Live Report : The Raveonettes @ Stockholm, 30/11
Les joies d’aller à un concert dans un pays dont on ne parle pas la langue sont de plusieurs types. Premièrement, on ne trouve pas la salle. Bah oui, c’est pas comme le Bataclan ou l’Élysée-Montmartre, j’y suis jamais allé. En plus, y’a des å, des ä et des ö partout, comment voulez-vous qu’on s’y retrouve. Bah oui ma ptite dame, tout part à veau-l’eau, ça pour sûr.
Deuxièmement, cette géolocalisation aléatoire implique de se mettre à la fin de la première file d’attente formée devant le premier bâtiment qui ressemble à une salle de spectacle venue. Qui n’est pas la salle en question, entraînant une attente aussi longue qu’inattendue. C’est là que les Suédoises rencontrées quelques minutes plus tôt (en période de géolocalisation ardue) et fourvoyées elles-aussi se révèlent d’un intérêt crucial.
Troisièmement, c’est qu’être invité à un concert, c’est bien. Tu rentres, tu dis ton nom, et on en parle plus. Sauf quand l’information a du mal à circuler entre le promoteur et la salle de concert, qui n’est absolument pas au courant que tu as gagné honnêtement ta place et que tu désires entrer. Heureusement, un coup de fil et c’est terminé, sans même vérifier mon identité (ah, la confiance aveugle des Suédois).
Avec tout ce retard, à peine le temps de prendre une bière que la première partie commence. A Sad Days For Puppets sont suédois, et le décor est vite planté : le batteur arbore fièrement un t-shirt des A Place To Bury Strangers, et la voix sibylline jeune femme frêle et timide peinent à dominer le vacarme vrombissant des quatre-cordes. En plein dans la mouvance shoegaze noise et malgré un léger arrière-goût d’amateurisme, le groupe fait bien son job et le pare-terre parsemé se peuple un peu au cours du set. La petite et malingre chanteuse un brin capricieuse saura même nous faire rire en rabrouant son grand et musclé bassiste…
Autant dire que la prestation des Raveonettes est deux-trois crans au dessus. La charmante Sharin, longiligne et hypnotique et Sune, dégingandé et nonchalant, balancent la sauce dès la chanson d’ouverture avec un Gone Forever suant et compact.
Certains ont reproché aux Raveonettes d’avoir abandonné sur leur dernier album leur fameux wall of sound, cette espèce de masse électrique, lourde et massive, sur laquelle la voix éthérée de Sharin se posait comme dans un écrin, au profit d’une esthétique plus sucrée, plus « bubble-gum ».
Mais si doute il y avait quand à la capacité des Danois à nous concasser les synapses et à nous submerger de distorsion sale et crépitante, il ne mettra pas longtemps à être relégué aux oubliettes. Les titres qui ont fait la gloire du duo sont là en nombre (Dead Sound, Lust, Love In A Trashcan, Aly Walk With Me…), préférées à un dernier album que Sune et Sharin ont peut-être plus de mal à assumer, à tort, en concert. Seules Gone Forever, Break Up Girls, Boys Who Rape, Heart Of Stone, Bang et I Buried You Today, soit moins d’un tiers du concert, trouveront leur place dans la set-list. Le son est très très fort, submergeant de décibels les spectateurs qui se tiennent désormais en rang serrés.
Stoïque, droit, osant à peine un dodelinement de la tête, le spectateur d’un show des Raveonettes se doit de conserver ses forces. Déluge, immersion, invasion, les mots ne manquent pas pour décrire cette sensation à la fois physique et sonore de cette distorsion qui nous entoure, comme un écrin soyeux dans lequel on fourre la tête, à la fois glacé et brûlant. Le wall of sound des Raveonettes est encore debout, et c’est pas des briquettes, c’est triple épaisseur, béton armé et gros parpaings dans le tympan.
Si il ne fallait choisir qu’une seule chanson de ce concert, ce serait Break Up Girls. Débutée par un duo basse / voix du meilleur effet, le déluge grésillant et bouillonnant s’abat au milieu de la chanson quand les deux Danois balancent la disto à un niveau rarement entendu. C’en devient physique : les guitares résonnent dans mes bronches, dans mon thorax, dans mon ventre, dans ma mâchoire, les yeux ne peuvent plus cligner, j’en oublie de respirer, comme bloqué par un mur d’électricité, ébloui par les lumières aveuglantes. La frontière entre son et matière ne s’en fait que plus ténue. Prodigieux.
Après deux heures d’un concert menée d’une main de maître par des Raveonettes en forme, un brin désabusés mais maîtres de leur sujet, on se dit que décidément, peu de groupes shoegazing-like de 2009 sont du niveau sonore et artistique de ces deux Danois.
Ils passent à la Flèche d’Or le 12 décembre, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
A écouter en lisant
Raveonettes – Break Up Girls
Aller plus loin
- Ma chronique de In And Out Of Control, leur dernier album
- Le dernier album sur Spotify
- Sad Days Of Puppets sur Spotify
Pour les photos, utilisez la pagination ci-dessous.
nuage de tags & best-of


Pirhoo a dit :
1
Héhé super Live Report, tellement que je redonne une chance aux Raveonettes pour me convaincre.
Martin a dit :
2
Mission accomplie alors, youpi :p
Et merci pour le compliment !
Malie a dit :
3
Putain, ça doit être trop bien.