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Chronique de Music To Moog By – Gershon Kingsley

Chronique de Music To Moog By – Gershon Kingsley

Gershon Kingsley - Music To Moog By

Année : 1969
Genre : Electro-pop, première du nom.
Chanson(s) préférée(s) : For Alisse Beethoven, Pop corn

8/10

Serge Gainsbourg chantait « 69, année érotique » en caressant les jupes plissées de cette bonne vieille Jane. Mais cette année charnière est bien plus que l’apogée du lucre : c’est une année décisive sur le plan scientifique et, logiquement, sur le plan musical. C’est en effet en 1969 que sort Music to Moog by, de Gershon Kingsley, l’un des premiers albums entièrement composé grâce au synthétiseur Moog, premier du genre, un instrument révolutionnaire et encore peu connu du grand public. A la fin des sixties, cet album va populariser les sons électroniques. Un an plus tard, Kraftwerk éclot.

Dans cette galette au format réglementaire de 28,3 minutes, le délicieux juif-allemand réalise une démonstration des possibilités de synthèse sonore offertes par cette nouvelle technologie musicale. On retrouve donc des sons extrêmement proches d’instruments classiques, mais aussi des tonalités manipulant des fréquences plus inhabituelles, assez cheesys et insupportables, qui flirtent avec le kitsch (dans les aigus geignards, à l’image du Thérémine, qu’on peut comparer à, je cite, «une petite pute d’opérette bâillonnée»). Pourtant, bien que l’innovation soit forte du point de vue de l’instrumentation et du travail sur les boucles, elle est pratiquement absente sur la créativité musicale. Parmi les onze titres, au moins huit sont des reprises de grands classiques musicaux : ainsi la Lettre à Elise de Beethoven devient La lettre à Alice, une espèce de ritournelle pop bondissante très réussie, quand les reprises de Nowhere Man et Paperback Rider des Beatles sont relativement anecdotiques. D’autres thèmes musicaux classiques sont à l’honneur comme Scarborough Fair (une vieille ritournelle anglaise qui date du Moyen-Âge et qui sera popularisée par Simon & Garfunkel en 1963) ou Twinkle, Twinkle qui est un air de berceuse anglais. Simplicités des reprises, donc, mais pas forcément des arrangements électroniques.

Ainsi, en dehors du caractère intemporel et précurseur de l’objet, il y a deux réelle tueries sur ce Musif to moog by. La première est le jouissif For Alisse Beethoven, qui sonne terriblement actuel, et le second est tout simplement Pop Corn. Oui, le tube intemporel Pop Corn, dont Kingsley fut l’inventeur avant la popularisation par Hot Butter. Cette version de Pop corn est de loin la meilleure des myriades de clones disco, dance ou techno : c’est un petit bijou pop à la simplicité enfantine qui, derrière sa fameuse ritournelle, cache une ligne de basse synthétique, désuète, et bouclée.

Quand il s’agit de noter un tel album, ce n’est pas à l’aspect uniquement musical que l’on doit s’en tenir. Certes, la plupart des morceaux de cette galette paraissent aujourd’hui horripilants et kitschissimes, mais le caractère avant-gardiste et la modernité du travail de Kingsley doit aujourd’hui être saluée. Les reprises de grands classiques sont sans doute malheureuses, mais elles contribueront à acclimater l’oreille du grand public aux nouvelles sonorités électroniques. Dans le même temps, d’autres virtuoses de ces nouveaux instruments signent des opus incontournables, comme Wendy Carlos qui sort en 1968 Switched on Bach (un album de reprises du compositeur allemand au Moog) ou encore Jean-Jacques Perrey qui travaillera également avec Kingsley au sein du duo Perrey-Kingsley. La fin des années 60 signe le début d’une nouvelle ère, celle des sons électroniques synthétiques. Music to moog by n’est pas un chef-d’œuvre, c’est un hors-d’œuvre passé d’âge, une sucrerie pop au goût nouveau, qu’il faut avoir goûtée pour apprécier les mets fantastiques d’aujourd’hui et critiquer les plats réchauffés.

Dépoussière ton sonotone

Music to Moog by sur Spotify.

Gershon Kingsley – For Alisse Beethoven

Metronomy – A thing for me (Breakbot remix)
Saez a toujours tort

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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