Chronique de The Renaissance – Q-Tip
Q-Tip - The Renaissance
Année : 2008
Genre : Aiguille dans une botte de foin
Chanson(s) préférée(s) : Life is better, Johnny is dead, Believe, We fight/We love, Getting up
Alors là je vois déjà l’audience gronder face à ce choix de chronique peu actuel. Malheureusement, je suis depuis quelques mois dans un trip d’adoration au groupe A Tribe Called Quest – dont Q-Tip est le leader au cas où certains ne le sauraient pas encore. Donc, je m’en vais vous conter – avec deux ans de retard je vous l’accorde – l’histoire de cet album que l’on peut légitimement classer parmi les meilleurs de ces dix dernières années. Toutefois, mon choix n’est pas aussi insensé qu’il paraît. D’une part, ce LP est le dernier de Q-Tip même s’il est vrai que l’on peut lui créditer une autre perle arrivée dans les bacs en 2009, Kamaal The Abstract. Sauf que – et là vous me voyez venir avec mon air malin de celui qui a toujours raison – ce dernier a été enregistré bien avant The Renaissance, dont la coloration musicale est incontestablement plus actuelle. D’autre part, Branche Ton Sonotone n’existant pas au moment de la sortie de cet album – l’artiste très proche d’Obama, programma la parution au jour de l’élection du « Black president », c’est-à-dire le 4 novembre 2008 -, il paraissait inconcevable de passer à côté d’un disque d’aussi bonne facture.
Ne vous inquiétez pas, malgré ma passion débordante pour cet artiste et son œuvre, je vais présenter The Renaissance de manière à être le plus objectif possible. Promis. Bien avant de passer à l’écoute des douze titres qui composent la galette, arrêtons-nous un court instant sur la pochette proprement dite. Je sais qu’après mon évocation négative de celle de l’album de Raekwon dans ma chronique précédente, j’ai l’air d’un fétichiste névrosé mais l’illustration mettant en scène Q-Tip a tout son sens. La pochette en présence rappelle tout d’abord l’esthétique du clip du titre de Raphael Saadiq, Get Involved, sur lequel posait Q dix ans plus tôt. A l’époque, les personnages se baladaient avec des télés à la place de leur tête. Ici, ce qui fait office de tête à notre MC est une MPC 2000XL. Derrière ce terme barbare se cache l’instrument de base de tout bon producteur de Hip Hop. C’est grâce à lui que notre artiste a pu concocter les trois quarts des sons de l’album – dix titres sur douze – ne laissant que des miettes au regretté J-Dilla, fidèle compagnon de route disparu en 2007 et auteur du très soul Move. L’autre morceau ayant eu recours au talent d’un autre producteur s’intitule Won’t trade – incrusté de samples de Ruby Andrews – et est l’œuvre de l’anglais Mark Ronson que l’on a notamment pu voir aux côtés d’Amy Winehouse ou encore Lilly Allen. La MPC n’est toutefois pas la seule marque de fabrique de cet album qui a aussi la particularité – pour un album hip-hop – de faire appel à une flopée de véritables musiciens comme le guitariste Kurt Rosenwinkel, présent sur le titre final Shaka, et qui collabora également à l’album Kamaal The Abstract.
Venons-en à la teinte musicale de l’album. Q-Tip est resté fidèle à sa ligne de conduite adoptée depuis les années ATCQ, un mélange de jazz-soul-hip-hop qui déroute aussi bien les partisans d’un hip-hop « de la rue » aux sonorités rudes que les adolescents abreuvés par les bruits stridents des navets de Flo Rida ou autres Soulja Boy. Ça c’est dit. Les groupies de Q-Tip sont donc souvent plus proches de la trentaine, et vivent dans la nostalgie du début des 90’s, une époque où Q et ses amis des Native Tongues arboraient des habits bariolés pour chanter des discours non-violents. Tout ça est malheureusement bien fini mais l’auteur de The Renaissance en n’oublie pas pour autant son passé. Ainsi, les featurings de son album sont de vieilles connaissances puisque deux larrons – membres du célèbre collectif Soulquarians - constituent les têtes d’affiche de ce LP. Le bankable Raphael Saadiq pousse la chansonnette sur le déroutant We fight/We love – jouant sur l’ambigüité sempiternelle entre combat pour l’amour et la guerre au sens strict du terme – alors que le sérial lover D’Angelo vient susurrer quelques mots – sa marque de fabrique – sur le très spirituel Believe. Deux femmes posent pour la parité sur cet album où la légèreté – à travers les sonorités employées – prime lorsque l’amour est omniprésent. Norah Jones épouse parfaitement les contours de l’instrumentale de Life is Better, dont la combinaison pleine d’émotion avec Q-Tip symbolise parfaitement l’ode faite au Hip-Hop.
On pourra peut-être regretter le fait que notre rappeur ait un peu plongé dans la facilité en cédant à la mode du « naming », puisqu’il ponctue son couplet presque uniquement de noms d’MC’s de légende dont il croisa le chemin durant sa longue carrière. Quant à Amanda Diva, elle philosophe en compagnie de l’ex-leader des A Tribe Called Quest sur les relations hommes/femmes sur Manwomanboogie. L’amour est à nouveau le thème du déprimant You qui met en scène l’homme dans sa tristesse la plus profonde au moment de se remémorer l’être aimé mais désormais absent. A noter deux autres excellentes tracks qui ponctuent cet album constant – tant dans la qualité proposée que dans le style cohérent qui est imposé -. Ainsi, les titres Johnny is dead – qui n’est pas une prédiction scabreuse sur l’état de santé de notre Johnny national, je vous rassure – et Gettin up – premier single de l’album – prolongent le plaisir de l’auditeur en adoptant certaines touches frôlant la pop à certains moments. Alors que The Renaissance regorge de trésors à l’image des titres précédemment cités mais aussi du groovy Official, le morceau Dance on Glass semble un cran en dessous. On peut imputer la baisse de régime de Q-Tip au trop long a capella qui débute ce titre assez court.
Cette revue en détail de la richesse de l’album semble toutefois trop brève pour en retranscrire toutes les qualités. Aussi bien le son, que les thèmes abordés à travers des textes très travaillés nous permettent de ranger The Renaissance dans la catégorie des classiques indispensables. La critique de l’album qui a pu être faite – par des journalistes américains notamment – sur l’absence de légitimité de Q-Tip à représenter la rue n’a aucun sens. Bien sûr, ce rappeur n’est pas le stéréotype du gangster visible sur tous les médias et on peut s’en réjouir. Acteur du passé, conscient de l’héritage qu’il incarne, Q-Tip a marqué les esprits en faisant bouger les B-Boys dans des temps anciens. La fougue caractéristique de la jeunesse n’est malheureusement pas éternelle. Si cette dernière s’est peut-être envolée, l’envie du MC de continuer à propager un message « Peace, Love, Unity and Having Fun » dans une ambiance soul/ jazz constitue l’essence même du Hip-Hop.
Aller plus loin :
Q-Tip (feat R. Saadiq) – We Fight / We Love
- L’album sur Spotify
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Kris a dit :
1
Mieux vaut tard que jamais !
Benjamin F a dit :
2
Ca va faire plaisir au Dr Francknfurter ça !!!
Edu a dit :
3
Ca écoute du bon son ici !
« On pourra peut-être regretter le fait que notre rappeur ait un peu plongé dans la facilité en cédant à la mode du « naming », puisqu’il ponctue son couplet presque uniquement de noms d’MC’s de légende dont il croisa le chemin durant sa longue carrière. »
pas faux pas faux ! en même temps ces noms de légende sont cités avec un tel flow par la voix unique de Q-Tip que c’est magnifique !!
Norah Jones est exquise. Cette fille devrait se mêler plus au Hip Hop ! ça donne que des merveilles ! (« Soon The New Day » avec Talib Kweli)
Chansons Préférées :
- Life is Better, tout simplement magique
- Official, waoh j’adore !
Byghosta a dit :
4
Bien sûr qu’il n’y a que du bon son ici
C’est vrai qu’on ne se lasse pas de la voix et du flow de Q-Tip qui restent en plus d’une constance incroyable depuis la fin des 80′s.
Et je suis tout à fait d’accord avec toi sur Norah Jones! La chanson que tu cites avec Talib Kweli étant pour moi la meilleure de l’album « Eardrum », avec cette production magistrale du génial Madlib