Live report: Sydney Wayser & The Tiny @ Grenoble (Le Ciel) – 27/03
À Grenoble ce samedi 27, la bruine couvrait la ville d’un mince filet d’humidité. À Grenoble ce samedi 27, la lumière perçait si peu les nuages que les rues s’étendaient à l’infini dans le brouillard d’un crépuscule fantomatique. C’était l’une de ces journées qu’on saurait immortaliser dans l’aquarelle, qui donne au temps l’écho d’une boite à musique, ni lugubre, ni féérique.
Ce jour ne pouvait pas s’achever autrement qu’avec cette soirée. Le Ciel, petite salle obscure, sans être cachée, elle est invisible pour qui ne veut pas la trouver. On y croise des fauteuils rouges sur d’étroites rangées et une douce lumière orangée baignant la scène avant son concert (lumière qui aura d’ailleurs eu raison de nos photos); difficile de ne pas se sentir apaisé dans cette ambiance confortable et intime. Un beau concert ça se prépare et là, la préparation était parfaite.
Il n’est pas loin de 21h, je ne sais plus trop, quand Sydney Wayser prend place, devant le piano, accompagnée à la guitare par Adam Tressler. Pas plus d’un sourire, pas même quelques mots, la jeune chanteuse commence à chanter a capella. Ce petit corps a du coffre, il ne lui faudra que quelques secondes pour envahir la salle. Inutile d’en dire plus, les présentations sont faites. On ne refuse pourtant pas les quelques mots en français qui suivront, Sydney est d’ailleurs franco-américaine.
Les titres s’enchainent ensuite, doux et surprenants, les deux musiciens, complices, taquins, prennent possession d’une série d’instruments: kazoo, grelot, cymbale, glockenspiel, qui seront mis en scène plus comme des jouets que comme des instruments. Ce n’est pas stigmatisant, il sont tous acteurs d’un minimalisme touchant et sans faux pas, élégant et soigné qui sonne au diapason avec le Colorful que la chanteuse a composé. En outre il ne leur faudra pas plus qu’une boite à rythmes, parfaitement maîtrisée par Adam, pour enlacer la salle de sonorités vaporeuses, abstraites et saturées.
Quand Sydney se saisit du ukulélé, on se dit qu’elle le porte bigrement bien, et que l’artiste pétille de naturel, bien au delà de ce moment intime qu’elle nous a accordé. Peu avant la fin, la jeune fille reprend Lilac Wine de Jeff Buckley (spotify), une nouvelle fois l’interprète porte son timbre sur une mélodie délicate et progressive. La scène lui va à ravir, le public en redemande et ce petit animal qui se déplace en faisant grincer le plancher nous redonne de son charme et de sa personne toute entière…
J’attendais avec impatience la deuxième partie. Souvenez vous, le duo suédois The Tiny s’était déjà aventuré dans ces colonnes virtuelles, on le retrouve aussi à la 18ème place du Top 2009 des Blogueurs. Un duo de qualité, celui d’une voix unique, entre Björk et Patti Smith, tant par la puissance que par les perceptibles et presque irritantes imperfections.
Le concert débute sur trois mots d’Ellekari Larsson « merde » et « shut up » puis les rires. La suédoise est manifestement très détendue. Ou peut-être est-ce une parade pour dissimuler son trac ? Au regard de l’incroyable performance qui va suivre, on est en droit de se demander comment la chanteuse fait-elle pour garder son calme? Ce petit morceau de femme recèle une énergie formidable, en témoigne sa musique d’une beauté transcendante…
Difficile de ménager les qualificatifs quand on a reçu ce qu’on a reçu ce soir-là. Après quelques grognements, The Tiny entame la plus touchante des expériences qu’il m’ait été donnée de vivre lors d’un concert.
L’intro, inédite, est un véritable tremplin hallucinatoire pour nos petites têtes bientôt prisent dans un curieux tournis. Le jeu de The Tiny repose en effet sur une manipulation délicate des dissonances et arythmies. Les aspérités de cette musique sont aussi variées que les vocalises de la chanteuse sont rugueuses. Passant sans cesse du grave au suraiguë, du murmure au cri, la suédoise en impose tant par la grâce qui semble toucher sa musique, que par le puissant exercice auquel elle se livre sous nos yeux. Complémentaire, Leo Svensson au violoncelle s’abandonne dans un jeu endiablé.
Ce qui se passe après, se situe à peu près entre frénésie et violence. Le duo joue sur la corde raide, mélangeant délicatesse charnelle et discontinuité grinçante. Sans sourciller le moindre instant Leo frotte les lames du glockenspiel, qui quelques minutes avant sonnaient à contre-temps. Se courbe ensuite l’onduleuse scie musicale du violoncelliste, démonstration encore parfaite de l’âpre douceur qui résonne dans la salle.
Les interprétations de Last Weekend, Burn, Ten Years ou encore Never Coming Back sont toutes d’une incomparable amplitude. Si cette deuxième partie de soirée se résume en fait à peu de choses, ces qualités n’en restent pas moins maîtresses et la dimension offerte par le live est un tel spectacle qu’on se satisfait de ses fascinants attraits.
Ce soir là les deux chanteuses tenaient chacune à leur tour une place centrale. Ce soir là était intime et féminin. Un délice surnaturel, sombre et apaisant.
Photo: © Christène Lacène – 29.01.2010
Vidéo: © Valerie Toumayan et Rod du hiboo – 29.01.2010
Allez plus loin…
- sur le site de Sydney Wayser
- sur le site de The Tiny
- sur notre article du Festival Les Femmes S’en Mêlent (qui encadre ce concert)
- avec notre chronique de Gravity & Grace
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