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Chronique de Yom – Unue

[6 février 2010 | 2 Commentaires | 317 visites ]
Chronique de Yom – Unue

Yom - Unue

Année : 2009
Genre : Klezmer expérimental
Chanson(s) préférée(s) : Rêve de l'enfant, Petite Fille

8/10

Profondeur, introspection… que des trucs lourds et pesants à la première impression. Unue est la seconde « grosse production » de Yom qui nous avait précédemment beaucoup surpris et enjoués avec The New King Of Klezmer Clarinet. Pour mieux distraire notre écoutille, il s’est entouré de six acolytes : Denis Cuniot le pianiste toujours fidèle au poste, Wang Li le guimbardiste poète et accessoirement flutiste à calebasse, Ibrahim Maalouf avec sa trompette quart de ton, Farid D et son vibrant violoncelle et Bijan Chemirani aux percussions (Zarb, Daf, Bendir, Saz). Iuri Morar a lui, fait son beurre avec le Cymbalum.

Avec cette galette, Yom revient au « commencement » traduction littérale de l’espéranto « Unue ». L’espéranto se présentant comme une langue universelle, ce titre montre d’emblée sa volonté de toucher chacun d’entre nous par divers moyens, en employant la douceur comme avec Le rêve de l’enfant, l’étrangeté de l’air de guimbarde de l’Apparition ou encore la violence avec l’Apocalypse selon ce même Wang Li. Malgré des sonorités étranges, les mélodies s’insinuent et sont à la recherche d’une profonde réflexion sur la poésie de la musique dans son ensemble. Bien entendu, si vous avez aimé son précédent album, Yom ne peut pas s’empêcher de relancer quelques leitmotivs klezmorims notamment sur La Traversée qui redonnent de la vigueur à un album qui tend un peu à s’affaisser parfois.

Ma grande surprise sur cet opus a été la découverte d’Ibrahim Maalouf et sa trompette quart de ton. Ce jeune libanais nous offre un merveilleux duo avec Yom à la clarinette basse (qui n’enlève rien aux charme de la musique). Ibrahim a récemment sorti son album Diachronism. Cet élément trompettonesque marque dans l’album, tant il y a de la douceur et du coton dans son interprétation. Notons que le quart de ton fait son effet sur Petite Fille. Piste préférée, on peut y retrouver quelques sonorités de son intervention dans la BO de HOME. La clarinette basse sublime et rythme la piste, ce qui équilibre tout juste le grain final, mélange de finesse et de force.

Autre piste marquante est Rêve de l’enfant qui mêle légèreté et langueur sinueuse. On se promène au gré de la mélodie comme suspendu au fil des notes qui se poursuivent sans savoir où l’on va atterrir dans le rêve. L’inattendu se surpasse dans cette musique et l’on retrouve ce goût de la chute inconnue tout au long de l’écoute de l’album.

Nonobstant un effort certain d’homogénéité avec une piste Unue pour chaque musicien, on a du mal à trouver une cohérence dans l’album sur la longueur. Mais en effet, il est difficile, voire quasi impossible de laisser s’exprimer des personnalités si différentes sur un temps aussi court… et en plus les contraindre dans leurs recherches!

A mon grand regret, quelques musiciens se sont laissés effacer sur l’opus comme Farid D. qui n’intervient principalement que sur Unue (noyé dans l’album) avec quarante-neuf petites secondes de jeu (en voici un peu plus – malgré un son assez mauvais – sur Dailymotion). Wang Li est plus mis en avant, ses expérimentations sont assez particulières pour un sonotone non affuté mais il faut se soumettre à un contexte d’engloutissement total dans la musique et la poésie. Soyez surpris ! Il en faut parfois, Apocalypse m’a valu quelques heures d’écoute attentive pour trouver un bon feeling. L’explosion arrive au bout d’une minute et quarante huit secondes mais Yom et Wang Li nous y préparent et l’on se jette avec joie dans l’antre de l’enfer. Le rythme vous serre tandis que la guimbarde vous fait respirer, c’est juste une profonde expérience.

Cet album a le double tranchant d’être aussi oppressant qu’apaisant. De ce fait, durant la première écoute tout cela vous paraîtra surement très agressif et assez indigeste. Je vous conseille donc, pour mieux l’apprécier, de l’écouter au moins deux fois dont une en aléatoire car le fait que ce ne soient que des duos qui le compose montre une cohérence plus globale de l’œuvre.
La complicité entre les musiciens ne fait aucun doute maintenant, on passe au-delà de l’interprétation et de la technique, ce qui marque indéniablement ce travail d’un niveau haut de qualité.

Un point, par contre qui ne m’a pas du tout convaincue, est la « dédicace » de cet album à Giora Feidman. Autant Naftule Brandwein était bien représenté dans The New King of Klezmer Clarinet, autant ici en dehors de la tête chauve et de quelques rythmes bondissants, je n’ai retrouvé de Giora que son influence inaliénable du klezmer moderne que l’on peut retrouver dans n’importe quel autre jeu (professionnel j’entends).

M’enfin comme disait l’autre, ils jouent quand même excellemment bien. De plus, je trouve que rassembler des musiciens de nationalités toutes différentes est un symbole de plus de l’universalité de la Musique et ça n’augure qu’une bonne suite.

Et puis notez l’effort d’originalité : Au commencement à la fin du disque!  Un essai de plus vers le mouvement perpétuel !

Branche ton sonotone

Vidéo résumé


2 Commentaires »

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l' auteur, Caro