Chronique de The Life Of The World To Come – The Mountain Goats Déambulation pop-folk, entre mélodie et douleur...
Mountain Goats - The Life Of The World To Come
Année : 2009
Genre : Folk moins simple qu'il en a l'air
Chanson(s) préférée(s) : John, Samuel, Psalms, Isaiah
Faut-il nécessairement connaître sur le bout des doigts la discographie de l’artiste qu’on chronique ? Doit-on en être parfaitement familier pour apporter sur son dernier effort un éclairage intéressant ?
Espérons que non. D’une part parce que ça réduirait considérablement mes possibilités de chroniques, ayant à peu près la culture musicale de Pierre Bénichou. D’autre part, parce que je ne serais du coup pas en mesure de vous parler du très bon dernier album des Mountain Goats.
En effet, on peut ranger ce projet à géométrie variable dont John Darnielle est depuis quelque temps le centre de gravité dans la catégorie des groupes ultra-productifs : 14 albums en a peine plus d’années d’exercice. Rendant du même coup leur discographie difficile, pour ne pas dire impossible, à appréhender lorsqu’on s’y plonge pour la première fois.
Je m’en tiendrai donc à ce que m’inspire The Life Of The World To Come, balade inspirée par la Bible, d’un peu plus de 40 minutes dans le monde de Darnielle, à la fois torturé et évident, mélodique et charnel.
Ce disque est un disque dont le pouvoir hypnotique et addictif se laisse facilement sous-estimer : ces quarante minutes se déroulent si facilement qu’on pourrait manquer la grande profondeur, le double niveau de lecture de l’œuvre. Derrière succession de belles balades bien construites et bien menées, se cache un vrai talent de songwriting qui accouche de perles absolument magnifiques, si simples en apparence, mais formidablement efficaces.
The Life Of The World To Come sort le grand jeu dès les première secondes, grâce à deux chansons superbes, paradoxalement assez différentes du reste de l’album. 1 Samuel 15:23 et Psalms 40:2, tendues, presque hargneuses, à la mélodie dépouillée pour la première, à l’ambiance tonitruante et presque électrique pour la seconde, font partie des grandes réussites de l’album.
Mais bien vite, l’ambiance s’apaise, le piano ou le violon s’invitent, que ce soit dans l’enjouée Philippians 3:20-21 ou les poignantes Hebrews 11:40 et Genesis 30:3. Il y a bien sûr quelques petits ratés, quelques chansons qui ont un peu moins retenu mon attention, comme Matthew 25:21 ou Deuteronomy 2:10. Mais la voix douce et magnétique de Darnielle fait des merveilles. C’est bien simple, la balade 1 John 4:16, piano et violon, est une des chansons les plus poignantes que j’ai entendu cette année. Quant à Isaiah 45:23, plus folk, presque Dylanesque, elle est sautillante, aérienne et joyeuse, témoigne elle aussi d’un album parfaitement réussi.
Ce qui est troublant avec ce dernier, c’est qu’il ne déchaînera pas les passions. Je veux dire par là que personne ne pourra hurler que cet album est mauvais, qu’il est désagréable, qu’il ne mérite pas ses chroniques dithyrambiques.
On touche en fait là à sa principale qualité et son incroyable tour de force, à l’époque où on assiste à une course à l’expérimentation et à la complexité (qui a dit mast…. ?) : rester accessible tout en étant extrêmement exigeant. Comme je l’ai évoqué précédemment, les mélodies sont immédiatement prenantes, l’instrumentation facile à « digérer », l’ensemble est aisé à écouter mais rien n’est attendu, redondant ou déjà entendu. Il s’en dégage une atmosphère trompeuse, un peu monotone peut-être, dans laquelle on peut facilement se fourvoyer, et manquer l’essentiel.
Si proposer l’accessibilité sans se départir de la qualité est un signe prodigieux de réussite, alors nul doute que ce The Life Of The World To Come est un grand album. Car il se love dans nos oreilles avec la facilité et la douceur d’un rayon de soleil de printemps, réchauffant la peau après un trop long hiver. Et nous rappelle du même coup que le simple, peut tout simplement être beau.
Écouter !
The Mountain Goats – 1 John 4:16
« I know you’re thinking of me cause it’s just about to rain. So I won’t be afraid, of anything ever again… » SU-BLIME.
The Mountain Goats – 1 Samuel 15:23
nuage de tags & best-of


Benjamin F a dit :
1
Ravi de voir qu’on est encore en phase
J’espère vraiment que ce disque trouvera son public. En attendant il faut moi aussi que je m’attelle à la discographie du groupe.
En revanche, je recherche un synonyme pertinent à « à géométrie variable », j’en ai un peu l’impression qu’on l’utilise trop souvent cette expression
Merci pour le backlink… je rajoute ta critique à la suite de la mienne
Mathieu a dit :
2
Hello,
Effectivement la discographie de John Darnielle est impressionnante, mais comme tu dis il faut bien se lancer pour chroniquer (pour ma part je connaissais leur précédent album …), il doit y avoir à peu près le même problème avec The Fall
Sinon, merci pour le backlink, je rajoute aussi un lien à la suite de ma chronique …
Malie a dit :
3
Les trois premiers accords de 1 John 4:16 sont les mêmes que dans un morceau de la bande son d’eternal sunshine. La scéne qui me fait pleurer à chaque fois. (peer pressure de jon brion)
http://open.spotify.com/track/4LGDoA4NHC7rv1J2XVwPxK
J’en suis toute retournée.
The Mountain Goats – The Life Of The World To Come (2009) | La Quenelle Culturelle a dit :
4
[...] chroniques: Playlist Society – Branche Ton Sonotone – Random [...]
The Mountain Goats – The Life Of The World To Come « Random Songs a dit :
5
[...] Chronique de Martin sur Branche ton Sonotone [...]