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Chronique de Ratatat – LP3

Chronique de Ratatat – LP3

Ratatat - LP3

Année : 2008
Genre : életro, rock, lobotomie
Chanson(s) préférée(s) : Mirando, Imperials, Dura, Brulée

9/10

Ratatat est un duo électrique. Sa première moitié, Mike Stroud, s’astique le manche tandis que Evan Mast, prend en otage platines et synthétiseur. Les deux bonshommes collaborent depuis 2001, on a déjà pu les voir s’agiter avec Björk, Animal Collective, Kid Cudi, Kanye West ou Missy Elliot. Une sacrée brochette quoi.

LP3 est leur 6ème album et avant de l’écouter, j’avais presque peur du résultat, me disant « pour Ratatat, c’est du tout vu« . Comprenez bien, le duo chevauche des teintes uniques, des teintes Ratatesques bien formées, bien à eux. Presque un peu trop, je craignais l’overdose… Un matin frais, détail substantiel, je greffe mes écouteurs au plus près de mon cerveau, avant de m’ injecter une dose d’électro profonde et ultra-sonique. Oui, c’est bien Ratatat.

Sur le versant poétique du chroniqueur obsédé et partial, on trouve sans doute la mauvaise foie habituelle et tout un tas d’avatars pernicieux. Ce n’est donc pas sans mal que je vais décrire ma faute, la gorge serrée bien évidement. Car ce Ratatat là, est un Ratatat comme les autres, ça ne fait pas de doute. Là où je m’enfonce dans la débauche intellectuelle, c’est de croire que les Yankees font fausse route. Je me suis matraqué les tympans pendant des heures auparavant avec ces beats mordants et envoutants. Refuser la récidive c’est refuser même l’œuvre passée. Admettons donc dès le début que c’est un retour sans surprise et qu’on oubliera soigneusement de le leur reprocher.

Shiller c’est l’intro qui n’en est pas une et qui prend la forme d’une élévation cosmique. Ratatat fait de ce premier morceau un véritable Ovni qui vient se poser sur nos têtes. On le voit progressivement arriver, il n’y a pas d’ombre d’un doute, l’effet est réussi puisque on en ressort le poil hérissé. Fin près pour le décollage. Falcon Jab, reprend la course folle, impossible de rester debout, submergé par une telle avalanche de rifs mordants et aquatiques. Toujours les mêmes rythmes qui tapent, bordel, on ne s’en lasse pas. La mélodie est bien dosée, tous les instruments ont leur place. Avec ce duo rien n’est laissé au hasard, je fais l’éloge d’un telle perfectionnisme (probablement parce que je suis moi même un obsédé perfectionniste). L’interlude qui suit en est la preuve, Mi Vejo dure presque 3 minutes, 3 minutes de percussion électroniques et de détours délicats à la guitare. Mieux vaux ne pas s’y habituer le morceau qui va suivre est le tiramisu tsunami de cet album.

Mirando démarre sans attendre, c’est le morceau à écouter pour se laisser convaincre. Ici les New-yorkais reconduisent les notions de couplet/refrain/couplet/refrain. Allez, c’est pas les premiers à sortir des sentier battus, ce morceau est pourtant une vraie érection musicale. Une approche furtive, un sonar qui retentit, c’est obscène mais Ratatat fait l’amour dans notre cornet. Le synthétiseur et la guitare copulent, s’emboitent, s’imbriquent, la relation entre les musiciens est fusionnelle, charnelle. Elle déferle d’énergie, retentit dans tous les coins de nos boites crâniennes, quelle énergie, quel relief bon sang. Ça fait beaucoup de verbes et d’adjectifs pour un seul mix.

Après un tel transport fiévreux, Flynn est presque un échec. Très jolie, harmonieux comme toujours. Toutefois le mouvement reggae et vaporeux du titre me parait galvaudé pour faire le pont entre deux morceaux d’une résonance similaire. Bird Priest est un peu à l’image des productions précédentes (au hasard, El Pico sur l’album éponyme), reprenant vraiment cette empreinte Ratatesque déjà employée.

Shempi et Imperials ne sont pas épargnées, Ratatat s’investit en outre avec passion sur le deuxième titre avec une atmosphère sous-marine qui n’est pas sans rappeler, je me lance, Daft Punk (mon intégrité est désormais compromise). La chanson se détermine avec les premières notes de clavecin entendues sur ce morceau. Si je ne suis pas un grand fan de la musique baroque, je trouve que cet instrument connait une certaine renaissance au travers de l’électro et Ratatat en produit un exemple monstrueux (et magnifique il faut le dire). Ni une ni deux, le clavecin reprend sur Dura, ce n’est quand même pas un enchainement réfléchis ? Si ? Voilà une bonne raison d’écouter LP3 dans l’ordre tiens. Dura donc, est ce je pourrais nommé ici le ménage à trois de cet album. Un croisement entre Mirando, Shempi et Imperials qui accouche d’une nouvelle bombe. Irrésistible.

Brulée est un petit radeau perdu dans les eaux du Pacifique, qu’on voit venir avec fougue et qui repart tout aussi bien. Déboule sans crier garde Mumtaz Khan, dernière pointe de vitesse sur des percutions endiablées avant la décélérations finale de Black Heroes. Un morceau pour terminer cet album en douceur, qui n’est pas sans rappeler le tout premier titre du disque. Un effet de boucle, probablement pas recherché mais qui traduit l’inlassable, l’indémodable, l’éternel de ce groupe. Si l’électro est siège de tous les risques, il n’en reste pas moins que Ratatat connait la maturité des artistes qui ont arrêté de se chercher. Ils savent dans quel écrin proposer leurs chansons, sans négliger la richesse de leur composition. Et ça, c’est juste trop bien.

Écouter

LP3 sur Grooveshark, sur Spotify et sur Jiwa.

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8 Commentaires »

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l' auteur, Pirhoo

Petit manchot, gros égo.

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