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Chronique d’Horror Disco – Bottin

Chronique d’Horror Disco – Bottin

Horror Disco - Bottin

Année : 2009
Genre : Périple ritalo-disco 70's
Chanson(s) préférée(s) : Disco for the devil, Sciarando el scuro, Undercover Monkey

8/10

Le disco est à la mode, qu’on se le dise ! On ne compte plus les productions électroniques actuelles qui se revendiquent du style boule-à-facettes. Du côté des français ces dernier temps, c’est le Milky Ways disco-kraut de Joakim et le Flashmob disco-rave de Vitalic qui viennent confirmer cette appétence des productions électroniques de qualité pour le style des Donna Summer et autres Village People. Mais le disco est un genre multiple, qui comporte des tas de ramifications plus ou moins obscures. Parmi les sous-genres dénigrés de cette musique haute en couleurs, il y a l’italo-disco. A l’origine musique pour film d’horreur de série Z, ce genre musical est souvent considéré comme un sous-genre, la faute à l’esthétique particulièrement kitsch des productions du genre. En effet, les boucles juteuses de synthétiseurs cheesys qui traînent en longueur, les petites mélodies séminalo-dégueulasses et les boites à rythme plus-cheap-tu-meurs… n’abondent pas dans le sens du bon-goût. En même temps, il s’agissait à l’époque de doubler des productions cinématographiques sans aucun moyen, i.e. infâmes et  ridicules. Alors forcément, fi de toute production léchée ou de recherche musicale. Pas d’argent, pas de temps. Pour un exemple criant, il vous suffit d’écouter la bande-son de Planet Terror de Tarantino, extraordinaire pastiche des productions horrifiques-cheap des années 70. Dégueulasse hein ? Tout à fait. Mais pas inintéressant pour autant. Ainsi, qui mieux que William Bottin (en vrai il s’appelle Guglielmo) producteur ritalien, pouvait s’atteler à sortir ce style du placard avec Horror Disco, un curieux mélange entre italo-disco(s)mique et house-music léchée ? Personne.

Ce mec est le genre de gars qui fait pas de bruit mais qui est plutôt surdoué musical. Signé sur le label américain Italians do it better, il a fait des bandes-son pour le Festival de Cannes, la Biennale de Danse Contemporaine de Venise ou le Nouveau Casino de Paris... ce genre. Horror Disco est sa troisième production perso.

Cet album propose un long périple (1,3 heures) au cœur de la musique disco italienne des 70′s, entre ambiances cosmiques et pesantes. Il tente de redonner des lettres de noblesses à un genre qui n’en n’a que trop besoin. Horror Disco c’est une déclaration d’amour au kitsch, au ridicule, au dégoulinant. De longues plages de synthés assez ignobles. Des imitations de guitares électriques atroces (Roger Bacon), de violons horribles (Magnetic Cat). Des boîtes à rythmes parfois outrancières. Des voix robotiques. Des mélodies puta(pou)ssière(use)s. Tout cela n’a rien d’aimable, n’est-ce-pas ?

Et pourtant. Bottin fait preuve d’inventivité et d’entrain dans ce délicieux voyage hors du temps et des limites acceptées du bon goût. Il mêle habilement quelques réels instruments parmi ces synthés oppressants, qui permettent d’apporter une bouffée d’air frais à cet air disco-vicié : de la flûte de pan sur la house-disco-bondissante Undercover Monkey, de la basse sur l’excellent et progressif Slashdance (clin d’œil évident au film Flashdance, symbole de l’esthétique disco),  des samples de petits cris disco sur le très minimalo-psychédélique Sciarando il scuro, morceau épique et infectieux qui vaut à lui seule l’écoute de l’album…  Sur Disco for the devil, Bottin propose joyeusement une bombe « horror-disco » (écoutez les paroles… en gros c’est Thriller en mode disco) aux réminiscences Boney M-iennes qui sonne étrangement actuelle. Oui, décidément, la production est léchée, les morceaux s’étalent en longueur et prennent le temps de poser une ambiance qui n’est pas forcément facile d’accès pour l’auditeur lambda. En étirant ses morceaux jusqu’à des compositions de 6 minutes, Bottin essaie de ne pas tomber dans la surenchère discorrifique-cheap. Il temporise, décante, tente d’introduire de la subtilité dans les harmoniques, prend le temps de placer des petits sons annexes, des samples de voix venues de l’espace, de travailler le beat qui parfois se fait tribal (Sciarando il scuro)… En fait, Horror Disco prouve simplement que le terreau musical apparemment stérile des séries Z des années 70 peut s’avérer fructueux lorsque l’on a de bonnes idées, du talent et de l’énergie.

Flirtant outrageusement avec les limites du kitsch… Un peu dégueulasse, légèrement inaudible… Horror Disco est pourtant un ovni attachant qui comporte un relatif lot de bombes rétro-futuristes et se révèle absolument délicieux dans d’intenses moments. Plus on l’écoute, plus on apprend à apprécier cette esthétique musicale particulière, entre production résolument moderne et atmosphère old-school, spatiale et pesante. En bref, si les productions actuelles vous gonflent, avec leur souci du détail pété / de la pose arty / des rythmiques folk-nerd horripilantes… jetez vous sur ce bol d’air frais, ou plutôt dans cette marmite de soupe réchauffée, écœurante et savoureuse à la fois. Horror Disco, c’est ta grand-mère dans un album : has-been, bourrée de tics insupportables, un peu réactionnaire, mais qu’on ne peut s’empêcher d’aimer très fort parce que, paradoxalement, elle sent bon le suranné délicieux. Putain, paye ta conclusion de merde.

Écouter

Bottin – Disco For The Devil

Bottin – Sciarando El Scuro

Liens

…And You Will Know Us By The Trail Of Dead – Isis Unveiled
The Limes – Beyond Blue

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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