Chronique de Goodbye – Koudlam
Goodbye - Koudlam (Pan European Recording)
Année : 2009
Genre : (En)fin du monde
Chanson(s) préférée(s) : Love Song, See you all, Middle, Goodbye, Wave of mutilation
Un plateau déchiré, des pierres à l’abandon et du vent qui siffle. Tout est gris y compris les nuées vagues trouant la voûte lourde. Tout est tombé. A peine encore quelques hangars, bruits de tôles, PVC, chiens errants, boîtes de conserve. Masses informes grouillantes s’enflant dans des petits tertres de cendres. Il ne reste plus rien. Plus rien du passé, plus rien de l’avenir, plus rien du présent. Fumée, rideau. Il y a encore quelques hommes, dans le loin.
Un écran géant surplombe les ruines. Il montre des belles images de nature morte en accéléré. Devant un homme est debout. Il porte des lunettes de soleil. Il chante. Il danse. Il parle de la mort, du froid et des dauphins.
Bientôt, il y a à nouveau de la vie autour de cette mise en scène. Le son émane du cœur de chaque homme. Il n’est semblable à nul autre. L’homme aux lunettes rit et rit encore et derrière lui on voit des Mayas jouer au ping-pong sur du Philip Glass. Anachronisme et magma sonore, la musique enfle, bourdonne, prend possession des corps demi-morts. Ils vivent. L’absence d’espoir chante et sa voix est comme la caresse d’un poignard rouillé.
Rien n’a jamais eu autant d’intensité. La ronde s’accélère se disloque se mélange se tord se frappe et c’est tout ceux qui restent encore qui sont là et exultent crient agonisent et revivent dans un magma sonore poignant. L’homme reste immobile et ne s’arrête pas. Derrière lui un spectacle d’images insensées, de vieilles images, des choses construites, détruites et disparues à jamais. Des immeubles, des idoles, des totems. Les harmonies se font de plus en plus pressantes, les sons se confondent et le miracle opère. Il y a des hommes à perte d’horizon. Tout fait sens. Quelque chose est possible.
Soudain l’écran est canon feu et guerre et les hommes dansants deviennent fous se mangent entre eux. Tout est sang et violence. Pourtant l’instant d’après les hommes les chairs tremblent, s’agitent et se rencontrent, car tout n’est plus qu’amour. Il n’y a plus rien. L’homme aux lunettes est immobile, il chante encore. Il est la violence, la fin, la peur, l’amour, l’espoir, la nature, la guerre et la vie. Démiurge du néant. Platitude des mots et plénitude de la musique.
Il faut fermer les yeux, écouter le silence, apprécier la fin, saisir le frisson et regarder les murs nus de sa chambre. Rien n’a changé, nous sommes aux XXIème siècle, l’intellect s’agite entre les plis de nos pauvres âmes et notre faconde n’a pas cessé un instant : sens, non-sens, post-modernité, nihilisme, écologie, prix du pétrole et IVG.
Pourtant durant 57 minutes les mots, les miens, surtout les miens, ont perdu leur poids. Goodbye, de Koudlam, est un album-infini qui nous fait nous sentir partie d’un tout et d’un rien. Un paradoxe musical cosmique et bouleversant où se côtoient douce violence et mélancolie déchirante. J’ai mis un temps fou avant de me décider à écrire une chronique de cet objet, partagé entre la peur de ne pas être à la hauteur et le désir absolu d’en parler autour de moi. Je ne serai jamais satisfait car ce Goodbye rend caduc tout effort de critique, de restitution. A peine quelques sensations, quelques décors peuvent être imaginés. Oui, c’est un album apocalyptique, une chronique de la fin, du néant. Oui, c’est un album époustouflant de maîtrise technique, qui convoque tour à tour rave, punk, folk, new-wave, kraut, psychédélisme ou electronica au sein de morceaux sculptés dans une matière sonore mutante, à la fois limpide et trouble, torrentielle et retenue… Oui, chacun des 12 morceaux est un petit chef-d’œuvre bouleversant : des rires mêlés jusqu’à saturation d’Opening à l’époustouflante balade mélancolique et distordue de Hole, on se perd dans les bouillonnements déchirants de Brother et les rythmes tribaux de Flying over the black hills with crazy horse, on s’agite avec l’épique Middle et les violons discordants See you All et on renaît, violemment, dans un Love Song rave-punk-new wave qui souffle l’énergie vivante du désespoir. Puis on meurt, simplement, avec Goodbye « but tonight is the end, and no one will survive, i’m telling you… goodbye » . Wave of Mutilation, une apocalypse sonore sur nos corps refroidis. Quelques soubresauts, et l’immobilité.
Goodbye est un album qui ne laisse pas indemne. C’est un voyage sonore et visuel qui touche différemment au cœur de chacun. Mélancolique, vivant, beau, apocalyptique, violent, lumineux, désincarné, désespéré, nihiliste, doux, cet album est tout cela à la fois. Goodbye est un champ de cendres baigné d’une lumière irréelle. Et Koudlam est un futur grand. Chapeau.
Plonge dans l’entropie
- Le myspace de Koudlam.
- Goodbye sur MusicMe.
- Le site de Pan European Recording, le label de Romain Turzi, qui produit Koudlam.
- Le site internet de Cyprien Gaillard, artiste contemporain avec lequel Koudlam a beaucoup travaillé au sein de divers projets visuels et notamment la mise en image de See you all.
nuage de tags & best-of


Zora a dit :
1
super!
Ludwig a dit :
2
bravo pour l article et la musique, koudlam c’est de la tuerie herzégovine