Le classement 2009 de Martin
En attendant la sélection de l’ensemble des chroniqueurs qui arrive vendredi, les choix par chroniqueurs continuent. A une exception près, des disques dont on a pas beaucoup entendu parler mais qui ont « fait » mon année musicale 2009…
Rancid – Let The Dominoes Fall
Accessibilité et originalité artistique, voilà la dure équation sur laquelle butent nombre de projets. D’un côté, le risque de faire de la soupe radiophonique, sans substance ni âme. De l’autre, le risque de dérouter, de se rendre hermétique, de s’égarer.
Pour un groupe de punk qui se respecte, l’équation est encore compliquée par l’exigence souvent monacale d’indépendance vis-à-vis des grandes maisons de disque et des circuits marketing traditionnels.
Au vu de la complexité de la situation, ce dernier album des vétérans de Rancid apparaît comme un double miracle. Exigeant, innovant, métissé, terriblement accessible mais loin d’être évident, Let The Dominoes Fall s’affirme tout simplement comme un des tous meilleurs album de punk de la décennie. Dans la lignée du Clash, les Californiens se sont fait une joie d’intégrer le meilleur du hip-hop, du ska, du rock et du jazz dans ce qui loin d’être une bouillie fade est un disque plein de soleil, de refrains monstrueux, de riffs phénoménaux, de talent désabusé et de brio pur. Entre rage, joie et je m’en foutisme, ils laissent éclater tout leur talent dans un album riche, varié et enthousiasmant.
Alors que depuis longtemps, certains fossoyeurs du punk essayent de nous convaincre de sa mort, Rancid nous prouve avec un des tous meilleurs albums de 2009 que ce genre musical, loin d’être enterré, possède encore de fantastiques joyaux dans ses rangs. [chronique]
Acetate Zero – Hesitation Blues
Le post-rock a déboulé dans mon univers musical par deux secousses telluriques. Cougar, avec son post-rock fin, puissant et épique fait échos au dernier album des parisiens d’Acetate Zero, Hesitation Blues. Je connais mal leur discographie tant elle est confidentielle. Mais ils ont tout l’air d’être nos Sonic Youth ou Yo la Tengo à nous : indéboulonnables et constants. Mais eux ne parviennent pas à se dépêtrer d’un relatif anonymat dont peine à les tirer des passages TV (dans ce soir ou jamais notamment).
Intemporel, distant et intrinsèquement poétique, cet album s’écoute d’une traite. On se laisse entraîner dans ce monde tout en noir et blanc, à la fois doux, mélancolique et froid. Cet album sera sans doute un casse-tête pour les musicologues du futur. Il est intemporel, il sonne comme si il n’avait pas d’âge. L’écho de la patine du temps, musique du passé et du futur qui résonne dans le présent.
J’ai aussi eu l’intime conviction en écoutant pour la première fois ce disque qu’il représentait exactement ce que je voudrais composer. J’étais sans cesse surpris par ces torrents de distorsion et ces arpèges patinés, pris à contre-pied par les structures apaisée, toutes en amplitude. Mais en même temps, ce Hesitation Blues sonne comme une musique que l’on connait déjà, un écho de notre intérieur.
J’ai également eu l’impression en écoutant que cette musique avait quelque chose d’essentiel, de contingent, qu’elle ne pouvait pas ne pas être. Qu’elle participait à une forme d’équilibre, et que Acetate Zero avait sa place parmi les plus grands. [chronique]
Vic Chesnutt – At The Cut
Vic Chesnutt vient de nous quitter. Mais cette perte douloureuse n’est pour rien dans la présence de son avant-dernier album dans mes albums préférés de 2009, car At The Cut est une des plus belles surprises de cette année. Son folk décharné, hanté par la mort et empli de douleur a bercé mon automne de la plus belle manière qui soit. Vic semble avoir plus de crédibilité que les autres lorsque sa voix douce-amère et sa guitare rêche nous content les histoires du temps qui passe, des êtres disparus, de la douleur et de la mort. Sa sincérité semble vraie, originelle, intacte. Sa voix, à la fois rude et tendre, amère et douce, pousse à l’introspection, emplie de la sagesse de celui qui a vécu. Dans ce folk zébré d’électricité, tout prend une tournure plus vraie, plus touchante, plus directe. Ce disque a la couleur de l’automne, où l’été finissant se mêle aux premières gelées d’hiver. On ressort de cet album parfait à la fois rasséréné et formidablement triste. Disque ambigu à la dualité merveilleuse, dépouillé et riche, beau et affreusement triste, accessible et exigeant, il est un témoignage fantastique d’un artiste maudit, malmené par la vie et au sommet de son talent. Adieu, Vic. [chronique]

Taxi Taxi – Still Standing At Your Back Door
L’anonymat absolu dans lequel ont été abandonnées les deux jumelles suédoises est proprement révoltant. Toi qui me lis, si tu as un blog et que tu n’en as pas parlé, tu devrais avoir très honte.
Je me trompe souvent. J’ai des goûts plus que perfectibles. Et je n’aborde même pas ma culture musicale, aussi développée que celle d’un bigorneau à moitié cuit. Pourtant, il y a quelque chose dans ce disque, surtout dans la première moitié. Indéniablement, ces cinq premières chansons, à contre-jour, hantées, tristes comme la pierre, cherchent à nous dire quelque chose.
Les jumelles nous chantent l’amour, le désespoir, l’incommunicabilité. Leur deux voix se mélangent, se marient. On ne sait pas trop si elles sont féminines, masculines. Un peu des deux peut-être, pas tout à fait terriennes.
« We don’t see the same side of the moon » chantent-elles sur une des plus belles chansons de l’année. Limpide et complexe, cet album prouve au moins qu’elles ne sont pas vraiment de notre planète… [chronique]

Sammy Decoster – Tucumcari
Je sais pas comment j’ai pu m’attacher à ce disque à ce point. Je vois pourtant bien que c’est du Bashung de supérette, du Noir Désir pour collégiennes, du Bob Dylan pour boîte de nuits. Je les vois tout ces défauts : cette production trop lisse, ces sonorités un peu « variétoches », ces paroles un peu faciles et souvent maldaroites et cette envie, cette rage qui semblent souvent faire défaut.
Pourtant, cet album fait définitivement partie de mon « paysage musical de 2009 ». Peut-être parce qu’il révèle le potentiel absolument effarant d’un garçon fiévreux, sombre et un brin décadent, parvenu à pondre un album cohérent. Cet adjectif ne veut habituellement rien dire, mais il est plein de sens ici. Toutes les chansons de Tucumcari pourraient être celle d’un seul et même film, plein d’immensité, de guitares abimées et de rocking-chairs oscillant dans la lumière du soir. Un premier film, certes un poil maladroit et hésitant, mais vibrant de sincérité et d’honnêteté.
J’aime cet album parce qu’il est attendrissant, comme un bébé qui vient de naître. Il est beau dans sa naïveté, grand dans sa petitesse, sublime dans ses approximations. Il n’est qu’une toute petite fenêtre, ouverte sur un paysage infini. [chronique]

Mongrel – Better Than Heavy
Mongrel, c’est comme un gros crachat rageur. Une sorte de défouloir, d’exutoire. Loin de la posture de lads trendy londonien, Mongrel nous entraîne dans les coins mal famés de Londres la gigantesque. Venu des banlieues à peu près déshéritées, un crossover, voire même une supergroupe (Arctic Monkeys, Reverend & The Makers…), comme on en a pas vu beaucoup depuis Gorillaz, la déflagration est tonitruante. Engagé, politisé, le hip-hop de Mongrel résonne sur le macadam, et aux flows enragés d’une multitude d’invités, succèdent des refrains souvent doux, très mélodique, excessivement brillants.
On pourra lui reprocher une certaine répétition dans la structure, mais on ne lui retirera pas son efficacité monstre et ses refrains fulgurants. La rage, la détermination qui semble brûler les entrailles de Mongrel m’ont accompagné depuis janvier. Depuis cette date, il n’a pas quitté mon iPod. Signe d’un album puissant, frais et incroyable. [chronique]
Sans oublier le Cougar, le Fever Ray, le Ramona Falls et le Friska Viljor, présents dans le top global qui arrive bientôt. Et j’aurais pu mentionner Franz Ferdinand, Centenaire, Raveonettes Fink Eiffel low frequency Revolver ou The Mountain Goats…
Oh, dernier mot. Si tu n’aimes pas les classements, tu seras très heureux d’apprendre que je m’en tamponne. Sévère.
nuage de tags & best-of


Alias JP Coffe a dit :
1
d’laaaa meeeerde !!! voila ce que j’en dis de votre classement !!!
Martin a dit :
2
Oui c’est vrai, il y a de ça…
Florian a dit :
3
J’avoue qu’il est nul ce classement :p Non sérieusement, je cautionne carrément Mongrel et Rancid, faut que je tente Decoster, j’ai jamais écouté.
Martin a dit :
4
En fait le billet s’appelle classement mais y’a pas de classement. C’est juste une sélection… J’aurais pas pu moins bien choisir mon titre.
Benjamin F a dit :
5
Bon bah on sera tout de même trois à l’avoir défendu cette année ce Rancid (avec Thomas du Golb). Le texte est nickel, c’est vraiment exactement ça : la solution à une équation complexe pour un des meilleurs albums de punk de la décennie.
Je n’ai pas trop accroché sur le Sammy Decoster mais je trouve ça vraiment honnête et transparent de ta part de le citer ici. J’aime ces albums qui nous touchent et nous accompagnent sans que l’on sache trop pourquoi…
Olivier R. a dit :
6
C’est pas un classement ça, Monsieur Martin.
Et les numéros ? Ils sont où les numéros ?
Ils sont restés en 2008 les numéros ?
C’est quoi ce – passez moi l’expression – « fouillis » ?
Et ça vous envoie des demi douzaines d’albums (bon, une demie douzaine) à la tronche, et ça les classe même pas par ordre alphabétique. Résultat : on n’y comprend rien.
Alors oui, c’est pertinent, tout ça (à part Rancid, que j’ai pas écouté, tellement je suis pas d’accord), mais enfin, un peu de bon sens : comment voulez-vous qu’on s’y retrouve si c’est pas rangé ? (et je dis ça, c’est pas comme si de mon coté je balançais des pages entières de posts à rallonge à scroller avec des dizaines de trucs différents dessus hein…).
Sinon, continuez comme ça, le sonotone, hein, changez rien pour 2010, surtout.
Poutous.
OUUUUUUUhhhhhhh Yeaaaaahhhhh.
(je m’en lasse pas, je vais vous l’emprunter, un jour, ce Ouuuh Yeah, ou alors je vais décliner sur un autre truc dans le même genre pour faire style on est copains)
Martin a dit :
7
Monsieur Olivier RavarT.
Comme le dirait ce charmant Alias, vous êtes un con. Déjà. Bon. C’est un fait.
Votre syndrome du chevalier blanc là, à aller défendre tous les blogueurs, ça va bien deux minutes.
C’est pas parce que vous avez un des tous meilleurs blogs sur la musique que je lis, que vos billets on doit scroller des heures pour les lire mais on le fait quand même parce qu’ils sont sacrément drôles et que vous avez au moins 20 ans de plus que moi qu’il faut oublier que vous êtes avant tout un blogueur, et que par définition un blogueur est con.
Pourri jusqu’à la moelle, qui revend ses CDs sur Ebay, qui fait des tops moisis, qui crache sur les VRAIS indépendants et qui forme avec sa trentaine de compères une intelligentsia influente et redoutable.
Ne vous avisez surtout pas d’être aussi drôle, aussi intelligent, aussi pertinent et aussi essentiel en 2010 qu’en 2009. Sinon ça va barder.
C’était mes 10 minutes Alias.
Ouuuuuuuuuuuuuuuuuuh (wait for it) yeah.
Alias JP Coffe a dit :
8
@Martin: je ne l’aurai pas mieux dit moi même !
ouuuuuuuuuuuuuh Yeah !!!
Olivier R. a dit :
9
@ Martin
Me voilà bien feinté.
Me faire éreinter de la sorte par un prépubère de type lampadaire sur la tête, voilà qui ne m’arrive pas tous les jours. Je salue la performance.
Maximum de respect, Jeune.
Et maintenant que vous le dites, ça me revient : j’en tiens une sacrée couche.
N’empêche, ce classement est une parodie de classement, et c’est un amoureux des Tops de Fin d’Année dont à propos desquels On S’en Bat les Couettes qui parle.
Et que celui qui n’a jamais classé me jette le premier de son Top à la Con.
OUUUuuuuuuUUUUUUUUUH Yeah.
(Je crois que je vais opter pour « Yeah Yeah Yeah Yeah Yeah Boooyyaaaaaaaa. »)
Pirhoo a dit :
10
@Martin tu es le premier homme (enfant ?) à trouver un consensus avec Alias ! On est sur la bonne voie <3
@Olivier espèce de blogueur tendancieux et perturbateur, tu n’a que ça a faire de critiquer l’ordre qui sévit ici ? Tu ferrais bien d’aller vider ta bile ailleurs si c’est pour dire des méchanceté !
« Prépubère de type lampadaire » ça va aussi bien a Martin que « andouillette » te sied. Nous voilà bien entouré.
Musicalfelling a dit :
11
La vrais musique c’est dans le monde de l’electro swing que sa bouge pas mal après je ne connais pas très bien l’electro mais j’écoute du blues du jazz du rock du reggae du rap de la soul allant des années 30 jusqu’à maintenant tenez je vous file une playlist que j’ai trouver et y a que du putain de gros son. Cette playlist n’est pas de moi mais les instrus me font bander sérieux ! Sa swing sa bouge ça te fait partir sa te fait danser sa te fait bouger sa te fait décoller sa te prend sa te retourne et sa t’explose. Y a du cuivre de la voix et de la vrais qui a du charisme et qui viens tout droit des tripes. Franchement j’ai été déçut par la plus part de vos sons. Musicalement je suis très ouverts mais 80 % de vos trouvailles m’on fait chier les oreilles. J’ai pas tout écouter je parle peut être un peux vite mais pourtant je suis capable d’écouter autant du ella fitzgerald et billie holiday que du Guru jazzmataz et du tribe called quest en passant par du gros ska et de la minimal.
http://www.deezer.com/fr/music/playlist/24281378
D’ailleurs j’ai kiffé l’article sur le blues ça c’est ce que j’appelle du gros son et merci de m’avoir fait découvrir des musiciens comme ça (bessie smith je conaissais)