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Chronique de At The Cut – Vic Chesnutt

Chronique de At The Cut – Vic Chesnutt

Vic Chesnutt - At The Cut

Année : 2009
Genre : Blues-folk électrique et poignant
Chanson(s) préférée(s) : Chinaberry Tree, Coward, Grannie, I Flirted With You All My Life, Chain

9/10

Il est des artistes dont la trajectoire est aussi brillante qu’inconnue. Il est des artistes de génie qui restent dans l’ombre, plus ou moins volontairement. Si le nom de Vic Chesnutt, outre sa participation à Dark Night Of The Soul, n’était jamais parvenu à mes oreilles auparavant, c’est certainement pour cette raison.

Et pourtant, il en a des choses à dire, cet homme bousculé par la vie, forcé de la contempler depuis un fauteuil roulant depuis plus d’un quart de siècle. Il en a de la tristesse, de la rage, de la mélancolie, et de la grâce à partager. De tout ces sentiments At The Cut semble rempli à ras-bord, ployant sous la tension d’une poésie à la fois triste et tendre.

Vic Chesnutt a-t-il choisi sciemment le début de l’automne pour sortir son treizième album ? Nul ne sait. Et pourtant, les fulgurances distordues et les errements folk décharnés semblent accompagner les feuilles mortes dans leur chute, et les nuages dans leur course. La lumière voilée qui émane de cet album a la couleur de l’automne. De l’orage, de la violence, des décharges de hargne et de bile, parfois. Mais aussi une grande douceur et une certaine lumière.

Cela remonte aux champs de cotons, sous le soleil ardent de la Louisiane, du Mississippi ou de l’Alabama. Cela remonte à cette douleur ancestrale, cette brûlure qui ronge, consume, mais finalement pousse à renaître, à expier la souffrance dans les mots, le chant et la musique.

Accompagné par la six-cordes de Fugazi, Vic Chesnutt nous balance tout son désespoir à la gueule. L’emmêlement électrique, la construction progressive presque post-rock explosent parfois en volutes distordus et dissonants, supplétifs indispensables d’une voix au bord de la rupture, filet diaphane ou gonflée de rage rentrée (Coward, Chinaberry Tree).

La musique de Vic Chesnutt est crépusculaire et dissonante, hargneuse, martiale et lancinante parfois (Philip Guston). Mais jamais larmoyante, jamais complaisante. Car rien n’est simple dans cet album à double face, Janus post-folk hanté, certes, mais intrinsèquement réconfortant. Et de ce blues habité, abrasif et électrifié surgit la lueur, celle qui nous secoue, nous saisit et nous fait relever l’échine. Il porte en lui la lumière et la poésie, la douceur et l’espoir. Le sourire bienveillant de celui qui a souffert, puis s’est relevé.

La peur, le courage, la mort, les souvenirs, la lumière. Tout se mélange au détour une valse à trois temps. On entend un chien qui aboie, une porte qui claque et le tambourinement de la pluie sur une vitre sale. Les yeux dans le vague, on s’abîme dans nos pensées, le visage tourné vers le feu qui crépite dans l’âtre (We Hovered With Short Wings).

Les mélodies se font évidentes, belles, limpides (Concord Country Jubilee, I Flirted With You All My Life). La colère se dissout comme passe un orage d’automne et Chesnutt nous conte la joie, le bonheur d’être encore là. Des cordes ou un piano parfois s’invitent dans la danse, dans cette sarabande pleine de grâce et d’égratignures. Les déceptions amoureuses se font consenties (I Flirted With You All My Life) et l’absence des défunts est poignante (Grannie). Joyeux mais lucide, blessé, brisé, mais plein d’espoir.

Et de sa voix éraillée, Vic Chesnutt semble nous implorer de ne pas oublier. De sa voix écorchée, il nous conte la souffrance, la rage, l’amertume et la beauté d’une vie ordinaire. De sa voix abîmée, il nous chante la nostalgie infinie et résignée du temps qui passe. Un des grands albums de l’année. Un grand album, tout court.

Écouter

Vic Chesnutt – Chinaberry Tree

Vic Chesnutt – Coward (un peu plus longue à charger, mais indispensable)

Via le label de Vic Chesnutt, Constellation :

Vic Chesnutt – I Flirted With You All My Life [mp3]

Vic Chesnutt – Chain [mp3]

Vic Chesnutt – Philip Guston [mp3]

Julian Casablancas – 11th Dimension
Blakroc – Aint Nothing Like You Hoochie Coo

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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