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Chronique d’Ay ay ay – Matias Aguayo

Chronique d’Ay ay ay – Matias Aguayo

Ay ay ay - Matias Aguayo (Kompakt)

Année : 2009
Genre : Electro latino et barrée
Chanson(s) préférée(s) : Menta Latte, Ritmo Tres, Rollerskate

8/10

Ay ay ay, le dernier album de Matias Aguayo est un pain béni pour n’importe quel chroniqueur musical vaguement littéraire, vaguement pédant, vaguement amateur de grandes formules définitives et creuses. Par exemple, pour amorcer cet album, je pourrais dire qu’il est dans son essence même un paradoxe musical puisqu’il s’agit de faire de la musique électronique avec le matériau musical le plus humain possible : la voix.

Matias Aguayo est producteur de musiques électroniques germano-chilien, habitué du label Kompakt duquel il truste les compiles annuelles depuis quelques années. Déjà l’an dernier avec son tube Minimal, il mettait tout le monde d’accord et annonçait un changement d’horizon musical en poussant un joyeux coup de gueule contre la techno aseptisée au kilomètre. Cette année, il est encore au-dessus de la mêlée avec son excellent Walter Neff sur la Kompakt 10. Il a également lancé son label Comeme il y a quelques mois. Bref, c’est un hyperactif.

Mais c’est surtout un sacré fêtard, un joyeux déconneur et un latino avant tout. Attaché à ses racines chiliennes, comme le sont ses homologues Luciano, Ricardo Villalobos ou Gabriel Ananda, il s’illustre pourtant avec Ay ay ay dans un domaine bien éloigné des contrées minimales et digitales (aux relents latinos certes) des trois hispano susdits. Ay ay ay est un album chaleureux, charnel, humain. Un hymne festif à la joie, au soleil, à la sueur, à la transe. Pourquoi ?

D’abord parce qu’en composant la majorité de son album en samplant sa voix (murmures, chuintements, chants, cris, glapissements, vrombissements, bourdonnements et des trucs innommables), Aguayo dépasse, détourne, surpasse, bref redéfinit le sens de la « musique électronique ». A l’écoute inattentive certains des morceaux il est en effet facile de ne pas repérer que la voix, la bouche, est le matériau basique de cet album. Sur Rollerskate par exemple, le son sonne tellement bien produit qu’on croirait entendre un « vrai beat de synthèse » (ahah, vous voyez, même dans le vocabulaire on ne sait plus comment si prendre), de la « vraie techno ». Alors que c’est bien un vrai-faux simulacre de synthèse qu’on a dans les oreilles.

Bien sûr il y a des éléments autres que la voix dans cet hybride entre beatbox et électro latino. Notamment les percussions, qui, lorsqu’elles ne sont pas imitées par Aguayo (l’excellent Menta Latte ou Rollerskate), sont des rythmiques latinos du meilleur effet (Lluvia de Sol, Desde Russia).

Mais que ce soit à la voix, aux percus ou aux instrus digitales ou non, cet album sonne absolument chaleureux. La voix d’Aguayo est un cadeau dont il a vite compris la portée. Berçant, traînant, entrainant, son timbre aigu aux relents latinos est toujours juste lorsqu’il s’agit du chant, où les chœurs et les échos tribaux se superposent de manière onirique sur Ritmo tres ou Ritmo Juarez… Mais c’est bien sûr au niveau du sample et de l’human beat-boxing que Matias Aguayo convainc le plus. Cette focalisation sur le plus primaire des instruments, la voix, donne à cet album une toute autre dimension. Ce n’est pas qu’un simple album d’électro festive et groovy. Il y a une réelle profondeur, une intuition, un travail, une passion derrière ce petit bijou qu’est Ay ay ay.

En étant bien plus qu’une production chaleureuse et dancefloor, ce deuxième album solo d’Aguayo confirme, premièrement, le statut à part du musicien germano-chilien sur la scène électronique ; et deuxièmement la tendance actuelle de la musique électronique à élargir ses horizons vers des sonorités « typiques ». Et c’est très bien comme ça.

Branche ton Sonotone

Pour aller plus loin

Ay ay ay sur MusicMe.

Hook and the twin – Bang Bang Cherry
Luke Vibert – Square Footage

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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