Chronique de Intuit – Ramona Falls
Ramona Falls - Intuit
Année : 2009
Genre : Freak-folk brillante et accessible
Chanson(s) préférée(s) : Going There Going Twice, Russia, I Say Fever, Clover, Melectric...
2010 a désormais débuté, et qui dit début d’année, dit soldes. Je vais donc la jouer fond de tiroir en vous parlant de toutes les bonnes galettes de l’année écoulée dont mon emploi de temps de ministre m’a empêché de parler ici (hum). Disques oubliés, mais pas bradés. Quatrième sur la liste, Ramona Falls. Disque un peu particulier, puisque Intuit est tout simplement un de mes albums préférés de 2009. J’ai donc beaucoup pinaillé pour publier cette chronique, je n’en suis toujours pas satisfait, mais la voilà.
Même si les affrontements sanglants ont rarement lieu en musique, imaginons un instant ce qui se passerait si la « révélation pop » de 2009, les américains Grizzly Bear, affrontait le groupe américain relativement anonyme Ramona Falls.
Ce match, c’est un peu comme quand l’équipe de rugby de France affronte, je sais pas moi, la Nouvelle-Zélande.
A première vue, des équipes qui jouent dans la même catégorie (la pop-folk « foutraque », freak-folk dirons-nous), de bons éléments de chaque côté, un parcours sans faute et une reconnaissance mondiale largement partagée. Seuls changent les pronostics et les chances qu’on veut bien accorder à chaque équipe.
D’un côté, celle d’un groupe installé dans le panthéon mondial, croulant sous les louanges et les hourras, qui n’a plus rien à prouver et dont le nom seul suffit à faire frémir les amoureux de leur art.
De l’autre, une équipe qu’on sait douée, qui nous a déjà fait vibrer, mais qu’on sait dotée de peu de chances pour rivaliser avec le monstre sacré, à qui on promet une victoire nette et sans bavure.
Oui mais voilà. La musique comme le sport dispose la grâce là où on ne l’attend pas. Cet album de Ramona Falls est un peu comme l’équipe de France en demi-finale de la coupe du monde de rugby 1999. Touché par la grâce.
D’un côté, l’équipe entraînée par Ed Droste a choisi l’option de de la complexification extrême, de la superposition instrumentale, des mélodies impossibles à saisir, des subterfuges, des combinaisons, des mêlées ouvertes, des cadrages débordement inattendus, ultra-travaillés, répétés des milliers de fois à l’entraînement. Le tout porté par des individualités incroyables, des musiciens doués et brillants.
Le XV de Ramona Falls a fait un choix plus sage, plus intelligent. En se rassemblant dans les fondamentaux. En n’oubliant pas que pour marquer, il faut avant tout aplatir le ballon derrière la ligne d’en-but. En abandonnant les subtilités tactiques sans fondement et en évitant les chausses-trappes qui se dressent sur le chemin de ceux qui prennent trop de détours. A force de courage, de ténacité, d’inventivité, ils déjouent les pièges de ceux qu’on avait annoncé gagnants.
Le groupe de Brent Knopf a décidé de ne pas s’encombrer de manières, et d’aller droit au but. Non sans grâce, non sans panache, non sans finesse. Au contraire. Mais cette finesse est la finesse des héros. Ceux qui n’ont pas besoin de forcer leur talent, de prouver à leur adversaire avant le match leur supériorité, ceux qui n’ont pas besoin de mises en abimes et de démonstration de puissance pour prouver leur valeur. De ceux qui se content de laisser parler leur talent et la formidable alchimie qui lient tous les talents du collectif (près de 30 musiciens !). Fourmillant de trouvailles, de courses de soixante-dix mètres, de coups de pieds lumineux, de drops inattendus, de trois-quarts agités, cet album est une fête, un bouillonnement essentiel, une potion miracle.
Le Grizzly Bear, inaccessible et pompeux, s’incline nettement devant un album qui a la première écoute paraissait anodin, sans danger ni panache, et qui se dévoile, impressionne et émeut au fil des écoutes. Les premiers réussissent là où les second échouent, en alliant talent, imagination et accessibilité. Si les premiers triomphent sur tous les fronts, les seconds, malgré les éloges, essuient une lourde défaite. La musique, comme le sport, dispose la grâce là où on ne l’attend pas.
Écouter
Going There, Going Twice est toujours disponible ici
Ramona Falls – Melectric
Ramona Falls – Clover
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Mmarsupilami a dit :
1
Très belle chronique!
Y a que le mot « foutraque » qui me laisse sceptique…
Florian a dit :
2
Tu sais que tu devrais être commentateur sportif…
Mutapop a dit :
3
Superbe son !
Florian a dit :
4
Excellent album ! Par contre la pochette est dégeu.
Branche ton Sonotone ! » Ramona Falls – Russia (nouveau clip) a dit :
5
[...] Falls c’est fait connaitre en 2009 avec Intuit, album comptant probablement parmi les derniers disques indispensables de cette première [...]