Chronique de Villeneuve – Dry Marks Of Memory
Villeneuve - Dry Marks Of Memory
Année : 2010
Genre : Pop céleste
Chanson(s) préférée(s) : Death Race, Patterns, Victoria Falls
Villeneuve pourrait bien être le dernier chevalier de la pop française. Pas de cette pop soupeuse et indigeste qu’on nous sert à tour de bras sur les grandes radios, mais cette pop originale, audacieuse, celle qui nous vient habituellement d’Outre-Atlantique ou de la perfide Albion.
Avec ce Dry Marks Of Memory, le Français se glisse dans l’armure du défenseur ardent d’une musique élégante, habillée et vaporeuse. Cet album se déguste à petites lampées délicates, se laisse fondre sous la langue, et ses arômes s’exhalent progressivement, au fil des écoutes. Long en bouche, subtil et complexe, cet album ne manque pas de tenue. C’est même à la fin du disque que l’on trouve la pépite Death Race, déjà évoquée ici. Habité, enlevé, comme venu d’un autre temps, ce voyage conclue de manière parfaite la belle épopée de cet album saisissant.
Pas la peine d’y chercher la déconstruction acharnée d’un Animal Collective, les couleurs bigarrées d’un Yeasayer ou la folie alambiquée d’un Grizzly Bear. Villeneuve adopte un rythme lent, progressif, fait de petits détours, de pas de côtés. Certaines chansons ont une construction qui n’est pas sans rappeler le post-rock, à l’instar de la très belle Victoria Falls.
Mais le cœur et le corps de ce Dry Marks of Memory rappelle les efforts des Suédois de Air France ou des Français de M83 (avec qui Villeneuve a d’ailleurs longuement collaboré). Le voyage offert par cet album se situe en effet bien au dessus des nuages, dans cet espace bleu et plein de lumière où l’on se sent bien, comme dans un nuage de coton. Aérien, lumineux, vaporeux, tels sont les mots qui résument le mieux le travail du Français.
Pourtant, à plusieurs reprises, le travail de Villeneuve se pare de surprenants accents. Le dyptique formé par Yours And Yours et The Sun rehaussent l’album de teintes soul, contrastant dans cet univers pop très blanc. Sans se défaire de sa parure douce et intrinsèquement pop, le Français s’aventure dans de nombreux chemins de traverse, jetant des œillades appuyées au shoegaze ou au kraut. Œuvre d’un garçon érudit et maître de son talent.
Villeneuve est un producteur de talent et un arrangeur qui a fait ses preuves dans pas mal de studios. Cette double casquette se fait entendre, et les orchestrations sont amples, belles, riches et fournies. Mais cette qualité se fait parfois défaut. A vouloir trop en faire, le rythme devient parfois plus long que lent, les mélodies plus lassantes que lascives et les arrangements plus patauds qu’épatants. Dry Marks Of Memory aurait mérité d’être plus enlevé, plus sautillant peut-être.
Complexe, instrumentale, orchestrale, la pop de Villeneuve est un bijou céleste et cotonneux. Et s’il est parfois trop lisse ou trop travaillé, il est de ces albums auxquels tous ceux qui doutent de la santé de la pop Française se doivent de donner une chance.
Écouter
Le clip de Death Race, incontestablement le moment fort de l’album
Aller plus loin
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- Quelques lectures chez Chroniques Electroniques ou Mowno, par exemple.
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Benjamin F a dit :
1
Pas tellement convaincu pour ma part, probablement à cause de l’ombre trop imposante de M83.
Matt Daemon a dit :
2
Merci pour la découverte msieur (le clip hommage a THX 1188 est superbe)!
Pour ma part le seul mot qui me vienne à l’esprit est : classe . C’est une très belle œuvre, un peu trop propre et arrangé mais c’est de la musique intello non ?
Martin a dit :
3
J’aime pas trop le terme de musique intello mais je crois qu’on est d’accord : c’est de la musique de producteur, très soignée et peaufinée. Classe oui, ça va bien.
Benoit a dit :
4
moins emballé que toi, propre mais sans âme.