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Le top 2009 des choses qui m’ont le plus énervé dans le monde de la musique


Tout le monde (moi compris) célèbre en ce mois de décembre ce qui a marqué cette année.

Force est de constater qu’on revient trop souvent, la larme à l’œil et le nez morveux, sur ce qui a marqué en bien l’année vieillissante. Les exceptions sont rares, à l’instar des très bons Goûte Mes Disques, qui célèbrent ce qui les a fait gerber en cet an de grâce 2009.

De plus, l’imminence de Noël ayant pour principale conséquence la transformation de la verve d’ordinaire acide, acerbe et sans pitié de certains blogueurs (que je ne citerai pas) en torrent de sucre, de compliments mièvres et de bon sentiments patauds, il fallait faire quelque chose.

J’ai donc décidé de cracher sur tout ce qui m’a saoulé, gavé, énervé, agacé et/ou ulcéré cette année. Ça ne se limitera pas à des disques mais à tout ce qui a tourné autour de l’univers musical. Et je vous le promet, c’est 100% garanti sans esprit de Noël, 110% vitriol, acide, mauvaise foi et bile vulgaire, 100% phrases trop longues et tournures de style pompeuses, et environ 80% de private-jokes blogosphériques (à vous de les retrouver).

C’est Noël, vous n’êtes qu’amour ? Pas moi. Alors sans plus attendre, le top 9 de ce qui m’a le plus énervé dans cette année 2009. Non mais.

  1. L’emballement critique, médiatique et blogosphérique à propos du nerdo-folk tapageur et mal produit d’Animal Collective et de l’intello-folk ampoulé et indigeste de Grizzly Bear, basé sur la seule bonne parole d’un obscur quoique influent webzine Chicagoan, et qui se révèlent tout deux et après une année d’écoute, n’être rien d’autre que des grosses arnaques, tout juste bonne à couronner ces satanés top de fin d’année et à régaler le bobo en quête d’innovation musicale factice. Souvenez-vous du cri de la hype qui meurt : qu’écoutez-vous de MGMT après que la vague du buzz ait reflué ? Allez vous réellement au delà des 5 premiers titres ? Si oui, désolé, mais vous n’avez aucun goût.
  2. La célébration post-mortem par mont et par vaux d’un type qui a fait un seul album potable il y a plus de 30 ans, et nonobstant l’apport notable de ce dernier à la musique de ces dernières décennies, qu’on oublie du même coup que récemment, les principaux faits d’arme de l’intéressé se résument à des opérations marketing creuses destinées à renflouer des caisses vides, des procès douteux pour pédophilie et une décadence physique affichée impudiquement par les paparazzis. On aurait gagné en décence et en respect pour le bonhomme en évitant toute cette hystérie. D’autant plus que l’année 2009 a été fournie en décès regrettables, et de Bashung à Lux Interior, nombreux étaient ceux qui méritait également toute notre attention.
  3. Hadopi, ou la preuve par A + B que le gouvernement français n’en est pas à une imbécillité près, et de nous rappeler du même coup qu’Internet était, avant la dite loi, une des rares sphères d’activité épargnées par sa propension maladive à la régression, la réaction et l’incompétence chronique. Promulguer une loi qui a trente ans de retard, déjà obsolète avant même son décret d’application et se proposant de faire bouger les choses en prenant la solution pour le problème et inversement, le tout pour maintenir en vie un état d’exception et d’anormalité, faisant fi de la contingence et de rapidité d’adaptation de l’évolution technologique et tentant d’engraisser les majors qui se sont fait des coucougnettes en or en nous resservant jusqu’à plus soif depuis des années une armée bankable et insatiable d’hybrides technoïdes clubs-friendly et de soupe popeuse vide et sans-âme.
  4. La quasi-absence dans les colonnes pourtant respectables de la partie de blogosphère que je fréquente de l’album merveilleux de Rancid, dernier groupe de punk valable, incroyable d’innovation, de maturité et d’intégrité. Absence qui s’explique sans doute par l’attrait mercantiliste de ces vendus de blogueurs francophones, qui méprisent les vrais artistes indépendants, revendent leur Cds promo sur Ebay et quémandent auprès des labels et des boîtes de promos des invitations pour des concerts miteux afin de se sentir gonflé d’une importance qu’ils n’ont pas, se baignant dans la douce illusion d’être influent et dans la vaine perspective de façonner l’opinion, voire même d’être un jour journaliste aux Inrocks ou à Télérama.
  5. Les nouvelles pratiques de marketing viral, ou comment tenter par tous les moyens de nous faire écouter, consommer et acheter une énième merde lyophilisée, en livrant en pâture au bœuf télévisuel moyen des morceaux de chair dénudés de nature à réveiller ses instincts malsains et libidineux (Make The Girl Dance, le clip de Girls) ou en fabriquant de toute pièces un conte de fée dont le seul fait de gloire aura été de faire croire à la moitié des ménagères britanniques de moins de 50 ans qu’on peut être moche et grosse et chanter comme un castrat sous Xanax. Et de faire vendre en une semaine l’équivalent en CD de merde du PIB du Togo. C’est pas un rêve, c’est un cauchemar.
  6. Ceux qui disent que « 2009 a été une année de merde », ou que « décidément cette année ne nous a pas gâté en terme de plaisirs musicaux ». De trois choses l’une : soit tu relis les archives de ton blog et tu t’aperçois que tu disais exactement la même chose en 2008, en 2007 et toutes les fins d’années depuis que tu as un blog (c’est-à-dire depuis environ 1996). Soit tu fermes ton blog qui parle de musique et tu pars élever des chèvres dans le Larzac, car vraisemblablement écouter de la musique a le même effet sur toi qu’un chapitre du Capital sur un adhérent d’Alternatives Libérales. Soit tu te noies dans les albums de post-drone-nu-folk-garage de 1954 et tu pars suffisamment loin dans la toile pour qu’on n’entende pas tes gémissements d’esthète vexé. Et qu’on se le dise, si tu n’as pas trouvé de bons disques cette année, c’est tant pis pour toi. Et c’est même de ta faute, car pour quelqu’un qui a pour prétention de donner son avis sur un blog, la qualité cruciale est la capacité de savoir s’enthousiasmer.
  7. Les groupes que j’aim(ais) et qui ont eu l’idée saugrenue de sortir un album de merde. Dans un cas (Green Day, mon côté skateur mièvre, vague reliquat d’une époque presque révolue), c’est un vaste dérapage incontrôlé dans la merde radiophonique puante, propre à faire mouiller les culottes des collégiennes de 14 ans, perdant du même coup et en moins de trois chansons et demies l’immense respect que je leur portais, pour avoir réussi à marier accessibilité totale et ambition artistique. Dans l’autre cas, c’est ce qu’on appelle l’album de la maturité (Arctic Monkeys), que je renommerais album chiant, plat et monotone qui pour être inspiré et abouti, est suffisamment lisse et consensuel pour plaire à la fois aux trentenaires grisonnants avide de rock intellectuel, au cadre sup’ en costar-cravate sur la ligne 1 un lundi matin 6h, et aux adolescents qui auraient de toute façon aimé même si le groupe s’était mis aux chants traditionnels mongols.
  8. Les supergroupes ratés. Them Crooked Vultures, ou comment prouver que le produit des parties est largement inférieure à leur somme, même si lesdites parties sont trois légendes ayant chacune laissé sa marque sur une décennie musicale différente. Ou comment me décevoir, moi qui attendait un brûlot rock’n'roll à la hauteur des légendes qui l’ont composé, en nous sortant un album dont la précision et la qualité de la production n’a d’égale que l’absence patente de toute forme de composition ou d’inspiration. Dead Weather, ou comment me décevoir, moi qui attendait quelque chose du niveau des Stripes ou des Raconteurs, en nous pondant un album dont les quelques pépites absolues font échos à des puits sans fond de non-créativité et de redite Jack White-esques.
  9. La manie des tops. Parce qu’il est bien connu que le fait même de faire un top avec des numéros devant est la preuve d’un dévoiement aveugle au grand capitalisme, d’une conception éronnée de ce que doit être un blogueur musical cool, objectif, intègre et de bon goût, ainsi que le stigmate d’un attachement féroce au statut strict et carré de l’étudiant de droite assidu au catéchisme, encarté à l’UMP, courant de rallye en rallye et jeûnant pour Carême. C’est cela oui. Bien sûr. Et mon cul, il jeune pour Carême ?

Bien évidemment, puisque ce soir c’est le Réveillon, il ne me reste plus qu’à souhaiter que la paix et l’amour pénètrent vos foyers comme autant de délicats pétales de roses emportés par une douce et virevoltante brise de printemps.

Les insultes, réactions, suggestions et ajouts sont évidemment les bienvenus, afin de faire de ce billet le réceptacle des frustrations musicales.

Illustration : JelleS

Nirvana – Lithium (Live at Reading)
Live report : Paul McCartney @ Bercy, 10/12

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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