Saez a toujours tort
La semaine dernière (une News commençant par un « la semaine dernière » faussement décontracté est une News en retard qui essaie de se cacher), vous êtes peut-être tombés sur cette charmante image dans un numéro de Libération :
A priori, on ne voit pas très bien de quoi il retourne, mais on comprend bien qu’on se trouve en présence d’une dénonciation un peu éculée, pas très subtile, vaguement réchauffée, et totalement obvious pour parler franglais, de la commercialisation du corps de la femme, de la société de consommation, la vilaine, et si on pousse un peu, du capitalisme et de tout ce qui s’ensuit.
Et puis, on regarde au bas de la page de Libé (car c’est une photo pleine page), et on aperçoit, écrit en petit, le nom de Saez. On s’interroge, on réfléchit, on se rappelle l’album en anglais que le Damien du même nom avait sorti dans le plus grand anonymat sous le pseudonyme Yellow Tricycle, et on se dit « Non, ça ne doit pas être ça, Saez est allergique à la promo, Saez sort ses albums dans le plus grand secret, Saez ne ferait pas une pub pleine page. Ce doit être le nom d’une société bancaire qui fait une pub un peu originale et qu’on a appelée Saez sans savoir qu’il y avait déjà un chanteur qui s’appelle comme ça, ces entrepreneurs, quels ringaaaaards. »
Enfin, on rouvre Libé le lendemain (car on est un lecteur consciencieux et assidu), et on y trouve un petit encadré expliquant que la publicité pour le nouvel album de Damien Saez, J’accuse, a été boycottée par bon nombre de médias (sauf Libé, qui joue les effrontés), y compris le réseau d’affichage du métro parisien, après que l’Autorité de Régularisation Professionnelle de la Publicité (Arpp pour les intimes) l’aie jugée « dégradante pour la nature humaine ». On découvre qu’elle a été prise par le photographe Jean-Baptiste Mondino, vieux routard de la pochette d’album (on lui doit entre autres celle de Caravane de Raphael – pour vous dire à quel point le bonhomme est un habitué du genre trash).
Et on s’offusque, mes amis, on s’offusque. Et on désespère, parce qu’on a l’impression que personne ne comprend plus rien.
Saez a tort pour les potentiels exploitants de l’image du corps de la femme, puisqu’il dénonce leurs potentielles magouilles et leurs potentielles méthodes de communication moralement condamnables. Soit. En même temps, c’était un peu l’effet recherché.
Saez a tort pour les défenseurs de l’image de la femme, pourfendeurs des potentiels exploitants susmentionnés. Pourquoi? Parce qu’il caricature et dénonce le même phénomène vieux comme le monde qu’eux? Parce que l’on craint que les lecteurs de Libé ou les usagers du métro soient trop stupides pour comprendre le message de la photo (c’est vrai que ce gros « J’accuse » en lettres capitales laissait planer le doute d’une façon incontestable), et pour piger que ce qu’ils voient, en vrai, c’est pas bien?
Saez a toujours tort.
A part ça, je n’ai pas véritablement d’avis sur les diatribes pseudo-politico-musicalo-révolutionnaires post surréalistes geignardes de Saez (en réalité, un avis s’est caché dans cette phrase, sauras-tu le retrouver?), donc je me contenterai de signaler que l’album J’accuse (avec tout ça on l’avait oublié, celui-là), sortira le 29 mars prochain, et que vous pouvez d’ores et déjà en écouter le titre éponyme sur :
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