Chronique de Big Echo – The Morning Benders
Big Echo - The Morning Benders
Année : 2010
Genre : pop indé sépia
Chanson(s) préférée(s) : Promises, Excuses, Hand Me Downs
Il y a une idée assez paradoxale à laquelle je tiens depuis un bout de temps, c’est que la musique sollicite de nombreux autres sens que celui offerts par nos deux oreilles. Et comme j’aime le préciser dans mes chroniques, certains albums ont une véritable saveur quand d’autres dérangent même jusqu’à notre transit intestinal. Et bien ce Big Echo de The Morning Benders, je l’identifie par l’usage de mes nasaux, autrement dit: grâce à son odeur.
Sur Wikipedia, on peut lire à propos de l’Olfaction, un paragraphe assez poétique:
Les molécules odorantes arrivent soit directement par diffusion dans le mucus, soit sont prises en charge par des protéines de transport (odor binding protein ou OBP) qui permettent aux molécules hydrophobes – majoritaires – de pénétrer dans le mucus recouvrant l’épithélium, et ainsi d’atteindre les récepteurs membranaires présents sur les cils des neurones olfactifs. On pense que ces protéines de transports concentreraient les molécules odorantes sur les récepteurs membranaires.
Et là, « mais c’est bien sûr » me direz vous. Oui et non, mon petit. En bon porte parole de la pédanterie ordinaire, j’affirme l’infime infirmité de cet axiome qui limite l’odorat à une pragmatique perception sensible. Il est de très mauvais goût d’associer uniquement ce sens à une mécanique aussi logique que grotesque (dans notre situation), de transition de substance et agencements chimiques en tous genres.
Je soutiens une vérité simple et non dénuée de sens, qui débute en disant que nul autre que le cerveau sait interpréter les signaux de nos nasaux. Quand bien même ce dernier voudra nous faire grâce de ses commentaires, il dépend toujours de cette encéphale (qui à l’instar du cou, nous tient tête) de duper cet orifice par lequel l’odeur est entrée. Simuler l’odatus et les gourmandes émotions qui en résultent, voilà une idée qui fait son chemin.
Et pour les scientifiques qui viendraient réclamer leur reste à coup de théorèmes et de postulats invérifiables, je leur demanderai de considérer les points suivants.
Big Echo – rappelez vous, c’est ce qui nous intéresse - est un album olfactif. Nonchalamment, il suit un cycle auquel nous somme très naturellement habitués: il rentre par un trou et ressort par un autre, non sans y laisser des traces. Poussons le vice jusque dans ses retranchements, vous vous en doutez bien, pour apprécier cet album il a bien fallu que je me l’introduise là où je pense: dans les oreilles bien évidement. Et c’est à cet instant que la surprise nous convie à sa table: par un malicieux rouage de l’esprit, c’est à plein nez que nous respirons l’odeur du bruit, l’odeur du gros écho.
La valse du premier morceau (Excuses) se dote d’un parfum aussi singulier qu’évocateur. Imaginez ces vieilles ampoules au filament grésillant, au dessus d’un tout aussi vieux comptoir de café, devant lequel s’allongent les planches en bois d’une piste faiblement éclairée. Il y a l’odeur du café, du bois mouillé et des nappes en coton tout juste repassées. Les jupons tournent aussi vite que les heures passent et on entend chanter une voix d’un autre âge dans un micro que domine à peine l’orchestre. Ni saturée, ni trop lissée, la musique donne à la scène le charme d’une pop couleur sépia.
Eh oui, c’est une caractéristique indispensable que le romantisme chez The Morning Benders. Wet Cement à peine plus loin, reprend des volutes similaires, qui confondent cette fois-ci l’odeur du café froid aux effluves d’un bouquet de roses juste fanées. Tout aussi fleurs bleues, un petit moins joyeux (même sentiment sur Pleasure Sighs).
Et puis il y a d’autres titres qui d’entrée de jeu nous apprennent à taper partout. Promises illustre cette tendance avec vigueur en nous déplaçant quelques vertèbres. Ce titre n’a pas qu’une seule odeur, c’est une profusion qui mélange toutes sortes d’ingrédients, un souffle de vent en quelque sorte. Chris Taylor (Grizzly Bear) a bien compris le mix qui conviendrait à ces gars-là et sur ce titre comme sur tant d’autres, un formidable jeu de guitare vient se frotter à des chœurs enivrés. Quelques pistes après avec Cold War(Nice Clean Fight), on hume l’odeur de la terre mouillée: la pluie s’abat d’abord sur les feuilles dans un clapotis assourdissant, avant d’inviter nos corps à se dodeliner au grès du rythme.
Puis il y a le souffre pour nous calmer un peu (Sleeping In). Pas n’importe quelle odeur de souffre, celle de la poudre à canon, de la détonation. Cette sensation, nous la vivons au contact de la foule. Nos têtes sont prises au piège entre des silhouettes fantomatiques, transportées par l’echo lointain d’un chœur mélancolique, elles se plongent peu à peu dans l’étourdissement. Il y a quelque chose dans l’air qui transperce nos carapaces d’humanoïdes dénaturés. Lorsque les fusées décollent, que l’explosion court sur les astres, le feux et la lumière nous effleurent de leur panache mais qu’importe; l’hypnose est telle qu’il ne reste rien de notre sensibilité.
N’en déplaise aux sceptiques, Big Echo est un album qui trompe nos sens, fait avec minutie, dans l’émotion et qui ne laisse rien au hasard. Sans faux pas, il surprend par ses demi-teintes un peu has been, un héritage charmant du hippie West-Coast des 60s. C’est aussi un album couleur sépia, une pop fusionnelle et profonde qui ne ménage ni l’orchestration ni la maturité de ses titres.
Pour le plaisir du nez
The Morning Benders – Promises
Hmm, humez moi ça
- Ju en parle très bien sur DODB, Vincent aussi sur La Musique à Papa
- Big Echo en écoute sur Grooveshark
- Le myspace de TMB
- Le site du groupe
- La vidéo de Excuses avec The Echo Chamber Orchestra, diffusée ici même
Photo: Bender de la serie Futurama (Matt Groening/Fox Television)
nuage de tags & best-of



Benjamin F a dit :
1
Pas encore parfaitement convaincu par ce disque un peu convenu ( et que j’écoute d’ailleurs à l’instant même), je trouve surtout qu’il s’agit d’une belle critique
Branche ton Sonotone ! » Interview des Morning Benders : Big Echo d’exquis egos a dit :
2
[...] originaires de Berkeley ont accepté, à l’occasion de la sortie de leur nouvel album Big Echo, de répondre aux quelques questions anglicisées de BTS. Formé en 2005 et révélé au grand [...]
Vincent a dit :
3
Belle chronique en effet
La mienne est visible ici : http://lamusiqueapapa.blogspot.com/2010/03/morning-benders-big-echo.html
Pirhoo a dit :
4
Merci les mecs
c’est un plaisir !