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Chronique de Swim – Caribou

Chronique de Swim – Caribou

Caribou - Swim

Année : 2010
Genre : Electreau-pop ondoyante
Chanson(s) préférée(s) : Odessa, Sun, Bowls, Leave house

8/10

Bien malin le prophète qui pourra prédire la mort de l’électro-pop, ce genre fourre-tout aux contours si flous. Il semble que le compromis d’un terreau pop accessible à tous allié aux racines de la musique électronique dure et perdure, changeant progressivement de formes. Bien que l’ostentation nu-rave Kitsune des étés moites 2006 semble maintenant désuète et que la veine atmosphérico-mélodique de Kompakt provoque un léger grincement de dents, il existe toujours des productions imparables, comme ciselées dans l’eau claire, à la fois touffues, érudites, mélodiques et accessibles à tous. Swim, de Caribou, fait partie de ces petits bijoux de pop syncrétique dont la complexité des arrangements ne noie pas la substantifique moelle mélodique.

Caribou est, comme son nom l’indique, le projet solo d’un Canadien, Dan Snaith, connu depuis 2001, où le projet Caribou portait le nom de Manitoba, pour son premier album The milk of human tenderness. Swim est son troisième opus, sur lequel ont collaboré entre autres Kieran Hebden de Four Tet et un des membres du duo pop languissant Junior Boys. L’influence de l’homme de Four Tet se fait effectivement sentir. En effet, à l’image du kaléidoscopique There is love in you, les mélodies émergent ici derrière des cascades de boucles et de nappes électroniques qui affleurent progressivement dans une douce symphonie ondoyante. On sent effectivement une inspiration résolument deep-house dans les productions du larron, particulièrement sur le carillonnant Bowls qui n’est pas sans rappeler le limpide Black Noise de Pantha du Prince.

Caribou maîtrise de A à Z les rouages de la composition électronique, l’efficacité charnelle des sons digitaux ou acoustiques, mis au service d’un délice pop immédiat (quarante-trois minutes pour neuf morceaux) et irrésistible, dont, chose rare, la saveur persiste sur le palais. La voix de Snaith est presque précieuse et vient caresser ces quelques pièces tourbillonnantes d’un timbre chaud et éthéré sans jamais couvrir les sonorités polymorphes et ondoyantes de ses morceaux. Une remarquable homogénéité se dégage de Swim, car le niveau est excellent de bout en bout. Paradoxalement, aucune bombe ne se démarque tant l’écoute est fluide, l’auditeur en immersion sous la surface d’une pop complexe et superbe. Peut-être peut on considérer le très énergique Leave House et sa boucle de flûte de pan comme étant un peu au-dessus du lot.

Sur ce bijou, Dan Snaith déclare avoir voulu « créer de la dance music qui sonne comme si elle avait été faite avec de l’eau », et c’est effectivement une manière de considérer l’œuvre. L’eau n’est-elle pas pour Parménide le principe physique premier d’où découle –justement- tout le reste ? Swim ne serait-il alors pas un album de la perfection, quintessencié dans l’acception la plus forte du terme, tendant vers l’Idée platonicienne de la pop, cette forme pure qui préexiste à toute réalité, même Lady Gaga ? Ne suis-je pas qu’un vulgaire connard pédant qui cite des philosophes présocratiques et utilise des mots compliqués de manière creuse comme le Lévy cite Botul pour oublier qu’il ne bande plus ?

Blague à part, il est clair que cette métaphore aquatique trouve son sens ici : Swim est un album tourbillonnant d’harmoniques délicates, limpide dans sa construction, insaisissable dans son essence entre immédiateté pop, miroitements électroniques et ambiances deep-house. Puisque c’est bientôt l’été, vous serez ravis d’y plonger sans vous y noyer jamais. Pourvu que l’avenir d’une telle électro-pop ne soit pas semblable à la Mer d’Aral et que le torrent scintillant de ces oeuvres superbes ne s’assèche jamais !

Branche ton sonotone !

Caribou – Odessa

Swim sur Spotify.

Une chronique de Swim sur les Chroniques Electroniques.

Van Canto – My Voice
Interview de Soma

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l' auteur, Pierro

Connard pédant.

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