Chronique de Pick A Dream – Tumi And The Volume
Tumi And The Volume - Pick A Dream
Année : 2010
Genre : hip-hop
Chanson(s) préférée(s) : Moving Picture Frames, Made No More, Play Nice
Branchez vos sonotones sur la sortie audio de votre tourne-disque. Voilà le divin paradoxe auquel nous convient les premières mesures de Pick A Dream, le nouvel album de Tumi And The Volume (interviewés par BTS il y a peu), dont la sortie en France est prévue le 12 avril prochain. A l’arythmie des premières secondes de « La Tête Savante », piste numéro un de Pick A Dream, succède les applaudissements cadencés d’un retour annoncé. Revoilà le hip-hop funky de ces jeunes Sud-Africains. Le flow de Tumi est toujours aussi posé, incisif et précis. Musique entêtante, surprenante et originale semble dès l’ouverture être l’ingrédient du troisième opus de TATV. Cette « Tête Savante », celle que l’avatar de Tumi sur la pochette semble porter bien haut sous les projecteurs, se clôt d’ailleurs comme elle a commencé : le tourne-disque est soudainement débranché, l’incipit est terminé. TATV rentre maintenant dans le vif du sujet.
« Asinamali » s’ouvre et claque, Tumi jappe. Ce « son of a beat » (sic) enchaîne sur une rythmique lourde et binaire. Le refrain entraînant est au seuil du hip-hop, du rock, et du funk. Petit bombe transgenre « Asinamali » est en rupture totale avec le conte désuet de « La Tête Savante ». Puis, le groupe de Jo’Burg poursuit sur les petits claquements sifflants d’une boîte à rythmes. Voici « Number Three », qui s’ouvre tranquillement, plutôt banalement, mais devient très vite, à la lumière d’accords cristallins, une machine à danser. Le refrain, précédé du souffle fort d’un instrument à vent synthétique à la sauce « Mission Impossible », annonce clairement les choses : « It’s TATV‘s number three ». Un tube d’inspiration afrobeat qui dévoile les identités et les racines des membres du groupe. Simple (un peu trop ?), mais efficace. Le tout se clôt sur l’ample bourdonnement d’un synthétiseur.
Pour ce nouvel album, Tumi And The Volume a posé ses valises et cherché l’inspiration du côté de la Réunion. Sortir un peu de Jo’Burg pour se ressourcer et trouver de nouvelles influences. D’ailleurs, leur label Sakifo Records a été crée par les organisateurs du festival Sakifo, le plus grand de la Réunion. Le quatrième titre de Pick A Dream est ainsi l’illustration de cet ermitage dans les DOM-TOM. « Limpopo », invitation épicurienne à profiter de chaque instant, est porté par les rythmes de l’océan Indien. Le refrain en chœur est joyeux et ensoleillé : une perle de bonne humeur. Puis, « Moving Picture Frames » nous rebalance loin, très loin, de ces rythmes traditionnels vers un groove plus percutant, mais toujours aussi précis. Le grain reconnaissable de la voix de Tumi s’acharne encore, à bout de souffle, à transmettre une poésie aiguisée dénonçant ici l’illusion de vouloir vivre dans le sillon des grands noms. Plus posée, mieux arrangée, cette chanson semble être une des plus aboutie de Pick A Dream. « Through my sunroof », piste suivante, éclot dans une distorsion inattendue puis s’envole, via une partition de guitare plutôt folk et des éclats singuliers de sons divers, vers un gimmick onirique : « A butterfly flew through my sunroof ».
Sur « Reality Check », l’accordéon de Fixi, membre de Java, vient mêler un peu plus ce multiculturalisme d’influences. Le hip-hop mondialisé de TATV débute ici a capella, toujours aussi entêtant, précis et cadencé. Les paroles, incitation au « black-out », trouve, grâce à ces allants musette, une résonance burlesque et un air hexagonal des plus charmants. Coloré et défricheur, le style musical de Tumi And The Volume vient ensuite se poser sur des rythmes plus africains alliés à ceux des dancefloors. Les chœurs féminins apportent ici un ressort inutilisé jusqu’alors sur Pick A Dream. « Made No More », titre suivant, est plus incisif. Le flow rappé de Tumi se mute ensuite en un refrain saccadé et enragé. L’une de mes pistes préférées de l’album. Au gong de clôture succède « Light In Your Head ». Une chanson plus douce, plus proche de la world music tant sur le plan de l’instrumentation que des paroles. Peur enfantine du noir et angoisse de la solitude sont ici invoquées pour créer un nouvel univers au hip-hop inclassable de TATV.
Puis arrive déjà la dernière piste de Pick A Dream. Piano-bar en ouverture de « Play Nice », ultime piste du disque, qui se transforme rapidement en électro-rock abrasif et déchaînant. Le tube de l’album à mes yeux. Une dance-machine qui, à coup sûr, fera se soulever les foules de tous les festivals où TATV passera cet été. Après quatre minutes vingt, l’album semble clôt. Mais reste en réalité un titre caché intitulé « Tiny Blues ». Après une minute de silence se dévoile un duo aux rythmes maloya entre Tumi et Danyèl Waro. La voix profonde et presque éraillée de l’artiste réunionnais, véritable figure de ce même maloya, équivalent du blues dans l’Océan Indien, apparaît comme l’hommage en créole de Tumi And The Volume à la terre qui les a accueillis le temps d’une nouvelle création. Ce titre caché, touchant et inattendu, doit donc s’entendre, je crois, comme une dernière offrande à l’île de la Réunion.
Incarnation du son contemporain sud-africain, Tumi And The Volume revient cette fois avec un album différent, mûri sous d’autres cieux, mais toujours aussi puissant. Souple dans son style, tranchant dans ses mots et précis en permanence, Pick A Dream n’est pas toujours convaincant mais s’appuie sur des bases on ne peut plus solides qui font de ce groupe de Jo’Burg une des formations africaines les plus en vue. Le quator (Tumi, Paulo, David et Tiago) construit ici un univers tout en nuances et surprises qui porte un flow et des textes puissants et maîtrisés. La poésie, arme d’engagement et vecteur de rébellion sous l’apartheid, a laissé des traces indélébiles dans la culture sud-africaines d’aujourd’hui. Tumi en est l’héritier assumé et se voit mis en lumière par la musique inclassable, mouvante et toujours neuve du Volume. Classons-les donc d’ors et déjà dans la catégorie des décrasseurs de sonotones.

nuage de tags & best-of


cosmopoof a dit :
1
très très très bon
ananonyme a dit :
2
Ca c’est de la chronique, et ça c’est de la musique !
Merci !
Dr. Javnaire a dit :
3
Merci à vous ! Je vous signale au passage que si vous êtes tombés sous le charme de TATV, vous avez la possibilité de les retrouver sur plusieurs festivals cet été et notamment aux Solidays à Longchamp, au Rio Loco à Toulouse, ou encore à la Maroquinerie en octobre.
Branche ton Sonotone ! » Les Solidays 2010 a dit :
4
[...] Mondkopf, la divine diva Vanessa Paradis, Fanga et son afrobeat festif, mais aussi Diam’s, Tumi And The Volume, Toots And The Maytals, Jil Is Lucky, Babylon Circus, etc. Pour ce qui est du dimanche, pas de [...]