Le Best-of du mois

électro 6/10 7/10 8/10 9/10 2006 2007 2008 2009 2010 Allemagne Angleterre Arctic Monkeys Australie Blues Canada Chanson française clip concert enfant malien Etats-Unis Festival folk France Grande Bretagne Hip Hop house Interview jazz live nouveau nouvel album pop post-rock punk rap reprise rock Royaume-Uni soul suède techno trip-hop UK USA

nuage de tags & best-of
Accueil » Chroniques

Chronique de 16 Pièces – Hocus Pocus

Chronique de 16 Pièces – Hocus Pocus

Hocus Pocus - 16 Pièces

Année : 2010
Genre : Hip Hop/Jazz à la française
Chanson(s) préférée(s) : Équilibre, WO:OO, Signe des Temps, Putain de mélodie, Beautiful Losers

10/10

Depuis son émergence au milieu des années 1980, le petit monde du rap français ne se résumait en grande partie qu’à l’axe Paris-Marseille, dont les productions perdent par ailleurs en qualité au fil du temps. Contre vents et marées, des trublions réussissent l’exploit de redonner ses lettres de noblesse au Hip Hop hexagonal, grâce à un savant mélange alliant rap, jazz et soul. Mais qui sont-ils? Les coupables sont tout trouvés et empruntent leur nom de scène à une célèbre formule magique: Hocus Pocus. Cela fait donc quinze ans que le groupe de Nantes – élevé aux sons des A Tribe Called Quest et autres Jurassic 5 – peaufine son art dans le but de conquérir le coeur du public français. Si les débuts furent discrets, leur ascension n’en fut pas moins spectaculaire.

Ainsi, après avoir sorti leur premier véritable album intitulé 73 Touches en 2005 qui connut un vrai succès critique, HP ne perdit pas le rythme et enchaîna avec son second opus Place 54, le premier à être signé en major chez Motown France. A travers ces deux galettes, le groupe a su redonner un peu de vitalité à un rap français cloîtré dans des rythmiques trop souvent sombres et monotones, utiles à la simple description du train-train des cités. La recette appliquée par Hocus Pocus les amène à dépasser certains clivages pour faire un bond en arrière d’une vingtaine d’années, à une époque où le Hip Hop ne pouvait vivre sans emprunter des sonorités au jazz et à la soul.

Cependant, cette initiative reste inhabituelle en France et plus globalement en Europe où la culture noire américaine est naturellement moins ancrée dans les esprits qu’aux Etats-Unis. A y regarder de près, Hocus Pocus est en train de réussir son pari, en témoigne l’attente grandissante engendrée par l’annonce de la sortie de leur troisième album 16 Pièces. N’ayons pas peur des mots, ces adeptes de « titres quantifiés » nous offrent avec ce LP, probablement le meilleur album de rap français de la décennie. Si avec ce genre de déclaration, vous avez l’impression que mon sérieux en prend un coup, suivez-moi plutôt à la découverte des « pièces » qui constituent cette machine huilée à la perfection.

En premier lieu, la politesse nous incite à présenter les quelques artistes invités au festin musical orchestré par le « Master of Ceremony » 20Syl et le reste de son équipe de producteurs de C2C. Deux monstres sacrés du rap français font tout d’abord une apparition remarquée sur cet album: Oxmo Puccino au sommet de son art sur Equilibre – titre empli de poésie de haut vol et à coup sûr le meilleur morceau de cet opus – et Akhenaton sur A mi chemin, le premier single de 16 Pièces. Quant aux autres convives, Hocus Pocus reste fidèle au groupe américain Procussions – déjà présent sur les albums précédents – dont les membres Mr J. Medeiros et Stro The 89th Key apportent une touche internationale sur le titre Signe des temps – les scratchs salvateurs y ponctuent une instrumentale démentielle d’efficacité – et sur l’épuré I wanna know. La réputation d’Hocus Pocus n’ayant pas de limite géographique, la chanteuse soul anglaise Alice Russell vient – à la manière d’une crooneuse noire américaine – ouvrir le bal en jouant des cordes vocales sur Beautiful Losers.

Hocus Pocus ayant acquis de la bouteille dans le milieu, ils peuvent se permettre de jouer le rôle de « parrains » en chapeautant d’autres artistes de Loire-Atlantique comme Elodie Rama, venue prêter main forte sur le titre très jazzy Portrait, ou encore Gwen Delabar, qui vient conter de sa voix suave l’histoire d’un certain Marc aux côtés d’un 20Syl, dont le sens du verbe est très appréciable.

Au niveau des sonorités employées, Hocus Pocus perpétue son entreprise innovante débutée en 2005 avec la sortie de leur premier album. Les instrumentales soul/jazzy sont d’une homogénéité impressionnante frôlant parfois la redondance lorsqu’on les comparent à celles des autres albums. Au moins, on ne peut pas leur reprocher d’avoir une véritable marque de fabrique. Les DJ et leurs scratchs enflammés sont très présents sur cet album – sur trois interludes notamment -, nous réconciliant un peu plus avec l’essence même du Hip Hop.

Enfin, la force du groupe nantais réside aussi dans sa capacité à aborder toutes sortes de sujets avec simplicité. Le thème de la paternité est mis en avant avec humour dans le titre Papa? alors que sur WO:OO, 20Syl nous relate de façon déjantée le réveil d’un MC qui se rend compte de l’omniprésence des lettres W et O. Le pendant mélancolique de HP trouve sa place sur 16 Pièces par l’intermédiaire de 25/06, sorte d’hommage à Michael Jackson teinté de critique d’une société de consommation qui oublie trop facilement les personnes souffrant en silence, à l’ombre des caméras.

Si les membres d’Hocus Pocus « jouent les funambules sur un câble invisible et défient l’impossible », ils ne trébuchent pas et ne tombent jamais dans les affres de la médiocrité ou de la facilité. Au contraire, cette constance dans l’excellence rend cet album indispensable. L’horizon semble dégagé et le succès garanti pour le groupe nantais qui incarne au fil des ans, de façon toujours plus pertinente, la quintessence du Hip Hop en France.

16 Pièces sort aujourd’hui dans les bacs!

Ecouter

Regarder

Hocus Pocus feat Akhenaton & Ben l’Oncle Soul – A mi-chemin (live)

Aller plus loin

  • L’album 16 pièces en écoute sur Deezer et sur Spotify
  • La chronique de Nao sur la Blog Party d’Hocus Pocus au Jamel Comedy Club
  • Acheter l’album sur Amazon

L'avis des autres

The Lonely Island (feat Julian Casablancas) – Boombox
Tunng – Hustle (clip)

8 Commentaires »

Réagis mon ami !

S'abonner aux commentaires de cet article.

Ce blog est magistralement paramétré pour afficher des Gravatar. Si toi aussi tu veux une image à côté de tes commentaires (comme je te comprends), tu peux aller jeter un oeil chez Gravatar.

l' auteur, Byghosta

Écouter c'est bien. Critiquer c'est mieux.

Creative Commons License
Les articles sur ce site sont placés sous licence Creative Common (by-nc-sa).