de cœur, et dont l’ambiance musicale flirte avec une belle electronica-techno à laquelle le producteur allemand ne nous avait jamais habitué sur aucune de ses compos, ni de ses remix. Expérimental certes, donc quelque peu déroutant, mais pas révolutionnaire ni transcendant pour autant. On sent que si Boys Noize est tout à fait capable de proposer quelques ambiances moins énervées et plus subtiles, il est tout de même plus à l’aise lorsqu’il s’agit d’enflammer les foules…

En conclusion, le deuxième album du producteur l’allemand le conforte certes dans sa position d’incontournable faiseur de tuerie techno-abrasive-robotique putassière et convenue, et ce Power enflammera sans problème n’importe quel dancefloor… Mais il laissera aussi entrevoir une facette insoupçonnée du DJ teuton qui s’aventure vers les terrains glissants d’une musique électronique plus difficile d’accès, plus variée, moins convenue, et donc finalement plus risquée. Un pari à moitié remporté puisqu’on le sent toutefois moins à l’aise dans cette voie déroutante parfois un peu poussive (mais peut-être sont-ce simplement nos oreilles qui ne sont pas encore habituées)… mais un pari tenu tout de même, et c’est déjà bien. Alors qu’on pensait mourir de rire en entendant les fruits de Death Suite sa collaboration avec Erol Alkan, ce surprenant Power est loin d’être la grosse pantalonnade électronique que l’on croyait. C’est tout simplement un bon album.

L’album en cinq mots : Déroutant, varié, efficace, risqué, électronique.

Écouter

Boys Noize – Drummer

Liens

Burial – Archangel
Taken By Trees – My Boys (Animal Collective cover)

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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