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Chronique de Plastic Beach – Gorillaz

Chronique de Plastic Beach – Gorillaz

Gorillaz - Plastic Beach

Année : 2010
Genre : Melting-pop
Chanson(s) préférée(s) : Rhinestone Eye, Empire Ants, Cloud Of Unknowing, Plastic Beach

7/10

Une chose est sûre : ce Gorillaz était très attendu. Pas étonnant : cinq ans se sont écoulés depuis la sortie de Demon Days, le dernier album du groupe. Entre une tournée de reformation avec Blur, sa collaboration à la très belle parenthèse The Good The Bad and The Queen et son opéra Monkey Journey To The West, Damon Albarn n’a pourtant pas chômé. Après une si longue absence et autant de projets, les rumeurs allaient bon-train : ce nouvel album serait celui d’un nouveau départ, ce Plastic Beach allait redéfinir le son Gorillaz. « On a sérieusement élevé le niveau » nous confiait Murdoc quelques semaines avant la sortie de ce tant attendu Plastic Beach. Verdict.

C’est une myriade de featuring qui attend l’auditeur tout au long de cette plage en plastique. Et pas des moindres, puisque les noms de Lou Reed, Paul Simonon et Mick Jones (pour leur première collaboration depuis le Clash), Mark E. Smith (The Fall), Snoop Dogg, Mos Def, De La Soul et de Bobby Womack (entres autres) figurent sur la liste des invités. Entouré de la crème du soul, du hip-hop et du rock, l’objectif de Gorillaz est aussi simple qu’il est ambitieux : proposer un disque majeur de cette nouvelle décennie, à un moment où les frontières musicales n’ont jamais été aussi changeantes.

Si cet objectif est quelque part loin d’être atteint, ce Plastic Beach n’en est pas moins un disque essentiel d’un début d’année en demi-teinte. Pourtant, ce qui frappe dès la première écoute, c’est l’absence de single. Pas de Feel Good Inc. De Clint Eastwood, point. Le but n’est pas là. Gorillaz joue désormais à un autre niveau. Les productions sont plus massives, plus imposantes. Les turbines vrombissent, le ton se fait menaçant et les beats assourdissants. Ce Plastic Beach est avant tout une machine de guerre, qui ne fait pas de détail et sacrifie les trouvailles mélodiques et la folie douce à l’efficacité brute. Car à peu d’exceptions près – notamment le prodigieux Rhinestone Eye qui domine d’une tête les autres compositions de l’album – Murdoc et sa bande ne font pas de quartiers : de Gleeter Freeze à Empire Ants en passant par Stylo, ce disque dispense les beats et les hymnes à danser sans parcimonie. Il y a fort à parier que d’innombrables remixes vont se mettre à fleurir dans les prochaines semaines.

Mais si ce disque marque l’avènement du featuring comme processus créatif principal du groupe, il symbolise surtout l’effacement de Damon Albarn. S’il survole l’album, faisant tantôt les chœurs tantôt assistant l’invité sur le refrain, il n’apparaît distinctement présent que sur quatre titres, dont deux mauvais (On Melancholy Hill et Broken). Il est loin le temps où on avait l’impression que le Britannique était le seul maître à bord. L’infâme Murdoc aurait-il définitivement pris le pouvoir ? Ce qui est sûr, c’est que les invités ne déméritent pas : que serait la poignante Cloud Of Unknowing sans la voix sublime de Bobby Womack ? Que serait Empire Ants sans la voix nimbée d’irréel de Yukimi Nagano, chanteuse du groupe suédois Little Dragon ? A quoi ressemblerait la folle Superfast Jellyfish sans la présence du légendaire De La Soul ?

On trouvera à ce disque de nombreux défauts, paradoxalement les mêmes que ceux qu’on a toujours trouvé au groupe : dispersé, hétérogène, un brin fanfaron. Si ces reproches ne sont pas dénués de fondements, Plastic Beach reste une preuve supplémentaire du génie de Damon Albarn, arrangeur brillant, compositeur de génie, sachant s’entourer de ce que la scène musicale passée et présente a fait de mieux. Ce disque laissera pas mal de fans sur le bord du chemin. Car oui Gorillaz a changé : il est plus lisse, plus dansant, moins bariolé, moins bricolo, moins rock’n’roll, paradoxalement plus difficile d’accès.

Snoop Dogg ouvre ce nouvel album de Gorillaz en assénant que la révolution sera télévisée. Il y a quarante ans tout juste, Gil Scott-Heron déclamait l’inverse. Rejeton bâtard d’un monde musical chamboulé, Gorillaz poursuit son bonhomme de chemin, avec ses ornières et ses coups de génie.

Plastic Beach sort aujourd’hui dans tous les bacs !

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l' auteur, Martin

Touffe blonde sociopathe à double arceau rotatif.

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