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Chronique de Eiffel – A Tout Moment

Chronique de Eiffel – A Tout Moment

Eiffel - A Tout Moment

Année : 2009
Genre : Tenir en attendant B.
Chanson(s) préférée(s) : A Tout Moment La Rue, Clash, Le Coeur Australie, Mille Voix Rauques

8/10

Il ne faut pas se voiler la face : Eiffel et Noir Désir entretiennent des relations ambiguës. Même ville, leaders copains, collaborations nombreuses (Le Temps des Cerises, c’est un combo Eiffel/Noir Dés), voix semblables et lyrismes parents sont autant de preuve de cette promiscuité. Je ne fais pas partie de ceux qui revendiquent à Eiffel une complète assimilation avec Noir Désir. Mais quand même.

Cependant, qui dit semblable, ne dit pas identique. Là où Cantat joue sur le terrain de l’émotion brute et à fleur de peau, et où l’épure musicale, la (relative) rudesse instrumentale et une plume toujours maîtrisée et efficace lui servent d’armes, Humeau et sa bande axent davantage leur travail sur la complexité, poétique et instrumentale.

Difficile de saisir une structure, un riff, une ligne mélodique claire et précise; la musique d’Eiffel est plus proche du ruisseau de montagne que de l’hymne rock’n'roll : fougueuse, puissante, certes, mais par dessus tout insaisissable. Les couches, les percussions, les guitares, les voix même se superposent, s’imbriquent et se fondent, rendant cet album un peu difficile d’accès et peu accrocheur ; un comble pour un album de rock.

Pourtant, si l’on s’y plonge, si on se perd entre le chant habité de Romain Humeau et les instrumentations à la fois sombres et complexes, la sauce prend, si vous me passez l’expression. Et on se laisse happer malgré nous par un A Tout Moment la Rue de folie (une des meilleures chansons de 2009), un Cœur Australie furieux, un Ma Nébuleuse Mélancolique hanté et un Clash direct comme un crochet du droit.

A de rares occasions, les paroles sont un peu juste, sonnent un brin faux, et se parent d’un style un peu emprunté. Mais la plupart du temps, les mots d’Eiffel sont poignants, incroyables de justesse et de puissance. Leur style ample, épique, déroutant, inattendu et maîtrisé est une vraie réussite, et confère à A Tout Moment ce qui manque à beaucoup d’albums français, à savoir une maîtrise de la langue de Molière qui n’entrave pas la puissance de la musique. Voire, dans le cas présent, qui la renforce. On appréciera la coloration politique des paroles de Humeau, engagées mais bourrées d’euphémismes et de subtilités qui nécessitent bien plus qu’une écoute pour être apprivoisés. On ne se lasse pas des vers aussi assassins qu’anodins qui parsèment l’album, à l’instar de ceux de Sous Ton Aile :

« Comme la promesse au pays / D’un pittbull au Fouquet’s / Quand les nations immigrent à la chaîne / Cognant aux vitraux d’ADN / Un dernier vœu sur le tarmac »

Malgré trois titres qui sonnent un peu creux (Cet Instant Là, Mort J’Appelle, Nous Sommes Du Hasard), A Tout Moment est impressionnant de cohésion, de liant, d’homogénéité, d’aisance dans la composition, de maturité. On a l’impression de contempler l’œuvre d’un groupe au sommet de son art, assumant, maîtrisant et exploitant toutes les facettes de son projet.

Après Tandoori, bon mais à l’issue tumultueuse (ils ont quitté pour EMI pour Pias), il est rassurant de voir que le groupe a su conserver son âme et trouver dans ses deux ans de silence de quoi se régénérer. Car cette album redonne la foi dans une scène rock française dont les jeunes poulains vigoureux (Centenaire, Yeti Lane, Izia, Decoster…) empêchent peut-être parfois les vieux étalons de se faire entendre.

Ce quatrième album des bordelais est une réussite. Te presse pas Bertrand, tes plus fidèles lieutenants sont là, et n’ont presque rien à t’envier.

Écouter

Eiffel – A tout moment la rue

Eiffel – Clash

Eiffel – Le coeur australie

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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