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Le 14 décembre 1979, London Calling – Partie 2

banlondoncalling2Alors qu’on est en plein dans l’effervescence de 2009, (cf le Top des Blogueurs 2009) il fait bon de retourner trente en arrière, et de continuer de parler de ce fantastique album qu’est London Calling… Suite donc du billet d’hier !

Tous les articles du London Calling Day (qui se transforme de plus en plus en London Calling Week, comme on le voit) sont disponibles grâce à ce lien.

Merci d’avance pour vos retours !

Un album politique

Le proto-punk américain n’est pas un punk politique. Les Stooges et les Ramones nous parlent de destruction, de révolte aveugle, de rage débridée ; le Velvet et les Dolls nous parlent de décadence éthylique, de psychotropes et d’errements sexuels.

La politique est au Clash ce que la barbe est à Karl Marx, ce que les cheveux longs sont à ZZ Top, ce que la Hofner est à McCartney. On ne peut pas concevoir le Clash sans embrasser toute la dimension politique de leur œuvre. On ne peut pas être de droite et aimer le Clash. Ou alors on a rien compris.

De plus, London Calling apparaît dans un moment crucial : Margaret Tchatcher vient de prendre le pouvoir, réprime les grèves, privatise à tour de bras, et la condition des prolétaires dont le Clash se veut le porte parole est de plus en plus difficile.

Alors non, pas de tir à vue, pas de noms, ni d’attaques directes. Que des allusions, des sous-entendus, des thèmes généraux. Le but du Clash n’est pas d’abattre, mais d’éveiller. Alors que les Pistols crachent à la face du monde qu’ils s’en « battent les couilles », le Clash appelle, interpelle. Don Letts, ami du groupe le dit merveilleusement bien : « les Pistols vous donnaient envie de vous taper la tête contre les murs, le Clash vous en donnait la raison »1

Ainsi, les thèmes s’entrecroisent dans chaque chanson; à l’instar de London Calling, où la dénonciation de Thatcher côtoie l’inquiétude vis-à-vis du nucléaire et un appel aux jeunes à se révolter.

De Spanish Bombs, où la résurgence de l’ETA les fait écrire sur la Guerre Civile Espagnole et les Républicains, à Clampdown où l’évocation du régime nazi se mêle à la dénonciation de la société capitaliste, en passant par Guns Of Brixton, où est évoquée la minorité caribéenne londonienne opprimée par la police, la politique irrigue la musique du Clash.

Le groupe a touché à toutes les causes et embrassés tous les combats : contre le racisme, proche des milieux anarchistes, fervent soutien des sandinistes, nourrissant quelques accointances avec les situationnistes. Et ce, même au sommet de leur gloire, quand ils triomphent au sommet des charts (9e en Grande-Bretagne en 1980, 2e pour Combat Rock).

Engagé, politisé, conscient, activiste ? Tout cela et rien de tout cela à la fois : tout est enchevêtré. Le groupe, la musique, le message se confondent, mutuellement interdépendants. Le politique, le sociétal sont les raisons d’être du groupe.

Car ils étaient tous habités par une vraie volonté de se faire entendre, souffrant que les premiers groupes de la new wave qui marchaient déjà sur leur pas trustent les charts avec leurs chansons sucrées et sans vie. Pour quoi écrirait Strummer, sinon pour être entendu d’un maximum de monde ? Bien loin de chercher la célebrité et les paillettes, il était simplement de ses artistes qui ne conçoivent leur art que comme un exutoire, un medium, qui perd toute signification dans le cas contraire. Il avait compris que pour changer le monde, l’underground ne suffirait pas.

Peut-être faut-il dès ce moment là les distinguer du punk, qui pour tout révolutionnaire qu’il soit, se perpétue dans l’ombre des squats et à l’abri de cet underground, comme une preuve de son authenticité. Le Clash n’était pas de ces groupes là. Ils voulaient donner au monde entier des raisons de se taper la tête contre les murs.

Intégrité à tout prix

Ce que j’aime dans cet album, c’est aussi ce qu’il révèle de la conception qu’avait le Clash de sa condition de groupe, de sa lucidité sur lui-même et de ce qu’il était capable de réaliser.

Le Clash se fichait pas mal de l’argent. Ça a sûrement été le premier groupe à défier sa maison de disque, CBS Records. Ils avaient tout compris : mettre en vente un double album au prix d’un seul, en prenant en charge la différence. Intuition visionnaire, qui permet la naissance d’un double album vendu à deux millions d’exemplaires et qui a marqué l’histoire de la musique.

Le groupe se fichait pas mal des récompenses et des honneurs. En 1989, le respectable magazine Rolling Stone, après avoir désigné London Calling comme le plus grand album des années 80, décide d’appeler Joe Strummer pour avoir sa réaction. Et Strummer de répondre, tellement loin de tout ça : « mais, je croyais qu’il était sorti en 1979 ! ».2

Par contre, le groupe ne se fichait pas du monde qui l’entourait, et a essayé de le changer, d’y apporter sa pierre, de le rendre meilleur grâce à sa musique. Mais sans messianisme, sans fausses illusions, en tentant d’écrire leur propre futur. Joe Strummer :

« On était de gauche, mais cela étant dit, on avait aucune solution aux problèmes du monde. On a essayé d’évoluer de manière socialiste, vers un futur où le monde serait un endroit moins difficile à vivre que maintenant. Mais si Karl Marx n’a pas réussi, comment 4 guitaristes de Londres auraient pu réussir ? Tu dois toujours te demander, qu’est-ce que je ferais si je gouvernais le monde ? C’est difficile, et je ne pense pas qu’on ait eu une réponse à ça. Mais on a essayé de s’impliquer dans cette direction et de poser ce genre de questions. Que ça ait été bien ou même utile, au moins, on l’a fait. »3

Conclusion (vous êtes au bout de vos peines)

Si je ne devais garder qu’un seul album, qu’un seul groupe, qu’un seul artiste, ce serait eux, ce serait London Calling.

Il n’y a pas cette naïveté, cet aspect propre et sérieux qui me déplaît souvent chez les Beatles. London Calling c’est la rage sublimée, l’instinct destructeur maîtrisé, la sauvagerie intelligente du rock and roll. Cette capacité primale, primairee et transcendantale à éveiller les foules.

Par exemple, la photo de la pochette, celle qui est désormais rentrée dans la légende picturale du rock, a beaucoup à nous dire. Cette dernière a été prise lors d’un concert au Paladium de NYC, le 21 septembre 1979. Paul Simonon, le bassiste, est frustré de voir un public amorphe, passif et assis, contrastant avec leur habitude de voir tout le public se précipiter dans la fosse pour brailler les refrains à gorges déployée. De frustration, de rage et d’impuissance, il en explose sa basse sur le sol. « Le moment rock ultime, dira un journaliste de Q magazine, la totale perte de contrôle ».

Le Clash, c’était donc la fureur. Fureur scénique aussi, quasi-inégalée. Ceux qui les ont vu en concert il y a trente ans… s’en souviennent encore. Le leader de Black Flag, Henry Rollins, qui sait de quoi il parle quand on en vient à parler de prestance scénique, disait que « les Ramones c’était super, mais à côté du Clash, c’était les Beach Boys ».4 Ce qui dans la bouche d’un punk n’a rien d’anodin.

London Calling fait partie de ces albums vers lesquels je sais pouvoir me tourner, chercher du réconfort, des réponses peut-être. Parce qu’il est cohérent de bout en bout, dans la musique, dans sa composition, dans son attitude. Parce que le Clash est un groupe qui a été intransigeant, sans concession. Parce que ce disque respire la sueur, la rage, la colère, la révolte. Parce que ces riffs que Strummer balance dans la gueule de l’Angleterre amorphe, résonnent encore dans un monde où tout est trop souvent remis en question pour qu’on trouve la force de s’indigner.

De Public Enemy aux Strokes en passant par Nirvana ou Rancid, les groupes influencés par le Clash se comptent par dizaines. L’héritage est immense, à la hauteur de l’œuvre. « Le seul groupe qui compte » disait le slogan publicitaire de leur maison de disque. Ils ne se rendaient peut-être pas compte à quel point ils étaient dans le vrai.

Alors que reste-t-il du punk ? Que reste-t-il de London Calling, trente ans après ?

Le punk, c’est peut-être une seule et unique formule, lumineuse. « The future is unwritten » : le punk, ainsi que nos vies, sont des existentialismes. Écrivons nos vies telle qu’on veut les voir écrites. Nous sommes libres, nous n’avons qu’à vivre, qu’à agir pour écrire ce futur. Nos vies et notre avenir nous obéissent car le futur n’existe pas encore, il nous reste à l’écrire. Ouvrons les yeux, battons nous, car ce futur n’est rien d’autre que ce que nous en ferons. 30 ans après, alors que l’avenir se fait de plus en plus sombre, c’est peut-être ça qu’il faut garder de London Calling.

  1. Punk Attitude, Don Letts, 2005 []
  2. Kosmo Vinyl – The Last Testament – Making Of London Calling, Don Letts, 2004 []
  3. Kosmo Vinyl – The Last Testament – Making Of London Calling, Don Letts, 2004 []
  4. Punk Attitude, Don Letts, 2005 []
Top des Blogueurs 2009
Local Natives – Sun Hands

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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