Live report : Archive @ Transbordeur, Lyon (07/10)
Quand on attend longtemps un concert, on a comme une petite boule au ventre. On redoute une douloureuse voire intolérable déconvenue si le groupe vient à décevoir. C’est donc avec la légitime angoisse de la mère avant l’accouchement, du thésard avant la présentation, bref du footballeur avant le match, que je me suis rendue ce mercredi 7 octobre au Transbordeur de Villeurbanne, tout près de Lyon.
Sans première partie et sans préliminaires, Archive balance le premier titre de son « Controlling Crowds » au son des sanglots longs des synthés. Et peu à peu les musiciens se dévoilent sur scène. Ils sont 7 mais parmi eux, je peine à reconnaître le chanteur Pollard Berrier et Darius Keeler, courbé sur son clavier. En effet, l’ingé lumières s’avérera brillant, ou sous acides, et ne dévoilera que très peu les visages des musiciens, accentuant le concourt de leurs corps. L’effet est réussi, l’ambiance est installée.
Tout de suite, la puissance du son et de la composition prennent aux tripes, d’une façon incroyable. C’est tellement fascinant et envoutant que je reste là, sans bouger. Un écran géant diffuse sur quelques morceaux des images d’accompagnement, très justement choisies. Sur Controlling Crowds, une foule d’hommes identiques masqués de blanc avance, comme sous l’influence d’une force mystique supérieure. Mais la foule rassemblée au Transbordeur ce soir n’est pas une controlling crowd. Nous sommes seuls, nous sommes des centaines, le cœur cintré, sous le sortilège de cette voix, de ce piano insensé bloqué sur repeat, de ces lumières qui nous aveuglent. En sample, la voix déchirante d’un homme qui hurle. Et ces hommes qui avancent, avancent. Archive nous balance la folie de ses mots, de ses sons. « I refuse to follow! ».
Autant vous dire que mon état physique à la fin de ce premier morceau est plus qu’inquiétant. J’oublie plusieurs fois de respirer, fais de la tachycardie et voudrais une intubation. Mais pas le temps de me lamenter, c’est Bullets qui déchaine maintenant les passions. Le morceau, suite logique, perpétue cette atmosphère saturée de violence et d’aliénation qui ne nous lâche plus. J’ai l’impression d’être un patient en psychiatrie, pied nus sur du verre pilé, ou dans la même veine. Sur l’écran, des corps dénudés se tordent. De douleur, d’amour, de folie ? Tout est-il à ce point vicié ?
Par la suite, Archive déroule son album jusqu’à la piste 9. Tous les sentiments nous attaquent, de solitude de Words On Sign à la paranoïa de Danger Visit (FEEL. TRUST. OBEY.). Sur Quiet Time, le rappeur Josko John entre sur scène, sous l’ovation du public. Ce morceau ne m’a vraiment fait bondir de joie, mais lorsqu’il est revenu pour la seconde fois, sur Bastardised Ink, la dynamique était différente, le flow de Rosko était appuyé par des samples plus présents et un instrumental plus énergique, l’intégrant mieux à une composition d’ensemble. Sur Collapside/Collide, on retrouve la chanteuse Maria Q. sur l’écran. Les musiciens sont très effacés, on croirait presque qu’elle est là avec nous. Le court métrage de sa prestation est particulièrement réussi et ajoute de la densité à ce morceau.
Après King of Speed, Archive enchaine sur Lines et Empty Bottle, deux morceaux de la partie IV de l’album, qui doit sortir le 19 octobre prochain. Puis c’est le dernier morceau, Funeral, qui clôt « Controlling Crowds« . L’effet est magistral, chaque membre quitte un à un la scène, sous les applaudissements de la salle. Il flotte dans l’air quelque chose de magique, quand les derniers samples résonnent encore. Archive, peu communicatif à l’oral, a su faire passer par la musique l’ensemble de son propos.
Mais alors qu’on pensait presque à partir, ils reviennent tous pour d’anciens morceaux. Londinium, Numb et System font hurler et bondir un public surexcité. Le son est bon, on resterait bien là plus longtemps. C’est avec un Again fantastique, version longue, qu’Archive quitte définitivement la scène.
En définitive, un concert envoutant, et très prometteur car en janvier, ils reviennent à Grenoble, troquant rappeur contre chanteuse. J’ai un peu regretté que les morceaux du rappel n’aient pas été intégrés à la set list principale, car leur départ sur Funeral était si fort qu’il aurait été une meilleure fin pour l’ensemble du concert.
Je ressors de la salle éblouie et songeuse. La musique et les paroles résonnent encore dans le fond de ma tête. Je n’ose parler d’introspection, un terme trop marqué, mais vous avez saisi l’idée. Am I scared of the controlling crowds ?
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