Chronique de Wu Tang Chamber Music – Wu Tang Clan
Chronique de Wu Tang Chamber Music - Wu Tang Clan
Année : 2009
Genre : Hip Hop Shaolin
Chanson(s) préférée(s) : Radiant Jewels, Evil Deeds, Ill Figures, Sound The Horns
Ne vous réjouissez pas trop tôt, ce n’est pas le retour tant attendu du Wu Tang Clan. Vous savez ce groupe mythique composé de huit rappeurs – Method Man, U-God, Ghostface Killah, Inspektah Deck, Raekwon, Masta Killah, GZA, RZA et feu Ol’ Dirty Bastard – qui fit la pluie et le beau temps sur le New York des 90’s. Le Wu originel – précurseur dans un grand nombre de domaines comme notamment celui de l’utilisation intensive du sampling – était porté disparu. L’ère glorieuse du crew de Staten Island semblait révolue aux vues de leurs apparitions postérieures à la mort d’Ol’ Dirty Bastard en 2004. En témoigne 8 Diagrams, le dernier opus médiocre qu’ils sortirent en 2007 et dont on ne peut pas dire qu’il souleva les foules. Quant aux projets solos des membres du Wu, ils continuent de façon irrégulière à alimenter le marché avec quelques petites réussites comme le Fishscale de Ghostface Killah sorti en 2006 ou encore – comme vous avez pu le lire sur BTS il y a quelques mois – le deuxième tome de la série des Only Built IV Cuban Linx concocté par Raekwon. Quand on est fan de la première heure, on reste un peu sur sa faim. Donc on grignote à droite et à gauche dans les tiroirs renfermant les exploits passés des shaolins new-yorkais. C’est peut-être la seule solution du pauvre résigné que je suis. Ou pas.
En effet, si les belles surprises ne se trouvent pas forcément au rayon des albums du Wu Tang, c’est bien au milieu des centaines – que dis-je – des milliers de mix tape ou de compilations publiées chaque année aux États-Unis qu’il fallait fouiller. Le groupe est d’ailleurs depuis toujours friand des sorties sous ce format plus court et éclectique comme il avait pu le faire à travers la saga des Wu Banga. Dans l’attente d’un prochain album dont on n’a toujours aucune nouvelle, le Wu Tang nous offre une compilation de bonne facture intitulée Wu Tang Chamber Music. Dès le départ, les bases semblent bien posées au regard le titre de la galette : l’allusion faite aux « chambers » des films de Kung Fu dont ils s’inspirèrent semble annoncer un retour aux sources. Dans cette même perspective, les samples tirés de ce type de films sont légions au sein de cet album. Pour faire court mais efficace, le groupe a tranché dans le vif : 35 minutes en tout et pour tout, c’est bien la longueur de l’agglomérat assez homogène formé par les 17 titres de Chamber Music. On peut d’ores et déjà nuancer cet aspect – pourtant positif au premier abord – en soulignant la présence inutile de 9 interludes généralement orchestrés par le producteur exécutif du CD, j’ai nommé RZA. Outre ces excès de fainéantise, ce dernier a su plutôt bien s’entourer pour donner une teinte soul à certains morceaux habilement intégrés à l’atmosphère sombre de l’opus. A ses côtés, sont surtout présents deux producteurs au cursus très différent : le jeune Noah Rubin – qui a aussi collaboré avec les Maroon 5 et c’est à peu près tout – mais aussi un étrange personnage prénommé Fizzy Womack. En fait, le bonhomme n’est autre que Lil’ Fame, membre éminent du célèbre duo enragé M.O.P. Je dois avouer avoir été assez étonné de cette collaboration peu habituelle mais le résultat parle pour lui-même.
Les instrumentales saignantes comme on les aime ne seraient rien sans une tripotée de rappeurs triés sur le volet. A ma gauche, cinq membres du Wu puisque Masta Killah, Method Man et GZA manquent à l’appel. Ces absences ne sont au final pas vraiment préjudiciables tant les featurings conviés apportent une puissance certaine à l’album. A ma droite, des MC’s de légende – telle une Dream Team rassemblée pour l’occasion – viennent battre le fer tant qu’il est encore chaud. Ainsi, l’éternel espoir A.Z vient poser sur le jazzy Harbor Masters, track sur laquelle Inspectah Deck semble avoir presque retrouvé tous ses moyens. Un autre mal-aimé du rap américain vient déchirer littéralement l’excellente Radiant Jewels: c’est Cormega qui n’a d’ailleurs rien à envier au colosse Sean Price, venu grogner à ses côtés. Entre deux samples de chants grégoriens, le vétéran Masta Ace ferme le bal sur l’incisive Kill Too Hard. Autre membre du Juice Crew présent en guest sur Chamber Music: Kool G Rap, incarnation du découpeur, qui sait malgré tout calmer ses ardeurs en gardant un flow parfait sur l’intrigante Ill Figures. Sur cette dernière, le binôme formant le groupe M.O.P vient comme à son habitude brailler de manière paradoxalement élégante dans le cas présent. Quant à Havoc de Mobb Deep, il se montre à son aise sur Evil Deeds alors que Sadat X du groupe Brand Nubians participe au feu de joie sur Sound the Horns.
Après cette liste impressionnante de MC’s à la dent dure, le Wu n’a pas oublié d’inclure une touche groovy par l’intermédiaire du chanteur Tre Williams sur le titre I wish you were here qui semble faire un peu tâche au sein de ce monde de brutes. On frise quasiment avec le Bollywood dans le refrain de NYC Crack, entonné par la voix grinçante de la chanteuse néerlandaise Thea van Seijen, nouvelle protégée de papa RZA.
En résumé, la qualité de Wu Tang Chamber Music réside principalement dans les performances des rappeurs du groupe et de leurs invités de marque. Tout cela servi sur des instrumentales qui rappellent par moments les heures de gloires du Wu, ça laisse rêveur. L’avenir du crew s’inscrit cependant en pointillé puisque la seule sortie prévue sera l’œuvre de trois de ses leaders que sont Method Man, Raekwon et Ghostface, dont l’album commun sera dans les bacs le 9 mars prochain.
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