Interview de Yom – « Sensibilité, cornichons, vodka »
Après une chronique de son dernier album et une adulation sans pareil, l’équipe de BrancheTonSonotone a choisi de pousser ses investigations pour mieux comprendre le phénomène en interrogeant le-dit New King… quitte à le harceler de questions sans queue ni tête. Et malgré tous nos efforts et notre acharnement pour le déstabiliser, il faut bien avouer qu’il a de la répartie le bougre.

• Dans un premier temps nous allons faire les présentations … qui êtes vous ?
Je sais que ça ne se fait vraiment pas, mais je vais commencer direct par un joker, considérant que les 22 (!!!) prochaines questions-réponses suffiront à vaguement répondre à cette question…
• Pourquoi vous taisez-vous sur votre vrai nom/origine ? Vous ne seriez pas juif quand même ?
Joker !
Je suis effectivement un peu juif, mais par ma mère, et donc pas par mon nom… j’ai donc fait un effort esthétique et pratique pour avoir un nom de scène plus concordant avec ma musique.
• La clarinette et vous c’est… ?
Une histoire d’amour, une passion permanente, mais aussi un vieux couple, 29 ans d’existence dont 25 de clarinette, et 20 avec MA clarinette actuelle, mais bon, on s’en sort bien, une petite thérapie de couple de temps en temps et hop !
• Votre expérience clarinettistique la plus exceptionnelle ? La plus insolite?
La plus exceptionnelle restera à tout jamais la rencontre avec Giora Feidman, le 13 février dernier, on a joué 30 minutes ensemble et parlé 2 heures, j’en suis encore tout retourné ! c’était totalement mystique, et c’était pour moi un rêve d’enfant qui se réalisait et qui m’a inspiré mon nouveau disque « UNUE ».
La plus insolite, c’est la rencontre avec Wang Li, guimbardiste chinois de génie et poète absolu, avec qui je travaille en duo depuis presque 6 mois et avec qui nous devons en permanence réinventer l’instrument, la musique et même le langage pour pouvoir communiquer.
• Comment parvenez-vous à faire plus de 24 notes à la seconde? Est ce que parfois vous êtes pris de spasmes?
Vous avez effectivement percé à jour mon secret : c’est par le travail intensif du spasme contrôlé qu’on arrive à la triple croche suprême.
J’ai aussi quelques bons amis cyclistes qui me fournissent ce qu’il faut pour pouvoir tenir en spasme permanent sur un concert d’une heure et demi !
• D’aucuns certifient que votre costume sur l’album « New King of Klezmer Clarinet » est un gros coup marketing. Que répondez-vous?
Joker !
Non, c’est vrai que ça s’apparente carrément à du marketing, mais c’est aussi une manière de se marrer comme un bon débile que je suis tout en étant en cohérence (vague au moins) avec le projet, en allant plus loin que l’original…
Et puis imaginez le mec de 29 ans qui se dit « new king of klezmer clarinet » et qui est super sérieux habillé en costume noir sur la pochette de l’album… ça craint !!!!!!
• L’absence de poils sur votre crâne est-elle aussi un hommage à Naftule Brandwein ?
J’ai pas compris la question, vous pouvez répéter ?
Je tiens à préciser que l’absence de poils sur mon crâne n’est qu’à moitié volontaire, et que ce n’est que pour ne pas trop ressembler à un moine que j’ai rasé les quelques cheveux qui daignent encore pousser sur mon crâne dégarni. Voilà c’est dit.
• Maintenant que vous portez la barbe, vous vous apprêtez à rendre un nouvel hommage ?
En fait je ne porte la barbe que quand je ne me rase pas ( !!!)
En gros, c’est pas vraiment un choix esthétique ou politique ou artistique…
Mais il n’empêche que mon prochain disque peut être pris sans vexation aucune de ma part comme un hommage à Giora Feidman, qui, au fil des ans, a oscillé entre une grande barbe blanche et de longs cheveux gris, et un crâne totalement chauve et un rasage parfait, tout ça reste encore ultra concept une fois de plus ; je pense que d’aucuns certifieront que mon rasage est vraiment une grosse opération marketing.
• Si vous croisiez Naftule, que lui diriez-vous ?
« On boit un coup ? »
• Si quelqu’un vous rend hommage dans 80 ans, aimeriez-vous qu’il titre son album « New NEW King of Klezmer Clarinet » ?
Je trouverais ça marrant, et en plus il pourrait faire une résidence à Belleville au « new nioulaville ».
• Avez-vous encore une idole ou votre ego de New King vous suffit ?
Je suis extrêmement admiratif et respectueux de beaucoup de musiciens, je n’ai pas une idole mais énormément (mais mon ego me suffit quand même largement !)
• Présentez nous Giora Feidman en 3 mots.
De la balle !
Ou
Spirit rythme and soul
Ou
Sea sex and sun (ça marche moins bien…)
Ou
Mysthicime, technique parfaite, poésie perpétuelle, intelligence de la vie et de la musique, amitié, sensibilité, curiosité, ouverture, spiritualité (ça fait un peu plus de 3 mots mais bon…)
• Quelles sont les clés pour comprendre la musique klezmer ?
Sensibilité, cornichons, vodka, foies hachés.
• Quel est l’effet à la clarinette que vous préférez et surtout pourquoi ?
Je suis en ce moment dans ce que j’appelle le fwoufwou (terme technique !), qui une sorte de détaché fait directement avec la lèvre et la mâchoire, mais qui ne doit pas arrêter le son, juste le moduler légèrement et qu’on associe simultanément à une sorte de très léger et rapide trille ; j’aime ça car c’est l’effet qu’on entend à la clarinette partout en Europe orientale, jusque dans les Balkans et en Turquie, et qu’il représente le sommet de l’expressivité sur l’instrument. (et oui ! on s’amuse comme on peu !)
• Vous êtes plutôt grave ou aigu ?
Ça dépend des millésimes.
Cette année a été bien aigüe grâce au projet d’hommage à Naftule.
L’année prochaine sera grave, très grave, avec de la clarinette basse et du grave de clarinette, et je crois que je deviens vraiment de plus en plus grave au fil du temps.
• Le quart de dièse ça se mérite ?
Oui, ça se mérite durement, le barème est très élevé, des heures de travail pour que les gens normaux pensent que vous jouez faux…
• Aura-t-on le privilège de vous voir vous exercer dans un autre style de musique ?
Je fais quelques incartades de ci de là, mais dans l’ensemble je me sens surtout dans une forme de lente évolution qui me mène d’un style clarinettistique reconnaissable, le klezmer, vers un style plus personnel regroupant toues les influences qui sont les miennes ces dernières années.
• Vous préférez les concerts/le public ou jouer pour vous/entre musiciens?
Les deux sont indissociables pour moi. Les répétitions pour tester les choses, les monter, les construire, faire des erreurs, chercher… Le public pour se dépasser dans l’énergie, l’émotion, transcender la musique, et recevoir en échange une force indéfinissable et un contact direct avec le monde.
• Quel fut le tournant de votre vie, celui qui vous a rendu célèbre ?
Célèbre dans le sens « y a une limousine qui vient me chercher à la sortie de la répèt », là j’attends toujours le tournant…
Sinon célèbre dans le sens « toutes les copines de ma mère sont au courant de tout ce que je fais en temps réel », ça c’est depuis ma naissance à peu près…
• Qu’est ce que la célébrité vous apporte de bénéfique en dehors du luxe indéniable de pouvoir vivre de votre passion ?
Le fait de pas être obligé d’envoyer des mails moi même aux copines de ma mère pour leur annoncer mes concerts, parce qu’elles sont déjà au courant avant moi.
• Quel l’album que vous écoutez en boucle en ce moment?
Boban Marković Orkestar « Balkan Brass Fest »
• Soutenez-vous des musiciens encore peu connus ?
À part moi même, pas vraiment…
• Que pourrions-nous vous souhaiter pour la suite ?
Un nouveau costume ?
Informations supplémentaires données de son plein gré:
Je peux vous dire que je sors le 25 novembre prochain un disque de duos [ndlr : UNUE] avec six musiciens incroyables, un disque très calme et donc radicalement différent de « New king of klezmer clarinet » bien qu’en étant pour moi l’évidente suite logique et qui peut, comme je le dis dans l’interview, être entendu comme un hommage à Giora Feidman…

C’est ainsi que s’achève ce petit entretien qui personnellement me laissera un souvenir impérissable. Merci à Yom pour avoir joué le jeu et à Frédéric Rol auteur de 3 des photos ci-dessus publiées baptisées par moi-même : « Yom sur une montagne de caisses à la casse », « Yom avec son compte tours » et « Yom dans la tuture rôze ».


Branche ton Sonotone ! » Le classement 2009 de Pirhoo a dit :
1
[...] est un klezmorim exceptionnel dont nous avons eu la chance de faire l’interview. Après un premier album époustouflant, il nous revient avec Unue, une nouvelle collection de [...]
Branche ton Sonotone ! » Chronique de Yom – Unue a dit :
2
[...] à la première impression. Unue est la seconde « grosse production » de Yom qui nous avait précédemment beaucoup surpris et enjoués avec The New King Of Klezmer Clarinet. [...]