Chronique de Kitsuné Tabloid by Phoenix
Kitsuné Tabloid by Phoenix - Artistes divers
Année : 2009
Genre : Pop, rock et folk du XXe siècle.
Chanson(s) préférée(s) : I've been trying, Shipbuilding, Street Hassle.
Si vous n’avez entendu parler ni de Phoenix ni du label Kitsuné en 2009, vous êtes probablement sourd et je me demande comment vous avez pu atterrir sur ce site autrement que par hasard. Rappelons tout de même pour les retardataires que le fameux label a publié deux nouvelles compilations cette dernière année pendant que sortait son plus gros album, Wolfgang Amadeus Phoenix, qui se destinait à une renommée internationale. Rien que ça.
Cependant, il ne s’agit pas ici d’une Kitsuné Maison Compilation comme le label sait si bien en faire (2 par an depuis 2006), mais d’un Kitsuné Tabloid. Quelle différence ? Alors que les Compilations visent à faire découvrir les nouveaux talents du label, les Tabloids sont des albums laissant carte blanche à un artiste proche du label, ici Phoenix. On a déjà entendu le Kitsuné Tabloid (Compiled & Remixed by Digitalism), excellent album de musique électronique sorti en 2008 qui comprend pas moins de 24 pistes toutes plus épatantes les unes que les autres. Mais il s’agit ici de tout autre chose.
Au premier coup d’œil, on remarque que Kitsuné Tabloid by Phoenix est différent de toutes les autres compilations sus-citées. En effet, l’album a droit à une couverture digne de ce nom, loin des collages hasardeux et autres lubies informatiques que nous sert habituellement le label. Mais derrière cette différence de pure forme se cache toute la subtilité de l’album. La photo utilisée a été prise par Heli Bark dans la ménagerie du Palais de Versailles (d’où sont originaires les 4 compères, pour ceux qui ne suivent pas), ménagerie qui semble avoir marqué le groupe puisqu’elle est presque le fil conducteur de l’album. Oui, ça peut parait étrange comme ça, mais on retrouve ce thème zoologique tout au long du livret qui accompagne le CD.
Toujours est-il que ce Kitsuné Tabloid est bien loin des autres compilations du label à tendance électro-pop-rock : « Kitsuné Tabloid by Phoenix est une compilation événement de raretés qui ont changé leur vie. Voici donc le disque le plus sentimental et mélodique jamais sorti chez Kitsuné, sans doute aussi le plus érudit et le plus antique avec des perles qui datent des années 50 ». Le fil rouge de l’album est donc très personnel et intime : tout au long du livret accompagnant le CD, Thomas Mars et Laurent Brancowitz détaillent pour chaque morceau les raisons de leurs choix et la genèse de l’album.
D’emblée, la première piste donne la couleur : il s’agit du Love Theme de Kiss, morceau purement instrumental qui serait anecdotique si Brancowitz ne précisait pas que c’est un des morceaux qu’il reprenait avec Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, à l’époque où les trois compères formaient le groupe Darlin’. Oui, celui-là même qui fut décrit comme « a bunch of daft punk » par une critique du mythique magazine britannique Melody Maker. Inutile de préciser que le morceau de Kiss prend alors une toute autre saveur.
Tout comme celui-ci, les autres morceaux de l’album ont donc été choisis pour avoir influencé d’une manière ou d’une autre la vie des membres du groupe. Ainsi, on apprend que Victory Garden de The Red Crayola est « un morceau fondateur de l’esthétique [de Phoenix] », ou encore que Pyjamarama de Roxy Music faillit donner son nom au dernier album du groupe. Allez savoir pourquoi ils ont finalement choisi le prétentieux « Wolfgang Amadeus Phoenix »…
A coté de ceux-ci, d’autres pistes se savourent même indépendamment de l’histoire de Phoenix, tel I’ve been trying des Impressions. Ce groupe des années 60 nous livre ici un délicieux morceau dont Laurent Brancowitz nous dit à raison qu’il s’agit du « summum de la tendresse musicale », en avouant au passage que Phoenix vénère Curtis Mayfield, qui fut lancé par The Impressions. On comprend aisément cet avis en écoutant le morceau, à tel point qu’on se demande comment il a pu passer tant inaperçu depuis 40 ans.
Mais Phoenix s’attaque aussi à des artistes plus connus comme Urge Overkill, Dusty Springfield ou même Iggy Pop, qui nous livrent tous trois des morceaux d’exception couverts de louanges par Mars et Brancowitz. De même, Shipbuilding d’Elvis Costello reçoit sa part bien méritée de compliments, tant sur les paroles que sur l’instrumental. Il faut dire que personne ne restera indifférent à ces 5 minutes de pur bonheur, bonheur qui se mue en mélancolie dès que l’on saisit la profondeur des mots délicatement prononcés par Costello. Ca a l’air très niais comme ça, mais ce morceau est vraiment saisissant.
Vient enfin la dernière piste, « la pièce maitresse de la compilation » selon les mots de Thomas Mars : Street Hassle, de Lou Reed. Et oui, les jeunes français de Phoenix ont réussi in extremis à intégrer à leur compilation ce chef d’œuvre d’une des icônes du rock. Tout au long des 10 minutes du morceau et avec la mineure participation de Bruce Springsteen, Lou Reed nous emporte dans un conte sur l’amour et la mort dont on ne ressort pas intact.
Au fond, cette dix-huitième piste est parfaitement représentative de Kitsuné Tabloid by Phoenix : un long morceau de musique(s) avec ses hauts et ses bas, ses variations de rythme et de thème, ses moments qui vous donnent les larmes aux yeux et d’autres le sourire aux lèvres, le tout avec une cohérence presque irréelle. Un album à mettre entre toutes les mains.
On veut plus !
- Ecouter Kitsuné Tabloid by Phoenix sur Jiwa.
- Lire les commentaires de Thomas Mars et Laurent Brancowitz pour chacune des pistes de l’album.
- Ecouter Street Hassle de Lou Reed :
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V a dit :
1
Merci pour cette chronique ma foi fort intéressante. Un bon ami m’a fait découvrir cet album il y a peu, et je l’ai beaucoup apprécié! Je constate qu’il s’agit là de ton premier billet, qui me paraît très prometteur.
Amicalement,
V
pierre a dit :
2
C’est bien dit et ça donne envie !