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Chronique de Condors – Nerdy

Chronique de Condors – Nerdy

Nerdy - Condors

Année : 2010
Genre : Anti-concept
Chanson(s) préférée(s) : Apples and Pears, Scattered, Condors

7/10

Un truc qui titille particulièrement les orgueils névrotiques des journaleux musicaux et de leurs collègues, nous autres, les blogueurs à la sauvette qui se masturbent sur les mêmes objets sonores, bref, ce truc qui titille nos orgueils, c’est d’inventer des genres musicaux. A l’heure de l’ultime fusion des genres apparus tout au long du XXème siècle, il est encore amusant semble-t-il de théoriser le break-2-step-rock-feodal-rap-core, nouvelle mouture d’un breakbeat chrétien mâtiné de grime aux relents de dub pas si éloigné d’un crossover exquis entre Elvis Presley et Monteverdi.

Bref, Nerdy, le groupe qui nous occupe ici est de l’espèce à exciter cette espèce d’imagination suante du blogueur amateur ou du journaliste des Inrocks. Nerdy, c’est quoi ? Promis, en pleine cohérence avec mon accroche anti-j’invente-un-genre-pour-décrire-la-musique-d’un-nouveau-groupe-ou-artiste, je ne vais pas faire fusionner ici le dubstep, le rock et la funk, la dite world music et l’electronica de bon aloi.

C’est quand même un peu tout ça Nerdy quand même. J’abandonne donc mon accroche qui sent bon la bullshit…

En gros, tout ça pour dire que Nerdy n’est de toute manière pas du genre à se faire subsumer. Nerdy veut montrer à toute la profession du journalisme musical et aux amateurs du dimanche qu’il est au-delà de toutes ces considérations intempestives.

Nerdy, c’est un groupe anglais (Chris Amblin et Matt Parker et leurs machines) aux milles influences qui font chanter une japonaise (Ayu Okakita). La demoiselle, il faut bien le dire, doit être fan de Björk pour se croire devoir l’imiter sur la moitié ce disque nommé Condors. Lorsqu’elle ne se prend pas pour l’islandaise hystérique, elle parvient tout de même à sublimer des productions instrumentales d’une richesse folle et d’un éclectisme ahurissant. Il y a réellement un gros potentiel derrière le premier essai du trio. On sent que les deux compères aux machines maitrisent les rouages de la programmation musicale et de la subtilité rythmique qui en découle. L’agencement des sons prend aux tripes et témoigne d’une belle profondeur. A croire que la musique électronique, puisqu’il s’agit majoritairement de cela, est la musique la plus organique qui soit. A croire que cette musique si froide soit la plus chaleureuse.

A42 appelle en renfort des grosses et rondes basses de Drum and Bass pour exciter l’arrière-train d’une electronica ornithologique. Sur Apples and Pears, Nerdy aime bien faire vrombir ces mêmes basses sur une rythmique dub, il aime surtout rajouter des chœurs d’une douce clarté et faire vibrer les cordes sensibles et vocales de sa chanteuse. Dans cet melting pot savoureux apparaissent quelques guitares aux accents acoustiques et des éléments noises histoire de brouiller savamment les pistes. Une grande chanson donc. Four Layers Of Pink n’a que l’avantage noisy et ambiant de faire la transition vers un Squid Cat Battle sacrément schizophrène. D’ailleurs, l’identité c’est un peu le crédo philosophique de Nerdy. Qui me fait faire cette musique ? Et qu’est-ce qu’elle est ? Pourquoi un titre tel que Scattered semble faire se rencontrer un groupe stoner tel que Queen Of The Stone Age et Squarepusher ?

Pas de réponse. Mais que de jouissance avec le titre éponyme et sa traversée dubstep à guitare mélancolique.

Swan Ocean, pas trop terrible après le bon son qui précède, joue une downtempo rêveuse une peu trop ennuyante. Where The Dead Birds Go pose une question extrêmement intéressante mais n’offre qu’un sentiment équivalent au morceau précédent. Bien dommage tout ça.

Huit titres (dont les deux derniers sont du genre intrus dispensables), cela parait peu, et cela l’est, mais Condors offre toutefois en un temps très bref l’opportunité d’avoir découvert un son qui pourrait bien être majeur dans les 010 qui vont suivre.

Post-scriptum : vous remarquez donc, que, outre inventer des genres musicaux, le journaliste ou le blogueur aime faire œuvre de prophétie musicale. Quel connard ce mec.

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l' auteur, Mutapop

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