Le classement 2009 de Pierro
Avant de vous faire découvrir le 1er janvier prochain de quoi achever 2009 une bonne fois pour toute (à savoir une sélection des Cds qui ont marqué Branche Ton Sonotone en cette année écoulée), les quelques chroniqueurs motivés qui restent sur ce webzine vous proposent leur propre cru 2009. Sans doute bien plus pointu et osé que la sélection globale.
Je commence avec mon propre « classement », où j’omets volontairement quelques claques qui seront citées plus tard dans notre sélection commune pour me centrer sur des albums un poil moins « médiatisés ». Hihi.
1. Dusty Kid – A raver’s diary
Bon, je suis censé être « la caution électro » de Branche ton sonotone. Mais puisqu’on est relativement fainéants en tant que chroniqueurs, mais surtout en tant qu’auditeurs, je ne vous sortirai pas la perle consensuelle et touchante d’électronica pluvieuse et érudite pour mon album « électro » de l’année. Oh que non. Mon album « électro » de l’année, et même mon album de l’année tout court, c’est tout simplement le premier effort d’un jeune geeko-surdoué-de-la-musique ritalien (oui oui on peut faire de la bonne musique dans le pays du feu Duce) : A raver’s Diary de Dusty Kid. Cet album concilie absolument tout ce que j’aime dans la musique digitale : à la fois un côté extrêmement racoleur avec des petites mélodies de synthés aériennes, droguées ou mélancoliques bricolées pour absorber l’auditeur sans aucun problème ; et de l’autre côté une vraie chappe techno avec un album qui propose une sorte de périple-retour-aux-sources-hommage à la techno old-school de Détroit et ses parrains Jeff Mills Carl Craig Derrick May Saunderson blabla (surtout au début de l’album) en passant par de la grosse acid ou de la techno feutrée éthérée à la Kompakt. Mais avant les qualificatifs, c’est surtout un album hédoniste qui donne envie de se taper la tête contre les murs et de suer un bon coup avant d’aller se coucher. Dusty Kid n’a peut être pas de barbe, mais il a très certainement un instinct musical ravageur et efficace (et des grosses couilles). [chronique]
2. The Phantom Band – Checkmate Savage
La plupart du temps, les triturations folkeuses me laissent de marbre. De glace. Je pourrais même aller jusqu’à vous dire qu’elles m’irritent au plus haut point et risquer quelques comparaisons bien peu fines avec le régime nazi et la musique de chambre. MAIS, mais, mais Checkmate Savage du Phantom Band fait exception à la règle, et ce de manière tellement puissante et jouissive qu’il mérite amplement sa place dans mon top 3 de connard pédant. Même si je ne fais pas tourner l’album autant que ça. En effet, il est tellement rare qu’un groupe « folk-rock-post-floyd » trouve un écho dans mes oreilles que lorsque cela arrive il est bon de le signaler de l’écrire en rouge d’une pierre blanche. Mais surtout, si aujourd’hui, si ce soir quand j’écris ces quelques signes, Checkmate Savage vient se greffer ici, c’est pour faire écho à une œuvre dont on n’a que trop peu parlé. Et si Branche Ton Sonotone peut mettre un peu plus en lumière un des albums les plus excitants de ces dernières années, oui oui, alors, ne chions pas dans la potée. The Phantom Band, c’est une poignée de 6 -7 briscards venus du fin fond de l’Ecosse. Des potes. Des saoûlards. Réunis pour taper le bœuf dans un hangar qui sent la pisse froide la bière chaude et la MST. Et dans les faits, ça donne un album assez remarquable que l’on pourrait qualifier de « post-folk », où les riffs saturés et mélodiques s’accordent avec des bruitages chamanico-tribaux ou électroniques, donnant à cette grande soupe de vie un côté charnel et sylvestre assez délicieux. Quant aux voix, elles oscillent entre échos, murmures, râles, cris, et chants. Je n’ai absolument aucun bagage culturel pour vous parler de ce genre de truc. Je veux simplement signaler que cet album résonne dans mon oreille pourtant extrêmement fermée aux connards gratteux. Mais The Phantom Band est, je crois, bien au-dessus de tout ça. Je pense que c’est tout simplement un futur grand groupe et que ce Checkmate Savage resté assez confidentiel va bien finir par exploser en révélant au grand jour le talent évident des british. [chronique]
3. Fat Freddy’s Drop : Doctor Boondigga and the Big BW :
Et voilà donc un album de reggae en troisième place dans ce classement subjectif. Oui oui. De la visibilité, c’est tout ce que je réclame pour les deux derniers albums cités. Si Phantom Band réussit le tour de force de me faire aimer le folk lorsqu’il est chamanique, puissant et électronique… alors Fat Freddy’s Drop effectue un miracle, puisque s’il existe une musique que je vomis avec allégresse, une musique dont la simple écoute provoque chez moi le soupir ennuyé et l’acrimonie, c’est bien l’horrible reggae et ses relents puants de bonne volonté embrumées de vapeurs douteuses. Et pourtant ce combo néo-zélandais ne propose pas du reggae habituel avec ses poussives rengaines rebattues de rastafaris pisseux. Non, ici la voix du chanteur, très soul, vient sublimer ce qui est déjà une sorte de pot-pourri magnétique aux influences jazzy, funk, soul, mais aussi hip-hop ou carrément drumnbass. Pour résumer, c’est bien simple, Doctor Boondigga and the Big BW est tout simplement l’album que je lance sur ma platine à tous les moments où je sens que mes nerfs vont lâcher et ma santé mentale avec. C’est à dire assez souvent. Fat Freddy’s Drop est une musique-massage du corps et de l’esprit. Le reggae aura trouvé grâce à mes yeux. Fantastique. [chronique]
4. Moderat – Moderat
Après mûre réflexion, s’il y avait un dernier album qui devrait se pousser et creuser son trou dans ce Top 4 très subjectif qui obéit plus à une volonté de mise en lumière qu’à un « palmarès du nombre d’écoute », ce serait bien l’album du « super-groupe » Moderat, éponyme et paru en Mars. Moderat, c’est l’union des deux teutons du groupe électro-break-hip-hop-foufou Modeselektor et d’Apparat, lui-même non moins teuton, aux ambiances plus mélancoliques, lentes et ciselées dans la glace. Entre la folie explosive des premiers et la mesure froide du second, Moderat accouche d’un album superbe, aux influences majoritairement dubstep (mais si, ce style qui mûrit depuis 5-6 Outre-Manche aux beats et aux ambiances industriels et dystopiques) et hip-hop. De longues plages glaçantes, mélancoliques et subaquatiques côtoient un beat d’orfèvre explosif ou retenu, une pulsation mécanique qui enveloppe tout le corps et plonge dans un état particulier, une sorte de contemplation détachée du monde environnant. Violente et touchante, telle est la musique de Moderat. On espère d’autres productions de la part du combo, qui a su tirer la substantifique moelle du dubstep, cousin éloigné de la techno, et en faire quelque chose de superbe.
Et s’il avait fallu en rajouter… :
Prodigy – Invaders Must Die :
Le cinquième album du trio techno-punk icône des 90’s est sorti sans faire grand bruit. Mais à l’écoute c’est une autre histoire. Les 7 premiers titres sont simplement le rouleau compresseur le plus coupablement jouissif que j’ai entendu cette année. La suite s’étiole pauvrement, mais qu’à cela ne tienne, on ne retient que ces 7 tracks du feu de Dieu où le Prodigy revient au source d’un son plus abrasif, bourrin et simpliste que jamais. Non, vraiment, citez-moi ne serait-ce qu’une personne qui puisse résister aux turbines vicieuses de Warrior’s Dance ?
Jon Hopkins – Insides
Une composition mélancolique, entre triturations électroniques expérimentales et mélodies au piano plutôt classique. Jon Hopkins trouve des équilibres fragiles et émouvants, parfois un peu maladroits, mais suffisamment originaux pour se souvenir de cet album et le refaire tourner encore et encore lors des longues soirées d’hiver que l’on passe seul à se polir le chibre. [chronique]
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Martin a dit :
1
Ce Phantom Band reste une énigme pour moi. Vraiment.