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Interview de Soma

Soma est un groupe français, navigant entre pop et rock, au set dynamique, voire explosif. Leur premier album, Jewel And The Orchestra est sorti cette année. Le 1er avril, à l’occasion de leur concert à l’Ampérage, petite salle grenobloise, j’ai pu rencontrer Soma, et leur poser quelques questions. Un soir un peu spécial, car c’était l’anniversaire de Lionel, le chanteur. Voici leurs réponses…

D’abord j’aimerais savoir d’où vient ce nom, Soma. J’ai cherché sur Wikipedia et voilà ce que j’ai trouvé : « littéralement, le soma est le « pressurage » par lequel, dans le rituel védique, les Brahmanes officiants expriment le suc des racines phalloïdes d’une plante spécifique ».

Lionel : Non en fait c’est pas du tout ça.

C’est la chanson des Smashing Pumpkins alors ?

Lionel : Ouais il y a de ça et puis il y a un romans de Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) dans lequel le soma est une drogue qui enlève toute forme d’émotion aux gens. C’est aussi une rue de San Francisco.

Comment vous avez négocié le virage entre groupe amateur et groupe professionnel ?

Ça ne s’est pas fait d’un coup. On ne l’a pas vu en fait le passage, c’était très long et progressif donc il n’y a pas eu une cassure. C’était un peu la suite logique des choses, on a travaillé plus, du coup on a fait plus de concerts, on a touché plus de monde, donc on a commencé à intéresser un peu les labels. Tu commences à avoir une petite notoriété chez toi et puis après dans la région d’à côté… Ça se fait vraiment petit à petit .

Si vous n’étiez pas pas passés « pros », vous auriez fait quoi ?

Lionel : Je sais même pas si on est pro maintenant parce que…

Seb : Parce qu’on n’en vit pas.

Lionel : On n’en vit pas complètement et puis si pro c’est d’avoir sorti un album, alors on est pro, mais le but c’est de faire le maximum de concerts, et d’album, tout en ayant les moyens pour le faire. Du coup, je ne me sens pas professionnel de la musique, c’est un parcours qui est super long, il faut gravir les échelons petit à petit. Il n’y a pas de cassure entre ce qu’on faisait avant et ce qu’on fait maintenant, c’est une progression qui est assez saine, plutôt qu’un gros buzz médiatique d’un coup. Les télés, on les a eues petit à petit, puis on est un peu rentrés en radio, pas complètement encore… Ça se développe au fur et à mesure.

Vous avez fait mixer votre album par Dave Sardy, qui a notamment produit les Dandy Wharols ou encore Oasis. C’est assez génial non ?

Lionel : Ah putain ouais carrément ! On n’y croyait pas trop et puis c’était un mec qu’on aimait beaucoup de par tous les disques qu’il avait fait, qu’on avait en fait chez nous sans trop s’en rendre compte. Il y avait son nom marqué tout le temps derrière les jaquettes des disques qu’on aimait bien. Du coup, on lui a envoyé quatre titres qu’on avait fait chez nous, un peu à l’arrache, et puis il a accepté. On n’y croyait pas trop, on avait déjà prévu d’autres plans mais bon, il a accepté direct, on était super contents. C’est un peu le rêve.

Qu’est ce que vous écoutez en ce moment ?

Seb : J’écoute Gush mais faut pas le dire. (rires)

Lionel : Deux de mes grosses références en ce moment : Supergrass et les Killers. C’est pas forcément nouveau mais je reviens sur des trucs que j’ai un peu lâché pour des nouveautés mais je me rend compte que c’est ça qui me plait vraiment. Des vieux disques, enfin c’est pas si vieux que ça mais je reviens aux disques de référence.

Des groupes français ?

Seb : Gush c’est un groupe français, un truc nouveau. Sinon comme lui j’écoute beaucoup de trucs anciens mais c’est pas forcément français. C’est des vieux tubes des années 80/90.

Lionel : Pas trop de français biens engagés dans le texte, c’est pas trop notre truc. Par contre, il y a des groupes français qu’on aime bien, qu’on écoute pas forcément en ce moment mais… J’avais bien aimé Stuck In The Sound.

Seb : Il y avait Eiffel aussi qu’on aime bien je crois.

Lionel : Ouais, on aime bien les premiers. Après quand c’est devenu un peu trop à la Noir Dés’ ça nous parle moins.

Seb : Les trucs comme Saez, j’y arrive pas. C’est pas parce qu’ils chantent en français, mais j’sais pas…

Lionel : Mais bon il y a des trucs vachement plus mauvais !

(rires)

Où est ce que vous trouvez votre inspiration ?

Lionel : Moi c’est les voyages, voyager. Pour l’album, je suis allé a San Francisco et à New York, ça m’a ouvert pleins de portes pour les textes. C’est vraiment les voyages, même pour les compos c’est bien. Quand t’es pas chez toi tu composes différemment, t’as plus envie de jouer que quand t’es dans ton train-train habituel, tu vas en répèt’, tu rentres chez toi… Il ne se passe rien de neuf ! Et là le fait de voyager ouvre l’esprit.

Votre clip a été censuré, c’est vrai qu’il est un peu provoc, c’était calculé ?

Lionel : En fait on n’a pas trop réfléchi, le but n’était pas de choquer les gens. Les films de Tarantino sont un peu provocs comme ça. On a voulu faire un délire sur Reservoir Dogs en parodiant un peu. C’était du second degré : faire sortir les membres du groupe de leur débauche pour venir les faire jouer dans un groupe de rock. Après, ça a été perçu assez mal par certaines personnes parce que dans la débauche il y a le batteur qui sniffe de la coke dans une Bible, parce que Seb est complètement bourré dans une voiture, l’autre baise une meuf sur une photocopieuse, etc. C’était plus des trucs qui nous faisaient marrer, qui disaient « allez, arrêtez de faire les cons et venez jouer dans un groupe de musique », un genre de recrutement comme ça qu’on trouvait sympa.

Le but n’était pas de faire un clip trop consensuel, où on joue sur un toit de paris… enfin il n’y a pas d’intérêt. On voulait vraiment se marrer, pour un premier clip, et on a bien rigolé. Pour le deuxième, on fera autre chose de complètement différent mais pour celui-là c’était bien de dire… Ça a eu l’effet escompté… c’est « Pam ! Regardez on est là, peut’être que ça vous plait pas mais on est là. » Get Down, Lâche toi, sort un peu de tes gonds, pète un câble ! Ça allait bien, une sorte de dérive autour de la chanson.

Seb : Après, c’était pas forcément calculé parce que quand on l’a fait on imaginait pleins de choses et puis finalement quand on a vu le résultat on s’est dit : « quand même on est allés vachement loin ! » On a été les premiers a être surpris par le truc qu’on avait fait. Ça a été une vraie baffe.

Vous avez commencé à préparer votre prochain album ?

Lionel : On fait des chansons mais on ne sait pas sous quelle forme elles vont vivre, si ce sera dans un petit EP ou si ce sera dans l’album. On essaie de faire le maximum de chansons les meilleures possibles. Avec le premier album, on est devenus plus exigeants donc c’est plus dur. En tout cas, on fait des nouvelles chansons et on les teste sur scène, on ne joue pas que des chansons de l’album. Ça permet de voir la réaction des gens et de les inclure ou pas dans l’album en fonction.

Une petite anecdote marrante à raconter aux lecteurs de Branche ton sonotone ?

Seb : C’est bien, c’est une question qui arrive pas souvent ça. Il y en a !

Lionel : Ouais il y en a plein ! Celles qu’on peut dire et puis…

(rires)

Seb : En plus, je crois que j’en ai une récente mais je ne m’en souviens plus du tout.

Lionel : On nous a balancé des culottes à Marseille. Et un soutien-gorge. Ça ne nous était jamais arrivé, c’est rigolo. Au concert, hier, il nous est arrivé pleins de galères, le batteur a cassé sa peau de grosse caisse en tapant… C’est super rare, et juste après, j’avais plus de son à la voix donc je suis allé dans le public et on a fait un truc acoustique en attendant que les mecs se démènent pour réparer tout ça. Il y a sans doute des trucs un peu plus fous mais … Toutes les anecdotes de concert un peu…

Seb : Tout le monde nous pose la question : « quel est plus mauvais souvenir de concert ?»

Lionel : Il y a une anecdote où on est arrivés dans une salle de concert à Marseille et on avait tout branché, on s’était préparés à jouer, mais le soir : personne dans la salle. On nous a dit « vous pouvez aller manger et rentrer à la maison ».

Seb : C’est le genre d’anecdote dont tu te souviens longtemps parce que c’est plutôt… formateur. Tu te dis « Wow ! Putain y’a eu personne. »

Lionel : Chez nous en plus. Ça fait bizarre.

Il y a une question qui nous tient a cœur chez Branche ton sonotone, c’est celle du téléchargement illégal de musique, Hadopi et tout ca…

Seb : Tout le monde, même nous, avons un jour eu un rapport avec le téléchargement… Après, pour le disque, c’est vrai que c’est un peu compliqué parce qu’on veut essayer de faire notre vie de ça. Mais c’est vrai aussi que notre vie on la fait surtout sur scène. Donc on a envie de dire aux gens qui piratent : vous achetez pas l’album mais vous voyez pas vraiment le truc sur scène. Quand un artiste joue, il arrive, présente son album d’une manière où il y a un truc particulier qui se passe à chaque fois, qui ne se retrouve justement pas sur un disque. J’ai envie de leur dire : venez aux concerts.

Lionel :  On a un peu le cul entre deux chaises parce qu’on est en développement et on aimerait vendre des disques. Pas pour se faire du fric mais pour pouvoir en faire un second, donc c’est clair que si personne ne l’achète et si tout le monde télécharge, on peut retourner dans notre garage et on pourra plus aller en studio. Donc on a quand même envie de vendre des disques, surtout qu’on s’est investi à fond dans celui-ci, on a mis les moyens. Ce qui m’énerve le plus, c’est surtout la manière dont est consommée la musique. Maintenant, les gamins à 15 ans ou 16 ans ont 15 000 chansons dans leur ordinateur, ils n’en écoutent pas la moitié, ils téléchargent pour télécharger parce que c’est gratos donc on perd un peu cet esprit… La musique, c’est devenu un peu du yaourt. Allez, hop, on télécharge, j’écouterai jamais mais c’est pas grave. Du coup, je préférais quand il y avait moins de choses mais t’allais chercher ton CD à la Fnac, t’étais super content, t’as l’univers du groupe dedans, t’as des photos, t’as l’artwork… Alors peut-être que le disque n’est plus le bon support mais je trouve ça un peu dommage la perte de l’objet. Je trouvais ça beau.

Moi, je découvre sur internet et quand ça me plait vraiment je vais acheter les disques. C’est ce que j’aimerais que les gens fassent. C’est une question d’éducation. Apprend aux jeunes à consommer la musique. Dire qu’il y a des gens qui bossent derrière. Télécharger, oui, mais ça sert à rien d’avoir 3000 trucs sur ton ordi ? Ou alors si t’as 3000 truc, ok, mais achète-en un dixième, ce que tu aimes vraiment.

Seb : C’est vrai qu’il y a pas cette qualité, y’a pas le son… Le disque, ça sert aussi à redorer le son du groupe, quand tu écoutes un album qui est posé sur un disque, ça n’a rien à voir avec le son que tu aura sur un mp3 qui est très linéaire ou vraiment tu ne sentira pas tout ce qui est nuancé dans l’album. Il y a ce facteur-là, le gage de qualité et dire « apprenez à consommer et apprenez à écouter de la musique comme il faut ». Mais les gens aiment la musique.

Lionel : Ce qui est bien avec Internet, c’est que tout le monde a accès a la musique. Après, il faut apprendre à consommer modérément comme un bon vin. Ça me fait un peu penser à un mec qui a un super vin, qui se bourre la gueule avec et qui va au boulot comme ça. Enfin, c’est dommage mais c’est aussi une super plateforme pour découvrir des artistes. Par contre, que les gens téléchargent notre musique, même illégalement tant pis. Ça nous fait connaître.

Pour finir une petite série de questions rapides :

Studio ou scène ?

Lionel : Avant studio mais maintenant, je commence à préférer la scène.

Seb : Quand on va retourner en studio, tu vas repréférer le studio !

Lionel : Oui, mais je dirais studio parce que c’est un laboratoire qui pour moi sert à faire de la scène. Si les gens ne connaissent pas ta musique, les gens vont sur scène et tu te prends des vents.

Acoustique ou disto bien crade ?

Lionel : Là, c’est dur, parce que sur notre album, il y a les deux. On a mis un point d’honneur à ne pas choisir entre les deux. L’album est super pop d’un coté et très très rock de l’autre. Le but du projet, c’était ça : mettre vraiment les deux dans l’album sans choisir.

Grosse ou petite salle ?

Lionel : Grosse salle, enfin ça dépend ce qu’on appelle grosse salle.

Seb : Grosse salle quand même. Enfin, grosse salle avec du monde parce que sinon on préfère une petite salle avec plein de monde qu’une grosse où il n’y a pas de monde.

Lionel : Mais c’est vrai que notre musique… Il y a des journaux qui l’ont très bien dit, on a l’impression que nos titres ne sont pas fait pour les petites salles. On essaye de composer des hymnes que les gens peuvent reprendre. J’adore ce coté hymne. Hymne, ça veut pas dire tube à la con. C’est plus un truc qui emporte les gens, qui est assez récurent… Du coup, je vois bien notre musique dans de grandes salles. Ça a un petit coté épique dans le bon sens du terme, pas Muse, mais un truc quand même de masse.

Chien ou chat ?

Seb : Chien, direct. (rire)

Lionel : Chien aussi.

Café ou bière ?

En même temps : Bière.

Sexe, drogue ou rock’n roll ?

(rires)

Seb : Pas mal !

Lionel : Entre les trois, faut en choisir un ? Bah, sexe.

Seb : Pareil.

Merci beaucoup !

Merci a toi.

Pour aller plus loin…

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Chronique de Swim – Caribou
Public Enemy – By The Time I Get To Arizona

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l' auteur, Malie

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