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Live report : Aufgang @ Café de la Danse, 19/11/09

[7 décembre 2009 | 0 Commentaire | 391 visites ]

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Le jeudi 19 novembre dernier, mon désormais fidèle acolyte Nao et moi-même nous sommes perdus dans des ruelles sombres. Puis nous avons fini dans une impasse. Je vous rassure, on avait une bonne raison, non condamnable aussi bien juridiquement que moralement. Aufgang donnait un concert au Café de la Danse pour la promotion de leur premier album. Et nous en étions.

Soyons clairs, Aufgang aurait pu donner un concert depuis le fin fond d’un puits, il y aurait quand même eu de l’ambiance. Toujours est-il que le Café de la Danse demeure plus sympa qu’un gouffre sombre et humide. La façade en briques, la disposition de la salle qui fait qu’on se retrouve avec des amateurs d’Aufgang à gauche, à droite, à nos pieds et au-dessus de nos têtes (oui parce qu’il y a des balcons), aussi bien assis confortablement, une bière à la main, que debout, anorak sur le dos, tout cela contribue à la  formation  d’une espèce d’électricité dans l’air. A ce propos, le public d’Aufgang (j’aime bien observer les salles dans le noir) est assez bigarré : pas mal de représentants de notre bonne hype parisienne (cheveux ébouriffés, chaussures blanches pointues à clous –tout en même temps) mais aussi  des jeunes (et moins jeunes) amateurs de rock plus roots et moins lisses, et d’autres plus anonymes, mais non moins cools.

On note déjà un choix très judicieux de première partie : Rone l’électro-man et Gaspard Claus le violoncelliste, dont les improvisations seront qualifiées assez justement par Nao de « pas mal, mais un peu trop branlette intellectuelle. Mais j’aime bien la branlette intellectuelle ». Branlette ou pas, cette première partie au demeurant de qualité (même si on est en droit de sourire quand Gaspard Claus choisit le bruit de ses doigts glissant sur le vernis de son instrument –de son violoncelle – en guise d’introduction) a rempli son rôle ambivalent à la perfection : introduire l’ambiance « Aufgang », à base de musique sans parole et de morceaux mouvants, évolutifs, et se contenter de préparer le terrain en restant un peu en deçà de la prestation qui allait suivre.

Ce qui est fou, à propos d’Aufgang, c’est qu’au départ ils ont tout pour être rasoir. Deux pianos, une batterie, et même des partitions. A tourner à la main, les partitions. Oui oui.

Ce qui est encore plus fou, à propos d’Aufgang, c’est l’incroyable crescendo qui se crée tant dans leur prestation scénique que dans leur évolution musicale. Ils commencent par être gentiment cools. Les gesticulations du très charismatique pianiste Francesco Tristano donnent un côté « Approchez cher public, ce soir c’est cabaret et on va vous en mettre plein la vue avant d’aller boire une absinthe tous ensemble » loin d’être déplaisant. D’autant que pour la première moitié du concert, je ne verrai que deux des trois membres d’Aufgang : Francesco donc, et le batteur, Aymeric Westrich. En effet, leur second pianiste, Rami Khalifé, demeure hors de mon champ de vision, la faute au placement aléatoire.

Puis, les deux pianistes échangent leurs places (soit ils ont prévu le coup, soit ils ont juste envie ou besoin d’échanger de piano – or, on admettra qu’il est plus facile de changer de place que de déménager deux pianos en direct). L’ambiance perd le léger côté désuet que j’avais cru détecter, et se fait plus intense.

Oui, le jeu d’Aufgang se fait tout en intensité désinvolte, dans le plus pur style « on est des prodiges mais on s’en fout, écoutez-nous plutôt ». Ils expliquent qu’ils utilisent leurs pianos comme des guitares, et ce n’est pas faux du tout – ils poussent le vice jusqu’à se lever en plein morceau, plonger le bras dans les entrailles dudit piano, et pincer les cordes tout en jouant pour en moduler le son, et c’est aussi impressionnant en vrai que sur le papier, sauf peut-être pour quelques vieux routards moins surpris que moi, une fois n’est pas coutume.

A ce propos, tout visiteur qui se respecte du Myspace d’Aufgang sait que le groupe est injustement homologué « trio » : il s’agit en fait d’un quatuor, si l’on rend hommage à François « le D » Baurin, leur ingénieur du son, qui effectue un travail non négligeable. Car en effet, j’ai oublié un point capital du décor aufgangien : les deux Macbook qui trônent sur chacun des pianos, responsables de la diversité et de la densité des sons qu’Aufgang sort de trois instruments acoustiques au départ. Et là, comment dire. Prenez les pommes d’Apple qui scintillent dans le noir. Ajoutez la majesté des instruments de concert, qui rappellent la solidité de la formation musicale des trois énergumènes qui s’agitent devant nous. Et par-dessus tout ça, rajoutez les trois énergumènes, justement, qui se démènent sur leurs instruments avec une violence et une précision incroyables, qui jouent comme des rock stars, trempent leurs chemises comme des rock stars, et s’amusent comme des rock stars. Que voulez-vous faire face à ça ? A part headbanger en rythme, rêver d’épouser Francesco, et rentrer en prière quand le batteur croise ses baguettes le temps d’un morceau plus épuré (Prélude du passé) ?

Alors, voila. Ce que je retiens, c’est qu’Aufgang, c’est beaucoup plus que la réhabilitation du piano à queue et d’un pianiste maitrisant Stravinsky. C’est du culot, beaucoup de fraicheur, des caisses de talent, des litres de sueur, et surtout, beaucoup, beaucoup de plaisir – communicatif- à être sur scène.

HibOO d’Scène : Aufgang « Channel 7″ (Live @ Café de la Danse, Paris – 18.11.2009)
From Le-HibOO.com on Vimeo.

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l' auteur, Mercy

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