Chronique de East Of Eden – Taken By Trees
Taken By Trees - East Of Eden
Année : 2009
Genre : World pop
Chanson(s) préférée(s) : My Boys, Anna, To Lose Someone
On dit souvent que les voyages forment la jeunesse. Mais moins souvent que les voyages forgent les bons albums. La Suédoise Victoria Bergsman aka. Taken By Trees nous apporte avec cet album un démenti très efficace.
Pas inconnue dans le landerneau pop scandinave, Victoria Bergsman a déjà travaillé avec ses compatriotes The Concretes ainsi qu’avec Peter, Bjorn & John sur la désormais classique Young Folks (la voix féminine éthérée, c’est elle). Elle n’est pas non plus novice dans le difficile exercice de l’album solo, puisqu’elle a à son actif le très bon Open Field, qui date de 2007 (spotify).
Comme je le disais, le thème du voyage, du dépaysement et du déracinement talonnent le chagrin amoureux dans le cœur des musiciens, et on ne compte plus les artistes partis à l’autre bout de la planète pour enregistrer leur album ou pour y trouver des thèmes et des histoires à nous conter.
Ainsi, le succès contemporain d’artistes d’inspiration orientale comme Ravi Shankar ou Devendra Banhart fait écho à une tradition pluriséculaire de fascination pour la figure de l’Orient, de Ravel (Shéhérazade) à Saint-Saëns (Suite Algérienne) en passant par Mozart (Enlèvement au Sérail).
East Of Eden ne fait pas exception à la règle. La charmante Victoria a donc posé ses valises au Pakistan pour le composer et l’enregistrer. Pochette sublime et angélique, comme nappée dans un écrin de brouillard, tout est fait pour nous inviter au voyage.
Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, si l’enveloppe, la forme est extrêmement « orientalisée », le cœur, le fond du travail de Bergsman est essentiellement occidental. On en veut pour preuve la facilité déconcertante avec laquelle les mélodies s’imposent à nos oreilles et combien les neuf chansons de l’album nous deviennent rapidement familières.
En revanche donc, le fond du disque est sous grande influence orientale : les instrumentations et les arrangements sont extrêmement complexes, et se superposent des myriades de petits instruments, des flûtes, des banjos, des cordes inconnues, des percussions exotiques qui viennent suppléer à merveille la voix mutine et plaintive de la Suédoise. Que ce soit sur My Boys (sublime reprise de My Girls des inévitables Animal Collective), la très belle Anna ou la déroutante Watch The Waves, c’est dans un très beau voyage « world pop » que nous emmène Anna Bergsman. Et quand elle pousse la chansonnette dans sa langue natale (Tidens Gång) le dépaysement est double et tout à fait bienvenu.
On notera l’attention portée aux percussions, fines, infiniment variées et délicates, qu’elles se fondent et fusionnent avec la guitare dans la parfaite To Lose Someone ou qu’elles remplacent quasiment tous les instruments dans la très bondissante Day by Day.
Alors évidemment, je trouve qu’il y a du déchet sur ce deuxième album, et on pourrait aisément se dispenser de Wapas Karna ou de Bäkennelse. Il n’en reste pas moins que cet album reste, en ces temps de crise, une alternative abordable à un vol Paris – Islamabad. Dépaysement garanti.
Écouter
My Boys, toujours en écoute ici ! Sinon :
Taken By Trees – To Lose Someone
Via untitledrecords.com
Taken By Trees – Anna
Via tympanogram.com
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