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Chronique de Night Music – Etienne Jaumet

Chronique de Night Music – Etienne Jaumet

Night Music - Etienne Jaumet (Versatile)

Année : 2009
Genre : Technodyssée mathématique et irrésistible
Chanson(s) préférée(s) : For falling asleep, Entropy

9/10

Le nom d’Etienne Jaumet m’était familier bien avant ce mois d’Octobre où toutes les bonnes presses musicales se gargarisent de son nom. En effet je l’avais découvert il y a de cela quelques mois à une soirée électro au Confort Moderne de Poitiers, mais je n’étais pas allé chercher plus loin. La faute sans doute à un line-up qui ne laissait pas la place nécessaire à Jaumet pour s’exprimer (entre Jean Nipon et Don Rimini en pleine séance de matraquage d’étudiants saouls c’est un peu compliqué)… Trop geek (sans déconner regardez la pochette), trop autiste, trop planant, pas assez charnel, pas assez immédiat, bref j’avais vite catalogué tout cela dans la catégorie « techno analogique chiante ».

Le premier album solo de la moitié de Zombie Zombie me donne pourtant tort, et de bien belle manière. Étienne Jaumet est un amoureux de la musique. Ingénieur du son de formation, il a pu travailler avec des centaines de groupes d’horizons différents et se forger une approche personnelle dans le traitement du son. Pour ce Night Music, il a choisi de travailler seul, dans la pénombre aux milles machines de son studio.

Face à ses synthétiseurs, Jaumet découple d’amples boucles analogiques et bourdonnantes, les étire, les triture, prend le temps de construire une ambiance techno « kosmiche », planante, étirée, hypnotique et minimaliste. Cela pour la simple raison que le sieur travaillant seul, il ne peut tout simplement pas appuyer sur tous les boutons en même temps et doit nécessairement introduire des respirations et des superpositions dans ses morceaux. Mais qui dit étirement ne dit pas « éloge de la langueur », puisque le son de Night Music propose une sorte de voyage mental, spatial et nocturne, appuyé par de délicieuses errances instrumentales.

On retrouve en effet de vrais instruments de musique chez Jaumet, comme par exemple le saxophone, que celui-ci maîtrise parfaitement (et dont il use en concert (Jaumet étant une sorte de multi-instrumentiste avéré (et j’use de la double voire triple parenthèse si je veux c’est ma chronique bordel))). Cet instrument perd ici tout le potentiel sexy et charnel qu’un artiste comme Laurent Garnier (lui même aficionado d’une techno instrumentale) avait pu lui donner dans des morceaux comme Man with the red face ou Gnamankoundji. Non, ici le saxophone, tout comme le reste des instruments utilisés, est isolé, plaintif, errant, lointain, froid… D’aucuns parleront d’une sorte de future-jazz, dans ces patterns isolés au milieu d’un monde musical froid à la régularité et la construction mécanique irrésistible. Ainsi la pièce maîtresse de cet album de seulement 5 titres est sans conteste For falling asleep, un périple de 20 minutes d’une techno tourbillonnante, une sorte de chaos ordonné et bourdonnant sur lequel pleuvent des gouttes plaintives d’instruments et de chœurs lointains, éthérés, inquiétants qui se finit dans une confusion entre harpe et bourdonnement analogique.

Les plus hâtifs qualifieront la musique d’Etienne Jaumet d’austère. Les motifs répétitifs, la lenteur, l’aspect froid du personnage et de son travail abondent dans ce sens. Mais l’écoute répétée de ce Night Music permet de comprendre au contraire que son travail est extrêmement riche, qu’il est le fruit d’une relecture humble et passionnée d’une trentaine d’années d’expérimentations musicales, de la techno de Détroit au future-jazz en passant par la new-wave, le minimalisme et le kraut. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le pape de détroit Carl Craig a mixé l’album, en lui offrant une relecture plus efficace (dixit Jaumet), qui accentue les points forts de l’album et gomme peut-être les aspects trop « trip-matheux ».

D’une manière plus humble et terre-à-terre, on peut simplement dire que ce Night Music offre tout simplement une odyssée de 45 minutes, dont la destination est différente à chaque écoute et chaque morceau. Et elle vaut vraiment le détour. La musique d’Etienne Jaumet est un principe actif à elle seule : hypnotique, psychédélique, spatiale, hallucinée, tourbillonnante, d’une régularité minimaliste diabolique, elle ne vous laissera pas indemne. Nous attendions Vitalic pour la réponse techno française de la rentrée, elle est venue d’une autre personnalité discrète avec qui il faudra compter à l’avenir.

Pour aller plus loin

Night Music sur Deezer.

Une chronique sur Des oreilles dans Babylone et Violette Roll.

Youngblood Brass Band – Brooklyn
Modeselektor – Art & Cash (clip)

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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