Chronique de Soul on Ice – Ras Kass Le premier épisode d'une longue plongée dans les greniers du hip-hop !
Ras Kass - Soul On Ice
Année : 1996
Genre : Hip-hop
Chanson(s) préférée(s) : Miami Life, Drama, The Evil that men do, Anything goes
Au panthéon des meilleurs artistes du hip hop, il en est un qui mérite largement sa place: il s’agit de Ras Kass. Malheureusement, Ras aussi talentueux soit-il, est trop méconnu du grand public, particulièrement en France.
En attestent, les vidéos sans intérêt de ses récents démêlés avec The Game, qui sont à ce jour les vidéos du rappeur les plus vues sur Youtube. D’ailleurs les internautes qui les regardent sont à n’en pas douter, des fans de The Game avant tout, ce qui est dommage. Affligeant.
Pourtant Ras Kass est bien loin d’être un M.C fini, juste bon à régler ses comptes; c’est avant tout un fin lyriciste, probablement l’un des meilleurs des années 1990. A son actif, on peut citer quelques disques intéressants comme Rassassination (spotify) en 1998, le plus connu, ou encore son génialissime premier album: Soul on Ice sortit en 1996. C’est ce premier essai sur lequel nous allons nous intéresser!
Depuis l’entrée en matière parfaitement menée par le très mystique On earth as it is … jusqu’à la fin du disque, Ras Kass place la barre en termes de qualité de lyrics à des hauteurs rarement atteintes. Quant aux instrumentales, elles sonnent paradoxalement bien plus East-coast que West-coast, la terre natale de notre homme. Certains puristes pourraient s’offusquer de l’absence des indémodables sirènes G-funk qui laissent place à une teinte musicale feutrée (filtrée), piochant allégrement dans la soul millésimée années 60/70. Ce choix n’a d’ailleurs pas été fait au hasard tant la qualité lyricale du M.C se fait sentir, ce qui est rare pour un natif de Los Angeles; de plus à une époque où Tupac triomphe avec Hit em up, une attaque en règle qu’aurait pu rédiger un adolescent de 10 ans contre une bande rivale, tant le niveau est bas.
Les lyrics de la victime de The Game (et oui nous parlons toujours de notre cher Ras Kass) emplis d’allitérations et de métaphores rayonnent durant toute l’écoute de l‘album, et illustrent des propos tantôt gangstéristes, tantôt conscients de la réalité qui l’entoure. A ce titre, les auditeurs retiendront forcément l’ode afro-centriste, qui flirte avec le racisme par moment, Nature of the treat. De rappeur, Ras Kass devient le gangster, enfilant le costume du parfait théoricien de la cause noire. Son rap redéfinit l’histoire de l’humanité, vocifère contre la race blanche, et annonce d’un ton quasi-prophétique, son déclin à venir:
« They simply must, take precautions / That’s why they’re worried about their future now / Cuz by 2050, almost all the Earth’s population / Will be brown, then black, so understandin that, whites counterreact / (I’m sayin.. man.. them fools ain’t nothin but a teaspoon of milk in the world color majority) »
Il ne faut cependant pas résumer ce morceau qu’à son discours haineux et pro black, même s’il risque de choquer les écoutilles de pas mal d’entre vous. Durant huit minutes, le flow de Ras Kass est d’une constante technicité et les lyrics surtout, débordent de références, apparentant alors son texte à un livre ouvert:
« Check cave paintings in France and Spain to the Venus of Willendorf / Around 2000 B.C. Southern Russians migrate in small units / Those who travel West populated Europe / Those who went East settled in Iran, known as Aryan »
Un seul titre rompt totalement avec ce côté sombre, dominant dans l’album, le très enjoué Drama (aux côtés de Coolio, le cuistot en puissance des années 2000), seul titre du disque, aux accents comiques. Excepté le titre Nature of the treat, d’autres morceaux mettent en exergue la face consciente du rappeur à l’instar d’Ordo Abchao et ses références aux sociétés secrètes, If Then, ou encore le glacial The evil that men do, contrastant avec les hymnes pro-gangsters Anything goes, Marinatin, ou Miami Life, titres singles de l’album (les seuls rappelant d’ailleurs la région d’origine de leur auteur).
Là nous est révélé, toute la personnalité aussi versatile soit-t-elle, de cet essayiste du ghetto, adepte de l’écrivain Eldridge Cleaver après avoir « chillé » avec ses camarades de rue. Une versatilité qui donne ici lieu à un album tout bonnement fascinant, inoubliable…
Écouter !
Ras Kass – Miami Life
- Écouter l’album sur Spotify
- Acheter sur Amazon
- Sa fiche sur AllMusic.com
nuage de tags & best-of

